La lutte pour le titre, une histoire grecque

17
septembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

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Observateurs assidus et simples spectateurs de Ligue 1 s’accordent à dire que le titre de champion de France se jouera, cette année encore, entre le PSG et l’AS Monaco. Une façon habile de ménager un faux suspens tant le succès est promis aux parisiens. Les recrutements de Neymar et Dani Alves combinés aux départs de Silva, Mendy ou encore Bakayoko placent incontestablement Paris dans la peau du favori. Plus encore, le champion en titre a renforcé son concurrent francilien tout en s’affaiblissant, avec le transfert de Kylian Mbappé qui a quitté la Principauté pour rejoindre les pensionnaires du Parc des Princes. Pour autant, il est encore trop tôt pour enterrer les hommes du rocher. Dans le passé récent du championnat de France et dans la mythologie grecque, on trouve même quelques brides d’espoirs.

Paris, le Minotaure

Dans la mythologique grecque, le Minotaure est un monstre avec une tête de taureau et un corps d’homme. Connu pour se nourrir de chair humaine, plus particulièrement celle des enfants, il est si dangereux qu’il est enfermé dans un labyrinthe. Vous me voyez venir. Il est incontestable que cette saison, le PSG sera monstrueux et ses concurrents de Ligue 1 apparaîtront comme de jeunes enfants lorsqu’ils devront le défier. Di Maria, Lucas, Draxler, Pastore seront les pierres angulaires d’une équipe B qui risque de faire sacrément briller le banc du Parc des Princes si elle cire aussi bien qu’elle ne joue au foot. Concernant les titulaires, la direction du club parisien aurait déjà entamé des négociations avec l’hôpital Necker pour soigner les reins et maux de têtes des défenseurs de L1 qui auront le plaisir de se coltiner un trio d’attaque Mbappé – Cavani – Neymar et d’aller presser le malicieux Marco Verratti. La surpuissance de l’attaque parisienne est indéniable, tout comme la profondeur de son banc de touche, du moins sur le plan offensif. On s’imagine déjà un PSG de tous les records, avec pourquoi pas, la perspective de dépasser la barre des 100 buts marqués ou de boucler le championnat sans la moindre défaite. C’est en tout cas ce que laissent penser les 5 premières journées de championnat. Les parisiens ont déjà marqué 19 buts en 5 matchs, soit une moyenne de quasiment 4 buts par match. Si la cadence est maintenue, Neymar et ses copains marqueront la bagatelle de 150 buts cette saison. Pire : même lorsque Paris n’est pas parvenu à développer un jeu  séduisant lors de la quatrième journée face à Saint-Etienne, le club de la capitale s’est imposé 3 buts à 0. On en viendrait presque à relativiser la férocité du Minotaure. Pour achever la métaphore, ajoutons que le Minotaure a la réputation d’être animé par ses pulsions instinctives. Un peu comme un club de foot qui dépenserait une somme folle pour acheter l’un des meilleurs joueurs d’une équipe qui lui a infligé une défaite humiliante.

Cependant, une œuvre de Myron, le célèbre sculpteur grec, montre un Minotaure dont le corps est amputé d’une main et d’un bras. Une œuvre qui prolonge la métaphore entre la créature et le club parisien. Lors du mercato d’été, le PSG s’est séparé de deux milieux de terrain : Blaise Matuidi et Grzegorz Krychowiak. Certes, le second nommé a peu joué la saison précédente mais il n’a pas été remplacé numériquement. Tout comme Blaise Matuidi. Au milieu, les parisiens se sont ainsi affaiblis tant sur le plan quantitatif que qualitatif. L’entrejeu ne compte désormais que trois titulaires. Adrien Rabiot, Thiago Motta et Marco Verratti, auxquels il faut ajouter le jeune mais néanmoins prometteur Christopher Nkunku. Pour dresser un portrait complet de l’entrejeu des franciliens, il faut rappeler que Thiago Motta est en fin de carrière. Il vient d’avoir 35 ans et a déjà montré des signes de fatigue la saison passée malgré un niveau qui paraît suffisant pour affronter des concurrents de L1 peu ambitieux. De plus, Marco Verratti ne répond pas totalement aux attentes placées en lui en ce début de saison. Il Gufetto (« Le petit hibou » en français) s’est en effet illustré par des prestations en demi-teinte, nettement plus mauvaises que celles des saisons précédentes, et une expulsion assortie d’une suspension de 5 matchs. Seul Adrien Rabiot tient son rang en poursuivant sa progression au plus haut niveau, comme en atteste sa prestation aboutie face au Celtic Glasgow en Ligue des Champions. Clairement, le milieu de terrain du PSG semble être le talon d’Achille de l’équipe pour la saison qui commence. On pourrait aussi ajouter le poste de gardien de but pour lequel Unaï Emery ne semble pas trouver la solution. Alphonse Areola et Kevin Trapp se succèdent dans les buts parisiens sans parvenir à convaincre. Le milieu de terrain affaiblit et les performances contrastées des gardiens de but font état d’un PSG amputé d’un éléments essentiels à des postes clés, et apparaissent comme une lueur d’espoir pour les adversaires du PSG.

Une lueur d’espoir, on en trouve une, une fois n’est pas coutume, dans la mythologie grecque, mais aussi dans le dénouement de la saison dernière. Dans la mythologie, le Minotaure est en effet tué par Thésée, un autre héros grec, dans un combat de haute lutte. C’est un peu ce qu’il s’est passé la saison dernière en Ligue 1 où Monaco a enfilé le costume de Thésée pour tuer le Minotaure parisien à qui le titre était promis. Tuer, c’est bien le mot. On ne peut effectivement pas parler de contreperformance pour le PSG lors de la saison 2016/2017. Avec 87 points au compteur, 83 buts marqués pour seulement 27 encaissés, Paris a signé sa troisième meilleure saison de l’ère qatarie. Une saison noircie par l’improbable « Remontada » infligée par le FC Barcelone lors de laquelle le PSG aura tout de même remporté les 2 coupes nationales et le Trophée des Champions, en juillet dernier. Finalement, le seul tort des parisiens lors de cet exercice 2016/2017 aura été d’avoir un concurrent aussi spectaculaire et prolifique que l’AS Monaco de Leonardo Jardim, capable de marquer plus de 100 buts et de gagner 30 de ses 38 matchs. Même les spécialistes de la L1 les plus chevronnés n’auraient pu présager une telle performance à l’automne 2016.

 

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Monaco, Thésée ou Chiron ?

Cette saison encore, Monaco apparaît comme le concurrent le plus sérieux pour les parisiens. Néanmoins, le mercato monégasque empêche quelque peu de poursuivre la métaphore avec Thésée. Du moins, avec la face héroïque de Thésée.  Avec les départs d’au moins un joueur clé par ligne (Mbappé, Silva, Bakayoko, Mendy), il paraît difficile d’imaginer les joueurs de la Principauté conserver le costume du héros qui déjoue tous les pronostics pour achever le Minotaure. Pire encore, l’ASM a fait d’une pierre deux coups avec la vente de Mbappé au PSG : le club s’est affaiblit tout en renforçant son principal concurrent. Une stratégie sportive qui interroge.

Contrairement au milieu de terrain parisien, le 11 monégasque aura cependant fière allure cette saison puisque tous les départs ont été compensés. Jovetic, Balde Keita, Tielemans ou encore Diakhaby sont autant de recrues prometteuses qui entretiennent les espoirs de titre dans les rangs monégasques. Ajoutons que l’ASM a tout de même conservé Thomas Lemar, qui semble tout avoir pour exploser cette saison, aussi bien en club que chez les Bleus, ainsi que les expérimentés Falcao et Fabinho. Autrement dit, il y a encore de quoi espérer sur le rocher, avec des jeunes joueurs prêts à s’exposer et à exploser et des valeurs sûres prêtes à les encadrer. Et surtout, la saison dernière a vu éclore une identité de jeu prégnante. C’est peut-être l’un des éléments sur lequel les monégasques semblent avoir un temps avance sur le rival parisien. Le 4-4-2 proposé par Jardim est désormais rodé et semble convenir à tout l’effectif puisque chaque joueur, titulaire ou remplaçant, parvient à s’y adapter. Peu importe la composition d’équipe, les latéraux et ailiers combinent à merveille pour servir des attaquants efficaces. Notons aussi que les attaquants sont capables de se mettre au service de l’équipe en offrant des possibilités d’appui permettant aux autres joueurs offensifs de s’exprimer. A l’inverse, le jeu parisien est plus stéréotypé, marqué par une possession de balle outrageuse mais souvent stérile, du moins la saison passée. Notons cependant que depuis son arrivée, Neymar prend le poste de n°10 à son compte pour faire profiter ses partenaires de sa technique. Un dispositif très séduisant pour le moment, que les spectateurs de L1 n’ont cependant pas pu évaluer face à une grosse cylindrée, contrairement aux automatismes monégasques.

Avec ses nombreux jeunes prometteurs, Monaco délaisse Thésée pour ressembler à Chiron. Dans la mythologie grecque, Chiron est un centaure, c’est-à-dire une créature mi homme, mi cheval, réputée pour assurer l’éducation de jeunes héros. Inutile d’en dire plus pour justifier la métaphore. Avec les éclosions de Martial, Mbappé, Lemar, Silva, Fabinho ou encore Mendy, le projet sportif de l’AS Monaco repose clairement sur sa capacité à former et à faire progresser les jeunes joueurs. Le terme « projet sportif » est cependant peu adéquat puisque les derniers mercatos donnent la sensation que les dirigeants monégasques sont tout aussi soucieux de faire progresser leurs joueurs prometteurs que de les vendre à prix d’or. Une politique évidemment rentable mais qui contraint Jardim à œuvrer chaque année pour inculquer ses principes de jeu, sans certitudes sur les résultats sportifs. Heureusement, dans la mythologie grecque, Chiron est célèbre pour sa grande habileté manuelle, notamment pour la chirurgie. Le coach portugais de l’ASM s’est déjà occupé du gros œuvre en bâtissant des fondations solides, avec des principes et un système de jeu convaincants et prolifiques, à lui maintenant de lâcher la truelle pour enfiler la blouse blanche et manier le bistouri, afin de sublimer ses recrues.

Malgré ses quelques motifs d’espoir, la métaphore avec Chiron pourrait prendre des allures de tragédie pour les monégasques. Dans la mythologie grecque encore, Chiron meurt lors d’une bataille. Pas dans n’importe quelles conditions : il est tué, par erreur, par Héraclès, l’un de ses élèves les plus talentueux qui le tenait pourtant en estime. Vous me voyez venir. Difficile de ne pas penser au transfert de Kylian Mbappé vers le Minotaure parisien. D’autant que les derniers évènements vont en ce sens. Pendant que Mbappé célébrait son premier but sous le maillot du PSG à Metz, Monaco s’inclinait lourdement face à son rival et voisin niçois (4-0). Idem en Ligue des Champions. Tandis que l’attaquant natif de Bondy martyrisait la défense du Celtic Glasgow avec ses courses infernales et son but, l’ASM débutait timidement son parcours européen en concédant un match nul  sur la pelouse du RB Leipzig, qui vivait son baptême en Ligue des Champions. On imagine alors assez bien Monaco s’affirmer dans son costume de Chiron, insistant sur la formation de ses jeunes joueurs, et Mbappé dans celui d’Héraclès, tuant son mentor, en le privant de titre grâce à une chevauchée fantastique ou une action conclue avec la précision d’orfèvre dont il a le secret. Rendez-vous est pris : le 15 avril prochain, le PSG et Monaco s’affronteront au Parc des Princes dans ce qui pourrait être la confirmation du sacre commun d’Héraclès et du Minotaure. A moins que Monaco ne se veuille plutôt Thésée que Chiron, contre toutes attentes.

Le titre de champion de France semble promis, comme chaque saison depuis 2011, au Paris SG. Sauf que depuis 2011, l’Hexagoal n’a pas systématiquement pris place dans la vitrine des trophées du Parc des Princes. En 2012, c’est Montpellier qui frappé le Minotaure parisien, avant l’AS Monaco la saison dernière. Mais cet été, tout a changé sur les bords de la Seine avec les arrivées de Neymar et Mbappé, promis tous deux à une domination sans partage sur le football mondial durant les dix prochaines années. Paris est bien décidé réhabiliter le destin du Minotaure. Monaco l’est autant pour rester le Thésée qu’il a été, grâce à ses jeunes prometteurs et sa qualité de jeu. A moins qu’à l’instar de Montpellier en 2012, un autre pensionnaire de L1 ne se révèle en bourreau du Minotaure.

Credit Photo : Fanafoot.com & Pacophotographie

 

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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