L’arbitrage vidéo tuera le football

22
avril
2013

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Catégorie : Edito

la vidéo dans le football

Aussi crûs que soient ces mots, ils recèlent d’une part de vérité. Le football ne doit à aucun moment recourir à la vidéo pour guider ses arbitres, sous peine de dénaturer le sport le plus populaire au monde. Si la puce dans le ballon est une bonne idée, car elle peut détecter si le cuir franchit la ligne, l’arbitrage vidéo signifierait la fin des « injustices », pourtant essentielles dans l’Histoire du foot.

1982, Séville, France-RFA, demi-finale de la Coupe du Monde. Et si Harald Schumacher avait pris ce carton rouge ? Une sanction amplement méritée, dira-t-on pour l’ensemble de son œuvre, mais surtout pour cet attentat sur Battiston, sonné des minutes après le choc. L’injustice et l’amertume des Français envers un arbitre qui ne sanctionnaient pas ces méchants Allemands, pourtant violents. Une colère qui motivera sans doute les Bleus à aller chercher la victoire, en allant jusqu’à mener 3-1 dans la prolongation. La suite, on la connaît. Mais, si à cette époque, il y avait eu la vidéo, aucun doute que le portier Allemand aurait été expulsé. Comme pas mal de ses petits camarades qui abusaient de coups pas franchement sportifs. Ce genre de moment reste ancré dans les mémoires par son injustice, sa dramaturgie. Aussi cynique soit-il, le football se nourrit de ce genre d’histoires, des injustices que rien ne pourra corriger. On pourrait citer la Main de Maradona en 1986, le but fantôme de Luis Garcia en 2010 lors d’un Liverpool Chelsea, jamais ces évènements ne seraient rentrés dans la légende avec un recours à la vidéo qui aurait rendu le football propre, sans tricherie, sain. Chiant à mourir vous en conviendrez ! Tout le contraire de ce qu’il doit être vraiment ; fou, rock’n roll, et surtout juste. Les vrais le savent, le football est moche par sa cruauté, une autorité incontestable en la personne de l’arbitre,où le pouvoir est détenu entre ses seules mains.

L’arbitrage vidéo est purement et simplement une hérésie. Bien qu’utilisée pour exclure Zizou en finale de la CDM 2006, elle ne jouit pas d’un soutien nécessaire pour être homologué. Platini est fermement contre, mais le Board britannique réfléchit de plus en plus à l’insérer outre-Manche dans les prochaines saisons. Un combat loin d’être gagné donc. Autant la puce sur la ligne, ou dans le ballon pour juger si ce dernier est bien rentré, c’est de la logique pure et dure, et il faudrait être sacrement ignorant pour s’y opposer, autant la vidéo aurait ce don agaçant de faire durer très longtemps un match. Si l’on doit prendre 5 minutes pour vérifier une action litigieuse, quid des joueurs qui se trouveront bien bêtes d’attendre sur le terrain ? Quid des supporters qui patienteront des heures durant une décision de l’arbitre ? Quid des téléspectateurs qui pourraient donc avoir à faire à des matchs de 150 minutes dans un cas où la vidéo serait beaucoup utilisée, dans un match à enjeux par exemple, qui nécessiterait une relecture quasi complète du match pour ne pas fausser un résultat ? On cite souvent l’exemple du rugby, mais, sérieusement, on s’en sert chaque année bissextile pour juger si un essai est valable ou non, l’enchevêtrement de bucherons rendant difficile la décision de l’arbitre… Qui dit que des arbitres tatillons n’iront pas l’utiliser pour un simple hors-jeu, ou une pseudo-faute ? Il faudrait dès lors délimiter les moyens d’action de la vidéo, et dans quel cadre ? Un beau bordel.

Coûtant extrêmement cher, ce recours est érigé en défenseur des « opprimés », victimes d’injustices. Dépenser des fortunes pour s’assurer que machin était bien hors-jeu, c’est tout bonnement idiot. Des cas de grosse bévue arbitrale arrivent très peu. Il ne faut pas oublier les arbitres de touche, souvent critiqués, on peut affirmer que 90% de leurs décisions sont, mine de rien, sensées. Sinon, à force de tout moderniser, on supprimera ces derniers ? On dira dans l’oreillette de l’arbitre central (s’il y en a encore un) quelle équipe fera la remise en jeu. Non, la vidéo est inutile. Une puce dans un ballon suffira pour réparer des fautes, qui là, entravent directement le sort d’un match, un but pouvant totalement changer la physionomie d’un match. Or, la vidéo n’agirait que de manière superficielle sur des actions qui ne déboucheront que très peu souvent sur des occasions franches de but. Quelle utilité ? Et se plaindre de l’arbitrage « artisanal », l’arbitre ne pouvant tout voir, crier à l’injustice, avoir à faire à des hommes en noir qui peuvent se tromper (ce qui est grave, mais aussi révélateur de la nature de l’Homme, sa faillibilité, son côté plus humain donc), ne serait-ce pas ça la vraie essence du football ? Sport totalement injuste, mais que voulez-vous. Quand vous aimez quelque chose, seriez-vous prêt à le changer dans sa propre nature, ce qui fait que vous l’aimez intensément ? CQFD.

Auteur : Fabien Burgaud

Fabien : motivation le journalisme sportif. Supporter du FCN et amoureux du football.

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