L’Angleterre: un eldorado pour les joueurs de L1?

25
août
2018

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Catégorie : Mercato

Français PL

Le football britannique représente bien souvent un objectif de carrière pour de nombreux joueurs évoluant en France. Ainsi, tous les ans ils sont plusieurs à traverser la Manche pour aller tenter leur chance, avec des destins divers. Nous nous intéressons ici à ces transferts vers l’Angleterre, afin notamment d’essayer d’appréhender si les clubs anglais ont toujours le nez creux dans leurs achats.

 

 

Si il y’a un transfert qui a suscité beaucoup de réactions en France cet été, il s’agit sans aucun doute de celui de Zambo Anguissa qui a quitté l’OM pour Fulham. Plus que le départ en lui-même, c’est la somme qui a sans doute fait le plus réagir les observateurs, tant les 30 millions d’euros investis par les Cottagers ont semblé à peine croyables. Les plus mauvaises langues se sont immédiatement demandées dans quel club français le désormais ex-Olympiens allait atterrir en prêt l’an prochain. Puissance financière, intérêt des joueurs pour le championnat anglais, les clubs d’Outre-Manche viennent régulièrement piocher dans le vivier français, pour des résultats a priori pas toujours heureux. Nous avons donc souhaité nous pencher un plus finement sur ces transferts vers nos voisins britanniques de manière totalement exploratoire, et ce afin d’apporter des premiers éléments d’analyse sur la réalité de ces mouvements.

Cette approche porte sur les transferts réalisés entre la saison 2013/2014 et celle qui vient de s’achevée, depuis des clubs de Ligue 1 vers des équipes évoluant en championnat anglais, et concernant les joueurs professionnels. Ne sont donc pas pris en compte les signatures de très jeunes joueurs n’ayant pas signé leur premier contrat pro dans leur club formateur en France, ni les prêts n’ayant pas débouchés sur un achat par le club anglais. Cela représente au total 71 transferts sur ces 5 saisons, avec seulement 7 pour l’exercice 2013/2014, et un maximum de 23 en 2015/2016. Coïncidence ou non, les droits TV de la Premier League pour la période 2016-2019 ont été attribués pour 7 milliards d’euros au début de l’année 2015… Peut-être que le nombre de transactions réalisées depuis la France l’été suivant était-il un signe d’anticipation de l’augmentation de leurs revenus de la part des clubs anglais ? Il est par ailleurs intéressant de remarquer que ces ventes se vont parfois « par vague » pour certains clubs français : l’OM qui vend 4 joueurs à des clubs anglais en 2015 puis 4 autres en 2016, les 5 joueurs cédés par l’AS Monaco à l’été 2017 après leur titre et leur excellente saison européenne… D’autres clubs (Lille, Montpellier, Angers, Saint-Etienne, Lorient, Bordeaux…) ont vendu plusieurs joueurs à des clubs anglais au cours du même mercato. Bien que certains dirigeants se plaignent parfois de la concurrence déloyale des clubs de Sa Majesté et de leurs moyens biens supérieurs (y compris pour de petites équipes), ils jouent un rôle essentiel dans le modèle économique d’une grande partie des clubs français, qui repose sur la plus-value achat/vente faite sur les joueurs. Avec des stades peu garnis et des droits TV encore bien inférieurs à ce qui se pratique en Premier League, la vente de joueurs est indispensable pour les équipes de l’hexagone. En ce sens, les clubs anglais permettent parfois d’ouvrir, à l’image de la vente réalisée par l’OM avec Anguissa, des perspectives inespérées.

Qui sont les joueurs transférés, et dans quels clubs vont-ils ? À la première question, nous avons tenté d’apporter trois éléments de réponse : le poste, l’âge et le statut dans le club quitté par le joueur. La caricature voudrait que les clubs anglais soient avant tout attirés par les milieux défensifs physiques prisés par les entraineurs français. En réalité, ce sont les attaquants qui traversent plus facilement le tunnel sous la Manche : 25 des 71 transferts analysés (35%) concernaient en effet des buteurs. Viennent ensuite les défenseurs (18 transferts, 25%), puis les milieux de terrains/ailiers (15, 21%), et seulement ensuite les milieux récupérateurs (10, 14%) et enfin les gardiens de buts (3, 4%). Citons comme exemple d’attaquants, en plus des plus connus (Lacazette, Martial, Basthuayi, Gomis…) d’autres partis de manière moins médiatiques mais pas nécessairement, nous le verrons par la suite, avec moins de réussite : Famara Diédhiou, Steve Mounié, Aboubakar Kamara, Divock Origi…

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En ce qui concerne l’âge, les joueurs évoluant en France transférés en Angleterre ont en moyenne un tout petit plus de 25 ans. Ce sont donc plutôt des joueurs ayant déjà une certaine expérience et ayant fait leurs preuves, que de tout jeunes professionnels ayant à peine goûté les joies de la L1. Seuls 3 joueurs, parmi l’échantillon étudié, avaient 20 ans au moment du transfert, et il s’agit de 3 joueurs identifiés à l’époque comme parmi les plus prometteurs : Kurt Zouma, Anthony Martial et Divock Origi. La répartition par âge est assez homogène, avec 15 joueurs de plus de 27 ans seulement, dont par exemple Yohan Cabaye et David Luiz qui effectuaient un retour en Angleterre après un passage au PSG.

Nous avons essayé ensuite de nous intéresser au profil de ces joueurs : est-il question de stars de la Ligue 1, de joueurs en manque de temps de jeu, de joueurs souhaitant franchir un niveau en allant jouant dans ce qui est appelé par certains « le meilleur championnat du monde »… ? Les clubs de départ ont ainsi été classés en trois catégories : les clubs A qui sont les plus grosses équipes de L1 (OM, OL, PSG, ASM…), les clubs B qui représentent les prétendants réguliers à l’Europa League (Saint-Etienne, Bordeaux, Nice, Lille…) puis la catégorie des clubs C comprenant les équipes luttant pour le maintien et/ou promues (Angers, Caen, Bastia, ETG…). Dans un second temps, il a été déterminé, notamment au regard du nombre de matchs joués, le statut du joueur dans son club : titulaire, utilisé en rotation, ou remplaçant.

Cette analyse vient confirmer ce qui avait été pressenti avec la moyenne d’âge des joueurs transférés : ce sont avant tout des joueurs confirmés, sensés renforcer dès leur arrivée leur nouvelle équipe, que viennent chercher les clubs anglais. Près des ¾ des transferts étudiés concernent des joueurs qui étaient titulaires en France. 24 dans un club « B » (Boufal, Capoue, Tabanou, N.Mendy, Cabella…), 15 dans un club « C » (Sagbo, Romain Saïss, Floyd Ayité, Diafra Sakho…), et 10 faisant partie des meilleurs joueurs de Ligue 1, titulaire dans une des plus grosses équipes (Lacazette, Payet, Mamadou Sakho, Mandanda, Benjamin Mendy…). Notons également les 11 joueurs de rotation d’un club « A », partant en Angleterre pour tenter d’avoir davantage de temps de jeu mais dont le salaire/le prix demandé ne leur permet pas de rester en France (Cabaye, Lucas, Guido Carillo…).

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Vers quels clubs sont transférés ces joueurs ? Si Arsenal était le club des Frenchies au début des années 2000, cette filiation n’est plus d’actualité avec seulement deux joueurs du championnat de France transférés vers les Gunners ces 5 dernières années, dont David Ospina. Ils sont 32 clubs différents à avoir trouvé leur bonheur en France depuis 2013, certains plus que d’autres. Tottenham arrive ainsi en tête avec 6 joueurs de Ligue 1 recrutés, viennent ensuite Newcastle et Chelsea avec 5 joueurs, puis Aston Villa, Crystal Palace et Southampton avec 4 ex-pensionnaires du championnat de France recrutés. La marche vers les clubs du Big 5 (ou Big 6) semble encore élevée : si 3 joueurs du groupe monégasque champion de France ont pu la franchir (B.Silva, Mendy, Tiémoué Bakayoko), peu s’y sont imposés de manière générale. Aux deux citizens (Tiémoué Bakayoko a été prêté au Milan cet été et s’est éloigné de l’équipe de France en allant à Chelsea), seuls Anthony Martial et Alexandre Lacazette semblent être parvenus à hisser leur niveau de jeu à celui de la Premier League.

Enfin, pour compléter ce rapide tour d’horizon des mouvements de joueurs vers l’Angleterre, il nous paraissait intéressant d’essayer de dresser un bilan de ces transferts afin d’évaluer dans quelle mesure ces transferts peuvent réellement, ou non, représenter une progression dans la carrière des joueurs. Tout d’abord, nous avons repéré ceux qui sont repassés par la L1 après leur transfert, signe bien souvent (mais pas systématiquement) d’une expérience ayant pu être douloureuse. Ils sont 28 dans ce cas (40%), en précisant qu’avec le même échantillon, le chiffre serait certainement plus élevé l’an prochain, les joueurs transférés en 2017 ou 2016 étant logiquement moins nombreux dans ces retours pour l’instant. Pour certains, et tout particulièrement les néo-marseillais, le retour en France a été synonyme, presque paradoxalement, d’une expérience ratée (ou en demi-teinte) outre-manche mais également de la perspective d’un projet très ambitieux en France. Pour les autres, rares sont ceux qui sont revenus en France dans un club d’un niveau supérieur à celui qu’ils avaient quitté : si il n’est pas toujours question d’échec cuisant, cela signifie a minima que l’Angleterre n’a pas réellement servi de tremplin à la carrière.

Dernier élément d’analyse : le bilan de l’expérience chez la perfide d’Albion des 71 joueurs constituant la population étudiée. Nous avons répartis le passage en Angleterre de ces derniers en trois catégories : « réussite, « mitigé », et « échec ». Chaque joueur a été pris individuellement, la catégorie étant déterminée de manière subjective en essayant néanmoins de s’appuyer au maximum sur des éléments objectifs (nombre de matchs joués, transfert vers un club plus huppé ou non, prêts, situation par rapport à la sélection nationale…). Il en ressort que 26 de ces expériences se sont révélées « mitigées », 23 « réussies » et 21 s’apparentent à un échec[1]. Parmi les mitigés se trouve toute une liste de noms dont on se dit qu’ils composeraient une belle équipe de L1 : Khazri, N’Doye, Boufal, Basthuayi, Veretout, Ospina, Amavi… Ces joueurs ne se sont pas enterrés en Angleterre, mais la transition a été difficile, et aucun ne semble avoir franchi un cap comme peuvent l’attester les prêts dont ont fait l’objet ces joueurs. Les réussites recouvrent quant à elles différentes trajectoires. Il y’a bien évidemment N’golo Kanté ou Anthony Martial qui se sont imposés dans de grands clubs, mais on trouve aussi des joueurs comme Famara Diédhiou, Aboubakar Kamara ou Jonathan Kodjia qui venaient de clubs « C » et ont réussi à confirmer leurs bonnes performances dans un autre championnat. Peuvent également être cités : Idrissa Gueye, Neal Maupay, Alexandre Lacazette, Romain Saïss ou Bruno Écuélé. Enfin, les échecs sont parfois violents, voire étonnants, comme celui de Steve Mandanda, gardien international, qui n’a pas réussi à s’imposer à Crystal Palace. Si certains ont par la suite réussi à rebondir (Gomis, Thauvin), pour d’autres le passage en Angleterre a mis un grand coup d’arrêt à la carrière, à l’image de Franck Tabanou, Henri Saivet ou Papys Djolobodji dont la signature à Chelsea demeure l’une des plus grosses bizarrerie de ces dernières années.

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Ce travail exploratoire n’avait pas d’autre but que celui d’apporter des premiers éléments d’analyse sur un phénomène souvent évoqué mais finalement peu véritablement connu. Les clubs anglais viennent ainsi recruter en France des joueurs ayant fait leurs preuves en L1 et arrivant dans leurs meilleures années, plus que de jeunes prospects pouvant représenter une manne financière importante dans le futur. Les fortunes de ces joueurs traversant la Manche sont très diverses, et si peu s’imposent dans les gros clubs, ils sont nombreux à réussir à s’imposer et à confirmer dans des équipes de bas de tableau. Derrière ces quelques chiffres, il est une nouvelle fois question de la confrontation déséquilibrée entre deux modèles économiques, et d’une hiérarchie des championnats qui semble de plus en plus impossible à renverser.

[1] Le total est égal à 70, la situation de Lucas arrivé en janvier 2018 n’ayant pas été prise en compte.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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