La rivalité SC Bastia / AC Ajaccio et l’histoire du cercueil du 20 avril 2014

04
septembre
2016

Auteur :

Catégorie : Dossiers / Ligue 1

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Par Thibault Casanova
Auteur du livre La Grande Histoire du Stade Armand­ Cesari de Furiani

Editions Sammarcelli ­ Août 2013

La soi-disante rivalité entre l’AC Ajaccio (ACA) et le SC Bastia (SCB) remonte à l’ère du début du football professionnel jusqu’à la disparition de l’ACA en 1975 et se poursuit au cours des années 2000 quand l’ACA renaissant, dans une fulgurante ascension vers la Ligue 1, obtint le droit de jouer dans l’élite du football français, lors de la saison 2003/2004.

Au premier abord, on retrouve dans cette opposition les indices d’un derby (1). Deux villes d’une taille comparable, distantes seulement de 150 kilomètres, de vieilles rivalités culturelles et politiques et une suprématie régionale en jeu. Cependant, historiquement, les rencontres entre l’ACA et le Sporting sont presque un non-évènement.

Le Sporting a acquis sa légitimité dans les années 70 et est devenu le club du peuple corse, alors que l’ACA disparaissait en 1975. Les fans du Sporting se trouvent dans toutes les régions de l’Ile (1A), et sont issus de toutes les générations. Ceux de l’ACA sont en majorité jeunes, plutôt élevés à l’Internet et localisés à Ajaccio et sa périphérie immédiate. Cette réalité revient comme une évidence à chaque rencontre entre les deux clubs. L’histoire d’un derby c’est aussi la fréquence des oppositions. Or l’ACA et le Sporting ne se sont affrontés dans le monde professionnel que 36 fois.

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Finalement il est plus ici question d’un antagonisme de principe lié aux performances actuelles des deux clubs. Les véritables derbys en Corse sont les rencontres entre le Gazelec Football Club d’Ajaccio (GFCA) et l’ACA. Egalement les oppositions entre le SCB et le Gazelec appartiennent à l’histoire footballistique de l’Ile, notamment à l’époque où les deux clubs évoluaient en seconde division, de la fin des années 80 au milieu des années 90.

Cependant lors de la saison 2012/2013 les retrouvailles sont particulièrement attendues et préparées. Cela fait alors sept ans que les deux clubs phares de l’Ile ne se sont pas affrontés en Ligue 1. Le SCB a même connu les affres de la relégation en national et l’ACA a oscillé entre la Ligue 1 et la Ligue 2.

Aussi bien en Corse que sur le Continent la ferveur populaire et la couverture médiatique sont très importantes. Sur l’Ile il est question de suprématie régionale et de porter haut et fort les couleurs du football insulaire, qui est alors en excellente santé (2). Sur le Continent il est fait référence aux valeurs du football corse : l’engagement, la passion, la fierté, l’amour des couleurs, l’abnégation. La presse invente même un nom pour cette rencontre, le Corsico, dans la lignée des discutables Classico  et Olympico. Le nouveau diffuseur des rencontres de football, la chaîne BeINSPORTS, annonce que la rencontre sera commentée en langue corse (2A).

L’ambiance a été considérée par beaucoup de commentateurs comme délétère dans les jours qui ont précédé le match. La polémique sur le nombre de billets mis à disposition et l’emplacement réservé aux supporters bastiais a alimenté les réseaux sociaux. Le groupe de supporters acéistes, l’Orsi Ribelli, se fendra même d’un communiqué dénonçant « la polémique lancée par certaines structures de supporters bastiais». Enfin, la vieille du match, des échauffourées mirent aux prises une quarantaine de fans bastiais avec les supporters acéistes puis avec les forces de l’ordre, qui les repoussèrent finalement à grands renforts de bombes lacrimogènes (3).

Le dimanche 21 octobre 2012, devant 10.339 spectateurs dont 4.000 supporters bastiais, démarre la rencontre dans une excellente ambiance et dans un profond respect. En témoigne la minute de silence à la mémoire de Maître Antoine Sollacaro, ancien bâtonnier d’Ajaccio et avocat de l’ACA, assassiné quelques jours plus tôt, le 16 octobre (4).

L’hymne corse retentira à la suite, avant le coup d’envoi. Sur le terrain le match est très moyen et le score final vierge en témoigne. Dix minutes avant la fin du match, une altercation entre Johan Cavalli (ACA) et Gael Angoula (SCB) déborde du cadre du terrain et  pendant trois minutes des incidents ont lieu : Jet d’un fumigène, jet d’une bombe agricole et grillages arrachés. Tout s’est calmé aussitôt. Pour Didier Rey, observateur avisé du football en Corse : « A Ajaccio, il y a certains jeunes qui rêvent de jouer au supporter corse en suivant ce que leur renvoient les médias, et d’être d’une certaine manière plus corses que les Bastiais. C’est le signe d’une recherche de repères. »(5). Le SCB sera sanctionné d’un match à huis clos suite à ces évènements (6).

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Au match retour, le 2 mars 2013, le Sporting gagne 1 à 0, sur un but de Maoulida au retour de la pause. L’ambiance est survoltée, sur le terrain et en tribunes, dans lesquelles sont présents 15.193 spectateurs, ou plutôt 14.743 supporters bleus et 450 supporters acéistes. Le match dégénère vers la 80ème minute, avec les expulsions de 2 joueurs bastiais, J.Rothen et F.Thauvin et de 3 joueurs acéistes, M.Chalme, D.Oliech et B.André.

Des incidents entre supporters se sont produits avant et après le match. Il est difficile d’établir la vérité absolue et les versions diffèrent résolument. Des jets d’engins pyrotechniques ont eu lieu depuis la tribune dédiée aux visiteurs, avant le coup d’envoi.  “Il faudra qu’on m’explique comment les 450 supporteurs ont pu débarquer dans notre stade avec autant de projectiles et d’engins pyrotechniques ! Leurs bus ont été fouillés et nous avons trouvé un vrai arsenal“, s’insurgea Pierre-Marie Geronimi, le Président du SCB, évoquant par ailleurs des dégâts au centre de formation de son club.

De son côté, Le Président de l’ACA, Alain Orsoni, s’est dit “dégoûté par ce qui s’est passé. C’est un scandale. Nos supporters ont été arrosés de pierres alors que des femmes et des enfants se trouvaient dans la tribune. On ne peut pas tout permettre ! La réception de nos supporters a été lamentable“, et annonça qu’il allait porter plainte contre X.

Dans une conférence de presse donnée le lundi suivant au stade Armand-Cesari, les dirigeants du Sporting ont voulu mettre les points sur les i. « Le 28 février dernier s’est déroulée une réunion à la Préfecture, expliqua Anthony Agostini, Directeur de l’organisation et de la sécurité du SCB. Lors de cette réunion, nous avons présenté un plan de sécurité qui a été approuvé par tout le monde. Pour nous, tout était parfaitement clair pour l’avant-match. (…) Mais il y a eu un non-respect des horaires, une arrivée tardive, à la pire heure possible, des supporters ajacciens. Et lorsque les cars sont arrivés, des pierres ont été immédiatement ramassées et projetées sur le public bastiais avoisinant, des torches à main allumées en grand nombre et des engins pyrotechniques de fabrication artisanale lancés sur les supporters du Sporting. Et parmi la dizaine de ces objets, l’un a atteint assez gravement un supporter de Bastia à l’œil. »(7)

Une nouvelle fois, des recoupements démontrent des tentatives d’apaisement côté bastiais et un besoin de provocation voire une certaine inconscience côté acéiste. Et pour le déroulement des incidents, Didier Rey a une petite idée sur la question : « Il y a eu ces évènements d’avant-match où les Ajacciens auraient joué la carte de la provocation selon plusieurs contacts de la presse locale. Pour l’après-match, la situation est plus confuse… Bref, on veut prendre le dessus sur l’autre. Et vu que l’autre est très proche, il faut s’affirmer encore plus fort. Cela nous plonge dans la culture ultra et le modèle méditerranéen, mais pas dans le hooliganisme, le hooliganisme, ce n’est pas ça » (8).

Dans sa séance du 7 mars 2013, la commission de discipline de la Ligue de Football professionnel (LFP) décide de mettre le dossier « 27ème journée : SC Bastia – AC Ajaccio du 2 mars 2013 Graves incidents à l’issue de la rencontre entre supporters bastiais et ajacciens » en instruction.

Le 15 mars 2013, le Sporting porta plainte contre neuf de ses supporters. C’est la seconde fois seulement  (après un cas isolé dans les années 2000 à une période où la direction du club et les supporters avaient des relations exécrables) que le club en arrive à cette extrémité, étirant pour beaucoup le lien entre équipe dirigeante et supporters, renoué au printemps 2010 et particulièrement fort depuis.

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Dans sa séance du 25 avril 2013, la commission de discipline de la LFP décide de mettre le dossier « 27ème journée : SC Bastia – AC Ajaccio du 2 mars 2013 Graves incidents avant, pendant et après  la rencontre entre supporters bastiais et ajacciens » en délibéré.  Et cela bien sûr n’augure rien de bon, car la décision est motivée, selon l’instance par la gravité des faits. Et il est à remarquer par ailleurs que le 7 mars étaient évoqués les incidents à l’issue de la rencontre, alors que le 25 avril il est mentionné les graves incidents avant, pendant et après la rencontre.

Enfin dans sa séance du 7 mai 2013, la commission inflige une sanction particulièrement innovante et lourde aux deux clubs insulaires. Les deux prochains derbys en ligue 1 (saison 2013/2014) devront avoir lieu sur terrain neutre et à huis-clos (8A). La sanction est durement ressentie en Corse, car si les faits ont été caractérisés comme très graves, les responsabilités n’ont pas été établies. Beaucoup d’observateurs insulaires dénoncent un nouvel acharnement contre les clubs corses et la volonté aveugle des instances de vouloir encore faire un exemple au détriment du football corse. Cette décision est reçue comme du mépris par les éducateurs, les dirigeants qui font au quotidien vivre ce football corse, si performant à l’échelle nationale. En effet en cette fin de saison 2012/2013, les deux clubs de ligue 1 se maintiennent, le CA Bastia monte en ligue 2 et devient un club professionnel, le Gazelec est rétrogradé en National mais garde son statut professionnel, dans les divisions CFA à CFA2 de nombreux clubs se distinguent. Ajaccio et Bastia sont les deux seules villes de France à avoir deux clubs professionnels.

Cette impression  d’acharnement est renforcée par les décisions précédentes. Celles rendues le 7 mars par la commission apparaissent indéniablement disproportionnées, par rapport à la stricte application du barème en vigueur, envers les joueurs expulsés : trois matches de suspension ferme pour J.Rothen (SCB) et B.André (ACA), trois matches de suspension dont un avec sursis pour D.Oliech (ACA), deux matches de suspension dont un avec sursis pour F.Thauvin (SCB), et un match ferme pour M.Chalme (ACA). Egalement deux rapports d’arbitrage ont été produits après visionnage des images avec convocation de C.Belghazouani (ACA) et suspension à titre conservatoire de G.Angoula (SCB), qui écopera finalement de huit matches de suspension dont deux avec sursis.

Le président de la LFP Frédéric Thiriez avait d’ailleurs dû se justifier et se défendre dans la presse nationale : «J’ai fait de la lutte contre la violence l’axe principal de ma présidence depuis dix ans. Les clubs corses ont le même traitement que les autres. On a réussi à Marseille, à Lyon, à Paris, à Saint-Etienne. Il faut qu’on réussisse en Corse. Je suis confiant. On va y arriver. Je n’accepte pas qu’on dise que la violence est une fatalité en Corse ». Celui qui ne s’était pas rendu à Bastia pour remettre le trophée de champion de Ligue 2 en mai 2012, ajoute « c’est une terre de football. J’aimerais, si on parle de Bastia, que le Sporting redevienne un grand club, réputé. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Car quand les arbitres, les délégués, les joueurs, les staffs vont là-bas, ils se sentent en insécurité.». Dans la suite de l’interview, s’il reconnaît que les clubs insulaires ont fait des progrès en matière d’organisation, le président de la LFP pointe toutefois du doigt deux problèmes autour de la sécurité en Corse. «Premièrement, l’identification des fauteurs de troubles. Il ne faut pas me prendre pour un perdreau de l’année. On sait très bien qu’à Ajaccio et à Bastia il y a entre cinquante et quatre-vingts fauteurs de troubles, dont la seule préoccupation est de créer de la violence. Et bien sûr, les dirigeants les connaissent. En Corse, tenez-vous bien, depuis plusieurs années, il n’y jamais eu une plainte, ni identification d’un hooligan. Le deuxième reproche que je fais à mes amis corses, c’est qu’ils empêchent la police de faire son travail. Comment se fait-il que la police ne puisse pas entrer dans le stade de Bastia ? Nous ne sommes pas dans un Etat de non-droit. Et qu’on ne me parle pas de racisme anti-corse, parce que c’est trop facile.»(9)

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A ces mots très forts utilisés, on comprend que les sanctions elles aussi soient fortes au point de dépasser le règlement en vigueur à la LFP. Au cours de cette saison 2012/2013, le Stade Armand-Cesari avait également été suspendu pour deux autres matches plus un match avec sursis portant sur un retrait de deux points (10).

Une partie de la presse contribue à cette mise en coupe réglée du football à Bastia en assimilant les fans bastiais à des hooligans et en caricaturant le stade de Furiani en un coupe-gorge (9A).

A la question posée en conférence de presse en mars 2013 sur le fait de savoir si le SCB était persécuté et stigmatisé, l’entraineur bastiais Frédéric Hantz apporte un éclairage sobre et factuel sur ce que peut être le football dans un petit club et ce qu’il vit au quotidien, à l’heure du football élitiste prôné par la LFP. «  Il y a deux éléments pour répondre à cette question. Le premier c’est le fait que l’on soit un club promu. Sur certains matchs, on a parfois l’impression qu’il y a un manque de considération à notre égard. C’est commun aux clubs qui ont des petits moyens et peuvent avoir le sentiment de ne pas avoir la même considération. Dans des grosses équipes il y a des joueurs qui sont autorisés à dire ou faire des choses que des petites équipes n’ont pas le droit de faire. C’est une évidence et c’est constant. Le second élément à prendre en compte dans ce débat, c’est le particularisme bastiais. Je pense très sincèrement que dans l’inconscient des gens, des arbitres et des instances, il y a un rapport à Bastia empreint de beaucoup d’apriori. Je ne dirais pas qu’il y a une volonté délibérée de sanctionner le club mais je pense que dans l’inconscient, il y a beaucoup de choses qui se mélangent comme notamment les faits de société qu’il y a en Corse. Les sanctions de la commission de discipline – 3 matchs de suspension et un match à huit clos – contribuent à donner dans l’esprit des arbitres le sentiment que Bastia est une équipe historiquement violente ou qui est dans un engagement excessif, ce qui est faux. Les chiffres l’attestent. En 2013 comme en 2012, on a commis moins de faute que nos adversaires et pourtant dans tous les matchs -sauf à Saint-Etienne- on a pris plus d’avertissements que nos adversaires. On ressent une exagération dans la sanction. A travers mes propos, je ne veux pas laisser penser qu’il y a un parti pris contre Bastia. Je ne suis pas paranoïaque. Depuis que je suis à Bastia, ça fait deux ans, je prône l’exemplarité auprès de mon staff et de mes joueurs. Il faut qu’on soit respectueux des instances, des arbitres et on l’est. Je poursuis cette volonté-là. Aussi, je pense que ce n’est pas en affrontant les arbitres et en les critiquant que l’on va améliorer les choses. Ce qui est important, c’est que lorsqu’il y a des faits avérés qui laissent à penser qu’on est défavorisés, il ne faut pas hésiter à le dire. Je pense très sincèrement que les arbitres n’arrivent pas à Bastia, en disant “on va les enfumer”. Ce n’est pas ça. En plus on a des arbitres, qui quoi qu’on en dise, sont honnêtes et intègres. Toutefois, dans le subconscient et dans l’inconscient Bastia reste particulier dans l’esprit des arbitres. Il y a beaucoup d’amalgames qui sont faits et qui se traduisent par des fautes ne méritant pas un avertissement. J’ai d’autres chiffres très précis là-dessus. A Reims, lors de notre premier match de l’année, ils font dix-huit fautes, ils prennent deux avertissements et nous on en fait dix et on prend quatre avertissements. Et lors du dernier match à Paris, ils font douze fautes et ils n’ont aucun carton alors que nous on en fait onze et on prend trois avertissements. Sur le match, c’est difficile à évaluer mais sur la répétition des matchs on se rend mieux compte. Les Bastiais ne sont pas défavorisés, mais chacun doit faire un examen de conscience lucide et il y a quand même inconsciemment un a priori défavorable envers Bastia.

La sanction qu’a reçue Bastia est unique dans les 50 dernières années alors qu’il y a eu des morts dans d’autres stades. A travers cette sanction très lourde, on a pointé du doigt Bastia et ses supporteurs, ses dirigeants et son équipe de foot, puisque tout le monde est sanctionné. A travers cette sanction, la commission de discipline indique qu’on n’est pas respectable, ce que je ne partage pas. »

Aux mots durs de la LFP qui démontrent une méconnaissance totale du rôle et de l’implication des supporters à Bastia et de leur capacité de résistance, les termes employés par Frédéric Hantz opposent des éléments de compréhension sur les raccourcis effectués et l’image caricaturale entretenue par une certaine presse. La conclusion est cinglante pour la LFP avec cette accusation de non-respect du club.

Le hasard du tirage au sort de la coupe de ligue en septembre 2013 donne une affiche SCB-ACA en 16ème de finale de l’édition 2013/2014. Un vrai casse-tête pour la LFP par rapport à l’application de la décision de sa commission. Après quelques jours de tergiversation, la LFP confirme sur son site internet que cette rencontre sera jouée à huis-clos et sur un terrain neutre qui reste à déterminer.

Le match qui doit se jouer le mardi 29 octobre ou le mercredi 30 octobre constituera donc le premier des deux derbys affectés par la décision de la LFP. L’autre derby qui se déroulera dans les mêmes conditions sera celui de la 16ème journée du championnat (ACA/SCB le 4 décembre 2013). Et ainsi le SCB/ACA de la 34ème journée sera finalement bien disputé au stade Armand-Cesari ! Un beau clin d’œil à la symbolique de revanche pour les supporters bastiais qui sont ravis.

Le 20 avril 2014 a donc lieu un véritable derby, à l’engagement maximal et dans une ambiance euphorique. Le match se joue devant 14.143 spectateurs. Soit un taux de remplissage de 98 %.

Seule déception des deux côtés pour que la fête soit totale, d’ailleurs mentionnée dans la presse également, le fait que les supporters acéistes aient été interdits de déplacement. L’arrêté pris par le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve est un catalogue de prétendues exactions à faire pâlir les pires hordes de hooligans (11). Cet arrêté se termine par l’aveu d’impuissance terrible qui fera obligatoirement débat lors de la prochaine compétition internationale organisée en France : « considérant que la mobilisation de forces de sécurité, même en nombre très important, n’est pas suffisante pour assurer la sécurité des personnes en divers points de la ville, notamment celles des supporters eux-mêmes sur tout le trajet ».

Le match est magnifique, l’ACA a ouvert le score à la 9ème minute par Camara, le SCB  a égalisé par Raspentino à la 32ème minute et le but libérateur est marqué par Squillaci à la 89ème.

Au cours du match, des banderoles des supporters bastiais circulent dans la tribune Est. Les messages inscrits sont des moqueries de l’équipe et du club adverse par rapport à des thématiques d’actualité. Pour quiconque a un minimum de culture des tribunes, les « animations » proposées apparaissent évidemment réussies et pleine de cet humour qui sert d’arme à la rivalité.

L’utilisation de banderoles à l’occasion des derbys est une pratique très courante. Les banderoles stéphanoises et lyonnaises lors des fameuses oppositions entre les deux clubs rivaux de Rhône-Alpes comportent toujours des messages très recherchés et très percutants.

La grossière banderole parisienne «  Chômeurs, pédophiles, consanguins…bienvenue chez les Chtis », elle, fit scandale dans l’opinion publique ignorante du monde des tribunes alors que pour toute réponse la majorité des fans lensois firent savoir qu’ils reprochaient seulement aux parisiens d’avoir oublié d’écrire « alcooliques »(12). Lors du derby 2008 à Furiani, les supporters bastiais avaient sorti une banderole « Alain Continue les Affaires » à l’intention tout nouveau président de l’ACA et de son passé d’homme d’affaires en Amérique latine. En Italie et en Grèce, les matches des derbys sont l’occasion de faire preuve d’inventivité et d’esprit pour narguer et moquer l’adversaire en fonction de l’actualité, des joueurs sur le terrain et de l’histoire du club adverse.

Quand Squillaci marque,  il assure quasi mathématiquement le maintien au SCB et condamne l’ACA à la descente en Ligue 2. C’est un coup de grâce sur le terrain et dans les tribunes le « clou du spectacle », si l’on s’en réfère à cet esprit partisan à défendre et développer lors des derbys : Un cercueil aux couleurs de l’ACA est transporté dans la tribune Petrignani. Le soir même sur les réseaux sociaux, et le lendemain dans la presse, un débat virulent s’instaure et tourne sans délai à la polémique.

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Crédit photo : horsjeu.net

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Il est intéressant de noter que le vocabulaire utilisé par les journalistes dans leur compte-rendu de ce match (mais cela se vérifie à chaque fois qu’un tel scénario se produit, et ce sur n’importe quel terrain du monde et sans cercueil dans les tribunes, s’il faut le préciser) est particulièrement imagé et fait référence à la mort : « Ajaccio retourne au purgatoire », «Squillaci bourreau de l’ACA », « Bastia enterre Ajaccio ».

Les médias continentaux, eux, relatèrent la circulation du cercueil globalement de manière amusée, à savoir en utilisant le référentiel du monde des tribunes : « Les supporters bastiais, taquins, n’ont pas manqué de signifier la relégation de leurs rivaux ajacciens avec un cercueil aux couleurs de l’ACA », « le chambrage en règle des supporters bastiais à l’encontre de leurs hôtes trouva son bouquet final avec la sortie d’un cercueil rouge et blanc », « l’humour fut de mise au cours de ce derby, passant simplement du potache au noir compte tenu de l’évolution du score».

C’est en Corse que la polémique prit une ampleur disproportionnée. Dans la mesure où ce fait de tribune va être transformé, « maquillé », en un fait de société, et pour certaines personnalités devenir le symbole de la Corse qui se fissure, la preuve que la société corse va mal. Cette capacité à l’indignation contribuera à de vifs échanges sur les réseaux sociaux et dans la presse (13). Et la stupeur dépassera largement le monde du sport insulaire.

Le dirigeant historique du mouvement nationaliste Pierre Poggioli évoque  « l’effondrement des consciences » et détermine que « la lamentable affaire du cercueil n’est hélas qu’un nouveau contre-exemple depuis quelques années marquant des limites de cette prise de conscience nationale »(14).

L’amalgame entre ce cercueil et un manque de respect aux victimes de la catastrophe du 5 mai met également en lumière la confusion, volontaire ou pas d’ailleurs, que certains ont entretenu et qui a ajouté l’émotion et la sensiblerie là où aucun lien n’est objectivement imaginable. La presse insulaire elle, hésite. Jean-Paul Cappuri dans son billet sur le Corse Matin du 21 avril, titré « outrances » pose la question : « Plaisanterie de très mauvais goût ? Ou simple blague d’esprit potache ? ». La suite du billet évoque la catastrophe du 5 mai et le fait que dans l’esprit des Corses « il y a un avant et un après 5 mai 1992 ».

Certains posent la question de savoir comment un cercueil « a pu entrer dans un stade, sans éveiller l’attention de la sécurité… ». La réalité imparable est que Les “enterrements” des adversaires ne sont pas une atteinte aux morts mais un pur exemple de folklore du football méditerranéen depuis que le football existe (15). Dans ce contexte la question de l’acheminement dans la tribune du cercueil devient anecdotique.

La polémique éclate aussi entre les deux clubs. L’ACA diffuse un communiqué dès le 22 avril sous le titre « vergogna »(16). Les supporters bastiais y sont traités d’excités, de débiles, d’abrutis avinés, d’imbéciles. Le président de l’ACA Alain Orsoni met en avant le fossé, sur le ton de l’ironie, entre les vrais corses de Bastia et les faux corses d’Ajaccio et enfin il précise qu’il s’agit forcément d’une « manifestation » réalisée avec la complicité des responsables du SCB. Les références liées à la corsitude et aux légitimes garants des valeurs corses ne sont pas utilisées pour la première fois à cette occasion (16A). Le communique évoque aussi la signature du cercueil dans la nuit par Frédéric Hantz (17).

Le SCB répond le même jour (18). Le texte rappelle qu’en janvier 2012, Alain Orsoni avait expliqué lors d’une émission dédiée au derby ACA/GFCA que la rivalité entre les deux clubs était symbolisée par l’anecdote suivante : « Un jour les supporters de l’ACA ont porté un cercueil aux couleurs du club rival. Les fans du Gazelec ont riposté en brulant l’Ours, symbole de l’ACA, sur la place publique. Cet épisode appartient au folklore plus qu’à autre chose, à la macagna, comme l’appellent les Corses. Des petites plaisanteries pour taquiner les supporters d’en face ». Il est ainsi pointé du doigt la capacité à l’indignation sélective du Président de l’ACA. Le communiqué se poursuit avec la défense sans équivoque des supporters, des joueurs et du staff cités par le Président de l’ACA.

Dans les deux communiqués, il est fait référence aux valeurs et à la morale.

Etienne Sansonetti, glorieux ancien attaquant du SCB, de l’ACA et du GFCA tint lui aussi à réagir et demanda aux supporters « d’arrêter de salir le football corse » (19). Il est particulièrement intéressant de noter que dans son argumentaire, il explique que déjà en 1968, le 18 février, il avait désapprouvé l’action des  supporters du Gazelec qui avaient défilé sur le cours Napoléon avec un cercueil pour l’ACA avant la coupe de France.

Ainsi donc au moins une fois dans leur histoire les supporters des trois plus grands clubs corses ont utilisé un cercueil à l’encontre du club adverse. Le monde des tribunes a ses codes, depuis l’origine du football, dans le plus pur esprit passionnel du football méditerranéen. Ce folklore peut être parfois et à la fois maladroit, bête,  inventif,  très humoristique, travaillé, recherché. En tout cas il contribue à l’ambiance et à la vie des tribunes.

ANNEXE 1 : L’utilisation du cercueil pour signifier la rivalité

Les cercueils dans les tribunes sont une représentation traditionnelle de la rivalité entre deux clubs. Le poids du symbole et les procédés sont particulièrement bien expliqués dans l’ouvrage référence de Christian Bromberger – Le match de football, ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin –

En mai 2011 les tifosi du Genoa, plus que d’encourager leur équipe lors du dernier match de la saison à domicile contre Cesena (victoire 3 à 2), ont mis du cœur à l’ouvrage pour célébrer la relégation de l’autre club de Gênes, la Sampdoria. De la plus simple banderole au cercueil en carton aux couleurs de la Sampdoria, comme pour signifier l’enterrement de l’équipe adverse. Parmi les plus belles banderoles, on retiendra «Cavasin, Santo SuBito» (Cavasin sanctifié immédiatement), «Non ho più cugin» (Je n’ai plus de cousins) et «Scusi, per GuBBio?» (S’il vous plait, la direction pour aller à Gubbio? -petite équipe promue de Serie C1 à Serie B-). La perspective de ne plus assister au derby de Gênes ne semble pas les déranger plus que ça !

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Cette rivalité de tribune n’est pas contradictoire avec le sens de la solidarité. Mais le phénomène dépasse les frontières de la méditerranée. Un cercueil a été exhibé dans les tribunes à la CAN lors du match Angola-Ghana en janvier 2010.

Autre exemple plus ancien, pour le match opposant le Stade Malherbe Caen à l’Olympique de Marseille de la saison 1991/1992 du championnat de 1ère division. Les supporters caennais les Vikings et les Hund Boys confectionnent un cercueil noir frappé d’une croix et de l’inscription « anti-OM » et le promènent sur la pelouse juste avant le match. Quelques incidents sont à noter dans le virage Venoix où des partisans marseillais sont présents, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre. L’idée d’un cercueil à Caen n’est pas nouvelle, les supporters Vikings l’avaient déjà tenté en mars 1990 pour la réception de l’Olympique de Lyon. Mais le président caennais Jean-Jacques Fiolet l’avait empêché.

En Amérique du Sud, l’utilisation de cercueil dans les tribunes est une pratique particulièrement courante. Et cela dépasse dans certains cas le folklore entre clubs. Lors du match opposant le Cúcuta Deportivo et l’Envigado FC (Première division colombienne) en mars 2011, les supporters locaux ont réussi à faire pénétrer à un quart d’heure de la fin du match le cadavre d’un des leurs, Christopher Alexander Sanguino, assassiné à 17 ans par des tueurs à gages.

Pour donner plus de relief à cet hommage macabre, les médias colombiens rapportent que les dernières volontés de Sanguino étaient de voir un dernier match au stade General Santander. Les barrios de la barra del Indio, groupe de supporters auquel appartenait Sanguino, ont confirmé aux médias locaux qu’ils avaient eu l’accord de sa famille avant d’entreprendre un tel périple. Ils ont ainsi forcé les portes de la chambre mortuaire, pris le cercueil pour l’emmener jusqu’au stade. Filmé plein cadre, la vue du cercueil en a choqué plus d’un. D’une part, parce que la scène entretenait naturellement tous les fantasmes et tous les dégoûts macabres, et d’autre part parce que, après à peine plus d’une minute en suspension au bord des tribunes, Sanguino a pu assister à l’égalisation inespérée de son équipe. Clin d’œil morbide.

La police colombienne, sans doute trop habituée à voir des cadavres disposés dans des mises en scène loufoques, n’a pas prêté attention à l’entrée du cercueil dans le stade. Il semble que les fans aient tout simplement attendu que les officiels du stade ouvrent les portes en fin de match pour permettre aux spectateurs de partir un peu plus tôt. A plus de 300 à faire le voyage, ils ont pu dissimuler le cercueil dans un mouvement de foule, jusqu’à leurs sièges.

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Cúcuta-Deportivo-2011

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L’utilisation du cercueil dans le monde du football dépasse le décor du stade et peut servir à passer un message, en témoigne la manifestation organisée par les fans anglais le 19 juin 2012 à Donetsk, pendant le championnat d’Europe des Nations. Un groupe de fans de l’île de Wight qui se trouvait en Ukraine pour assister à l’Euro 2012, a visé plus particulièrement Sol Campbell, ancien joueur du onze anglais. Celui-ci comptait parmi les invités de Panorama, emission de la BBC1, le jour de la diffusion du reportage “Stadiums of Hate” (Les stades de la haine), exercice d’ukrainophobie mal informé. Le footballeur avait recommandé aux supporters de l’Angleterre de ne pas se rendre en Ukraine, parce que « les gens là-bas sont si cinglés et si racistes que vous risquez de revenir dans un cercueil“. Une déclaration qui a été une véritable aubaine pour les producteurs de Panorama et pour la légion de journaleux des tabloïds et des grands quotidiens qui, depuis deux mois, passaient leur temps à dépeindre l’Ukraine comme un trou arriéré, raciste et semi-fasciste. Les fans anglais, eux sur place et bien accueillis, ont orchestré une manifestation pour exprimer ce qu’ils ressentaient. Ainsi ils ont défilé dans les rues en portant un cercueil sur lequel ils avaient écrit : “Tu avais tort Campbell” et “Nous ferons ce que nous voudrons“. Ils l’ont fait dirent-ils pour montrer qu’en dépit de toutes les rumeurs terrifiantes répandues sur l’Ukraine par les médias britanniques au cours des deux derniers mois, “pas une seule fois nous n’avons eu peur ou nous ne nous sommes sentis menacés ici“.

ANNEXE 2 : Témoignages d’anciens joueurs dans le Corse Matin du 15 janvier 2005

Georges Franceschetti (281 matches sous le maillot du SCB entre 1968/1969 et 1971/1972 et entre 1974/1975 et 1977/1978) :

“A l’époque, nous étions majoritaires, beaucoup d’entre nous avions grimpé les échelons depuis la division d’honneur. Nous étions porteurs d’une identité très forte vis-à-vis des nouveaux. Nous leur inculquions les valeurs du cru. Bastiais de naissance, hormis deux saisons passées à l’OM, j’ai effectué pratiquement toute ma carrière au Sporting. J’ai participé aux derbys contre Ajaccio dès mon plus jeune âge, puis dans les diverses divisions. Ma génération a été élevée avec les derbys. A chaque fois c’était un événement exceptionnel. Une semaine avant, voire quinze jours avant, les gens ne parlaient que de ça. Ce n’était plus un match, c’était quelque chose de plus important. Nous avions la culture du derby. La motivation venait d’elle-même. Malgré tout, fin 1968, nous avions encaissé une sévère défaite à Ajaccio (4-0).C’était l’inauguration du stade. Ce déplacement avait été une grosse déception. Nous étions tristes pour nos supporters.”

Freddy Gandolfi (155 matches officiels sous le maillot du SCB entre 1965/1966 et 1973/1974) :

Pour rejoindre Ajaccio, nous partions la veille à plusieurs voitures, via le col de Vizzavona. Nous nous arrêtions dans les bars acquis aux couleurs du Sporting. L’accueil était formidable, cela créait une dynamique. Ce voyage, c’était une véritable aventure : à chaque arrêt, c’était une communion avec nos supporters. Quand nous repartions, nous sentions que nous ne pouvions pas décevoir les gens. Si dans les tribunes c’était chaud, en revanche entre joueurs tout se terminait dans la sportivité. On jouait à fond, mais on avait beaucoup de respect entre nous. J’ai d’ailleurs toujours gardé des amis à l’ACA et au GFCOA. Nous ne portions pas uniquement l’honneur du club sur nos épaules, mais celui de toute une ville, avec son histoire.»

Charles Orlanducci (537 matches officiels sous le maillot du SCB en 61969/1970, 1970/1971 et entre 1972/1973 et 1985/1986) :

“Ces derbys, c’était une question de suprématie. Il s’agissait de voir quelle était la meilleure équipe de l’île. Cette rivalité entre Nord et Sud créait une pression très sensible de la part des supporters. C’était vraiment un évènement spécial. Dans la rue, on nous rappelait sans cesse le poids de l’enjeu. Les commentaires étaient incessants. J’avais 19-20 ans lorsque j’ai disputé mon premier derby. Je connaissais l’importance de ce match pour avoir baigné dans ma jeunesse dans l’ambiance des derbys GFCA-Sporting en tant que spectateur. Avant les matchs, j’avais ces images qui défilaient dans ma tête. La motivation venait d’elle-même. On jouait pour le maillot. Je suis un peu nostalgique de cette époque.”

Paul Orsatti (185 matches officiels sous le maillot du SCB entre 1963/1964 et 1969/1970) :

“Moi, l’Ajaccien de naissance, j’ai pratiquement joué dix ans au Sporting. J’ai participé au derby contre Ajaccio en CFA, en D2 et en D1.Au moins 70% de l’équipe était Corse(dans l’effectif 1968/69:Camadini, Franceschetti, Gandolfi, Luccini, Juilliard, Padovani, Panisi, Papi, Piercheschi, Tosi, Vescovali, Viacara et Vincenti). Chez nous, un joueur n’avait pas le droit de se lamenter, de se trouver des excuses. L’entraîneur ne pouvait être remis en cause pour la simple raison qu’une fois le match commençé, c’était aux joueurs d’avoir le comportement adéquat pour obtenir le résultat. Nos entraîneurs savaient qu’ils pouvaient s’appuyer sur un noyau fiable, respectueux des valeurs Corses. Fin 1968, nous avions perdu 4-0.Nous avions été dépassés par le contexte et pris à la gorge d’entrée, sans avoir le temps de sortir du piège. L’ambiance avait été très particulière. Avant le coup d’envoi, un supporter d’Ajaccio avait planté un drapeau au centre du terrain. En réponse, un gars de Bastia avait fait la même chose.Ca s’était terminé en bagarre sur la pelouse. Plus j’avançais dans Timizzolo, plus j’étais touché par le trac. Le bruit était assourdissant. Nous avions tout le poids de ce duel sur les épaules. L’ambiance était lourde et pesante. A l’arrivée, nous avions déchanté. Nous avions failli à notre mission.”

NOTES DE TEXTE

(1) En réalité le derby est la rencontre entre deux clubs d’une même ville. Le terme fait référence à l’origine aux matches acharnés de folk football qui opposaient le mardi gras, les deux paroisses de la ville anglaise de Derby, Saint Peter et All Saints.
(1A) Le compte rendu d’un supporter bastiais lors du derby ACA/SCB du 1er février 2003 est particulièrement éloquent. Il raconte le voyage en bus par le Sud du fait du blocage du Col de Vizzavona par la neige. Outre le fait que les bus s’arrêtent dans de nombreux villages pour récupérer des supporters, il mentionne un longue liste de villages de toute la Corse dans lesquels les bus sont salués et les fenêtres ornées de drapeaux aux couleurs du SCB : Casamozza, Querciolu, Fulelli, Aleria, Ghisunaccia, Figari, Sotta, Tarrabucceta, Sartè, Prupià, Ulmetu, Casalabriva, Pitretu, Cavru.
(2) Pour la saison 2012/2013 : Le SCB et l’ACA en ligue 1, le GFCO Ajaccio en ligue 2, le CA Bastia en national, le FC Calvi en CFA. Soit 3 clubs professionnels, Ajaccio seule ville de France à avoir deux clubs professionnels, et cela pour 306.000 habitants et 9.200 licenciés. Rapporté à la population, c’est comme si Paris présentait 25 clubs professionnels).
(2A) Commentaires assurés par Pascal Olmeta, Pierre Leca et Jean-Michel Cavalli.
(3) Corse Matin du 21 avril 2012
(4) Ce respect et ce deuil partagés avaient été également très prégnants lors du match à Armand-Cesari le 5 avril 2008, quelques jours après le décès de Michel Moretti, Président emblématique de l’ACA, le 31 mars 2008
(5) So foot du 28 octobre 2012.
(6) Corse Matin du 15 mars 2013. Ce sera le match SCB/OM du 12 décembre 2012 qui fera lui-même l’objet d’un rapport mentionnant un climat d’insécurité qui donnera un match de suspension à Amand-Cesari.
(7) So foot du 14  mars 2013.
(8) So foot du 14 mars 2013.
(8A) Le SCB a longtemps contestée cette sanction. Il a saisi le Comité National Olympique et Sportif Français. Cette procédure se solda par l’échec de l’audience de conciliation du 7 octobre 2013.
(9) l’Equipe du 8 mars 2013.
(9A) La une de France Football titre de façon racoleuse le 15 janvier 2013 « Furiani le stade de l’Angoisse», qui apparait aussi disproportionné qu’insultant, eu égard à l’histoire de cet équipement.
(10) Sanction suite à l’acte isolé, et jamais prouvé, d’un jet de pièce sur l’arbitre assistant lors du ¼ de finale de coupe de la ligue le 28 novembre 2012.
(11) Arrêté du 16 avril 2014 portant interdiction de déplacement des supporters du club de football de l’AC Ajaccio lors de la rencontre du dimanche 20 avril 2014 avec le SC Bastia.
(12) Une banderole «Pédophiles, chômeurs, consanguins… bienvenue chez les Ch’tis», en référence au film à succès du réalisateur du Nord Dany Boon, avait été brièvement déployée dans une tribune du Stade de France, lors de la finale de la Coupe de la Ligue le 29 mars 2008 entre le PSG et le Racing Club de Lens (2-1). Cette banderole avait soulevé un tollé, notamment de la part de nombreux élus, au premier rang desquels Guy Delcourt, le maire PS de Lens. Il avait été reçu en compagnie de Gervais Martel, président du RC Lens, par le Président Nicolas Sarkozy. L’affaire avait également entraîné la dissolution de l’association des supporteurs des Boulogne Boys. Les pouvoirs publics sous la pression des élus locaux, s’étaient emparés du sujet. Cinq supporters du PSG avaient été condamnés, le 7 janvier 2011, par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) à des amendes de 300 à 600 euros, assorties pour trois d’entre eux d’une interdiction de stade. Seuls deux avaient fait appel. Leur condamnation pour «provocation à la haine ou à la violence lors d’une manifestation sportive» de 500 et 600 euros d’amende, assortie d’une interdiction de stade pendant un an, avait été confirmée par la cour d’appel de Paris cet automne. Mais ils avaient porté l’affaire devant la Cour de cassation, qui a rejeté leur pourvoi.
(13) « Assez de cette indignation à géométrie variable de nos chers “observateurs de la vie insulaire”, de cette émotion de circonstance qui disparaîtra dans 24 ou 72 heures le temps qu’un autre sujet soit vampirisé par ces sempiternels donneurs de leçons de tous bords, ces faux connaisseurs de notre histoire contemporaine et plus particulièrement de notre football, qui ne se mobilisent jamais pour ce qui vaut vraiment (la commémoration du 5 mai ou les meurtres crapuleux, entre autres) et qui nous cassent les couilles, une fois de trop ! ».

Egalement des tribunes dans le Corse-Matin :

rivalite-bastia-ajaccio

(14)L’effondrement des consciences – Pierre Poggioli – libre opinion du 23 avril 2014.
(15) Christian Bromberger – Le match de football, ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin – éditions de la maison de la science de l’homme – 406 pages – aout 1995.
(16) Communiqué du 22 avril 2014 de l’ACA «vergogna !» après l’exhibition d’un cercueil au stade de Furiani et dédicacé par le coach bastiais Frédéric Hantz.
(16A) Pour le derby SCB/ACA du 15 septembre 2002, le premier en ligue 1 depuis celui du 2 mars 1973, le Président de l’ACA Michel Moretti annonce la couleur : « Si Gili (l’entraineur du SCB) se figure qu’en parlant des valeurs de la corsitude et du public de Furiani, on va être impressionné, il se trompe. Gili ? Il est venu à la rame. Moi, je suis né sur cette terre et en Corse je me sens partout chez moi” et ajoute au sujet du capitaine du SCB  “si Jeunechamp se prend à nouveau pour Pascal Paoli, on saura lui répondre”. Lors de ce derby, les supporters acéistes en nombre restreint (200) avaient été placés dans le côté Sud de la tribune Petrignani, la tribune des fans bastiais. A la fin du match, des provocations de part et d’autre aboutissent à quelques jets de projectiles. Par ailleurs toute la communication la semaine précédant la rencontre, basée sur l’obligation de faire de ce match la fête du football corse avec les appels au calme de la part de l’entourage du club, presse et dirigeants, à tétanisé et le public et les joueurs.  Jocelyn Gourvennec, le meneur de jeu bastiais  résuma bien la situation : ” Depuis le début de la saison, ce qui faisait notre force à domicile, c’était l’intensité, l’agressivité positive dont nous faisions preuve, la pression que nous mettions sur nos adversaires. Là, on a fait un match gentillet. Je pense qu’inconsciemment, nous avons voulu donner une bonne image de la Corse, d’autant que le match était télévisé, on s’est peut-être laissé prendre par l’environnement autour de ce match. Tout le bruit fait autour du derby nous a sans doute desservis, on s’est du coup endormis et on s’est fait piéger, contre le cours du jeu. On a été plus passifs que d’habitude ».
(17) Effectivement une vidéo postée sur Internet montre des supporters du SCB aller sonner à la porte du domicile de Frédéric Hantz qui signera le cercueil.
(18) Communiqué du 22 avril 2014 du SCB « a vergogna ou l’indignation sélective ».
(19) Etienne Sansonetti dans Corse Sport le 22 avril 2014

 

 

 

Auteur : Invité

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