La loi du marché : Faut-il raccourcir le mercato d’été ?

08
septembre
2017

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

Jorge MENDES - 30.08.2014 - Monaco / Lille - 4eme journee de Ligue 1 -
Photo : Olivier Anrigo / Icon Sport

Dans ce monde globalisé régi par la loi du marché, le football joue son effet de miroir et n’échappe pas à la règle. Alors qu’il vient de prendre fin la semaine dernière, le mercato estival a rythmé l’été des passionnés de ballon rond. En effet, durant trois longs mois, il ne fut question, à défaut de matchs et de compétitions, que de chiffres, offres, rumeurs, contrats, clashs et transactions juteuses. Si bien que chaque passionné de foot ressent un profond soulagement lorsque le terrain reprend enfin ses droits.

Outre leur spirale inflationniste ahurissante, c’est la durée de ces fenêtres de transferts qui font parler. Alors que la plupart des championnats reprennent début Août, le marché estival dure lui jusqu’au 31. Un décalage qui peut éventuellement servir à un staff pour réajuster son effectif, mais qui en réalité fausse le début d’exercice de nombreux clubs. Comment s’empêcher de penser, par exemple, que Jean-Mickael Seri aurait pu être autrement plus performant lors de la double confrontation face au Napoli en barrage de Ligue des Champions cet été s’il n’avait pas eu dans un coin de la tête ses velléités de départ au FC Barcelone ? Un ressenti confirmé récemment en conférence de presse par l’entraîneur de la Juventus Turin Massimiliano Allegri. Celui-ci a ouvertement regretté que le mercato soit ouvert jusqu’au 31 août, estimant qu’il fallait raccourcir la période des transferts. “Je suis opposé à la fermeture du mercato le 31 août. Les équipes devraient déjà être composées au début du championnat, car sinon tu as au sein de l’équipe des joueurs qui pensent à partir”.

« Le mercato est vraiment trop long et fatigant. Il devrait se fermer quand débute le premier des grands championnats »

Giuseppe Marotta, directeur sportif de la Juventus

Agacés par ce long et absurde marché estival, les clubs réagissent. Hier, à Londres, les clubs anglais se sont réunis en ce sens. Ils envisagent de fermer la période estivale des transferts avant le début de la saison, et non fin août. Cette proposition a été longuement discutée. Quand on sait que la stabilité et l’homogénéité d’un effectif sont bien souvent source de performance et de réussite, ces longues périodes de transactions apparaissent d’autant plus déstabilisantes. Le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, jamais avare d’une complainte, s’est aussi déclaré en ce sens entre les deux matchs qualificatifs de rentrée de l’équipe de France “C’est vrai que le mercato traine un peu en longueur” a-t-il asséné en conférence de presse.

Sur le plan médiatique, ces trois mois de mercato sont évidemment propices à la chasse aux rumeurs. Des rumeurs bien souvent orchestrées par les agents ou présidents de clubs eux-mêmes pour faire monter les enchères. Ce ballet médiatique est en l’occurrence très prisé par les pseudos journalistes en quête de buzz. Une hyper marchandisation du football devenue néfaste à la passion qui anime les supporters. Chaque été donne lieu à ses feuilletons. Ces dernières semaines on a par exemple assisté aux caprices de Donnarumma avec à la clé une belle revalorisation salariale, au bras de fer d’Ousmane Dembelé avec Dortmund, mais on a surtout vu Paris contourner allègrement le Fair Play financier lors des juteux transferts de Neymar et Kyllian M’Bappé. Difficile dans ces conditions pour le foot de continuer à véhiculer certaines valeurs comme la fidélité, la camaraderie et le respect de l’institution, difficile en outre pour les clubs concernés de préparer sereinement leur saison, l’argent et les lois du marché prévalent et tout dirigeant doit composer avec ce long et usant mercato d’été.

Nous l’avons souvent évoqué, le monde du ballon rond n’est qu’un miroir de la société. Rien d’étonnant à ce que les lois du marché et de l’argent roi le régissent et vont jusqu’à en déréguler son organisation. Le football est progressivement devenue une industrie du divertissement florissante, et sans aucun doute le plus individuel des sports collectifs. Cette évolution du sport roi a donné naissance à une sorte de mercenariat inégalitaire où les joueurs professionnels et acteurs du monde du foot ne raisonnent qu’en terme de valeur marchande. Loin, très loin, de la notion de jeu et de plaisir. Maître à penser du grand Milan des années 90, l’emblématique entraîneur italien Arrigo Sacchi aime répéter quand on l’interroge que “Le collectif est meilleur que l’individu”. Le mage de Fusignano enchérit “L’individu peut te faire gagner un match, mais les exploits se font avec une équipe. Le football est un sport collectif avec des moments individuels, pas le contraire”. Ce qui nous amène à penser que, même si ces transferts intempestifs de joueurs rythment désormais la saison footbalistique au même rythme que l’argent perverti la nature humaine, rien ne remplacera la force d’un collectif qui avance ensemble dans la continuité, en quête d’un idéal.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
motta-rabiot
Le PSG et ses Tontons Flingués.

Obnubilés par les dossiers Neymar et MBappe, les dirigeants parisiens en ont oublié de renforcer le milieu parisien, où les...

Didier-Quillot-LFP
LFP : la grande mascarade

Il n’aura échappé à personne que la LFP n’a pas hésité à (sur)réagir au moment du transfert ultra médiatisé de...

Tifo OM PSG
APPodcast n°1: Le projet OM est-il mort né ?

Comme annoncé on a lancé notre podcast. Dans ce premier numéro on a parlé de l'OM et du projet McCourt-Eyraud...

Fermer