La nostalgie du supporter

02
juin
2019

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Catégorie : Editos

Supporter_Rennes

Voilà, c’est fini, comme le dit la chanson. La saison touche à sa fin, et petit à petit le vide s’installe. Pour le fan de football, une longue attente commence. Quel que soit l’état d’esprit dans lequel il se trouve, triste, amer ou heureux, la saison, sa saison est terminée. Qu’il soit champion avec son équipe, qu’il ait décroché l’Europe, un bon maintien ou une décevante place dans le ventre mou du championnat, tout supporter qui se respecte n’attend qu’une chose : La reprise.

Et si d’aventure la saison écoulée s’est avérée pénible avec une descente à la clé, une fois la déception passée, l’optimisme prévaudra. On appelle ça, la résilience. L’abattement ne durera pas, il ne pourra s’empêcher de penser qu’il y aura des jours meilleurs, que  son club rebondira. L’équipe perdra très certainement ses cadres mais se restructurera autour des jeunes du centre de formation.

Évidemment rien n’indique que tout se passera comme il l’espère, mais l’espoir renaîtra, il se dira que c’est mieux ainsi, qu’il faut reconstruire pour mieux repartir. Il avait pourtant juré qu’on ne l’y reprendrait plus, que cette saison était celle de trop, et qu’il n’avait plus la force de suivre cette équipe dans tous les stades du pays. Elle ne lui rend pas un dixième de ce qu’il lui donne. Et il en a donné de l’amour, il en a dépensé de l’argent et du temps pour assouvir sa passion.

Mais il a le sentiment que les joueurs sont autant d’ingrats chèrement payés, qui se moquent de lui et de ses revendications, et qu’ils ne le respectent pas. Il les a tancé moult fois la saison dernière, les invitant à se bouger les fesses pour le club qui les emploie. Mais aujourd’hui ces mercenaires vont partir sous d’autres cieux, plus rémunérateurs. Ils le laissent tomber lui et ses camarades, confirmant l’adage qu’il martèle à qui veut bien l’entendre : «  Les joueurs partent, les supporters restent ».

Rapidement le souvenir des ambiances des soirs de grands matchs refait surface. L’accueil hostile des fans adverses quand il investi le parcage lui manque. C’est tout un folklore qui se rappelle à son bon souvenir. Il se surprend à attendre le calendrier, puis viennent les premières rumeurs transferts et les indiscrétions sur le futur maillot. Il se pique au jeu.

Les années paires, la Coupe du monde ou l’Euro l’aideront à traverser l’été, à patienter en attendant la reprise. Cet inconditionnel du beau jeu devise au travail avec ses collègues. Il a un avis sur tout, tantôt objectif tantôt partisan mais toujours chauvin. Il est tour à tour président de club et entraîneur. Pendant le mercato il commente les rumeurs de transferts avec un aplomb déconcertant, comme s’il détenait les cordons de la bourse. Et les commentaires vont bon train.

« Tu as vu ‘machin’ va peut être signer ! »

« Tu rigoles, tu mets un million de plus et tu as ‘Trucmuche’, c’est quand même autre chose ! »

Il pense que le club lui appartient, il est plus légitime qu’untel ou untel. Il fait son marché dans la peau d’un décideur. Il brasse des millions virtuels mais il chipote quand il apprend que son abonnement en kop lui coûtera deux cent euros au lieu de cent quatre vingt dix la saison dernière. Soit une augmentation de… cinquante deux centimes d’euros par match à domicile. Vous avez dit versatile ? Le fan est inlassable, il pourra avoir la même discussion tous les jours avec son collègue, en feignant l’avoir eue pour le plaisir de reparler football, encore et encore.

Le jour de la présentation du nouveau maillot arrive enfin, et le fera réagir bien évidemment. Mais qu’il lui plaise ou non, il fera l’objet d’un achat nécessaire à l’enrichissement de sa collection. Puis tout s’enchaine, le calendrier aussi fait son apparition. Une première lecture lui indique si il supportera son équipe dans son stade ou à l’extérieur pour l’ouverture du championnat. Puis il regardera les datent de derby, qu’il cochera afin de ne pas prendre d’autres dispositions le jour J. La seconde lecture est plus fine, il s’agit de découvrir les opportunités de début de saison. Quasiment tous les fans se rejoindront pour dire qu’il vaut mieux rencontrer un promu en automne, car en début d’exercice il est souvent motivé pour engranger de précieux points en vue du maintien. Et à l’inverse, une équipe phare sera certainement plus « prenable » en début de championnat car elle aura son pic de forme lorsque les joutes Européennes débuteront.

Animé par sa mauvaise foi, le calendrier des siens sera toujours plus compliqué que celui de l’équipe du collègue, et il a tous les arguments pour étayer son analyse, exemples à l’appui. De quoi nourrir de grandes et interminables discussions et alimenter la polémique. La saison commence enfin et elle sera intense, avec ses joies, ses peines, ses coups de gueules envers les arbitres jusqu’au mois de juin suivant. Où le cycle se renouvellera… et tout recommencera…

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait pas purement fortuite, car ce fan, c’est toi, c’est moi…c’est nous.

Crédit photo : PacoPhotographie pour Footpack

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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