La Ligue 1, les coaches consultants et leur xénophobie

18
mars
2017

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Catégorie : Edito / Ligue 1

Rolland-Courbis

« Oui cette Ligue des Champions peut coûter le titre à l’AS Monaco ». Voilà le commentaire de Rolland Courbis, jeudi matin au micro de Jean-Jacques Bourdin au lendemain de la magnifique qualification de l’AS Monaco face à Manchester City. Je crois qu’il n’y a pas plus symbolique de la médiocrité des analyses réalisées par les consultants, en particulier les entraineurs, français dans les médias en général. Éric Roy, Elie Baup, Rolland Courbis pour ne citer qu’eux sont en bonne place de cette médiocrité immanente dans le football français, cette même médiocrité qui, une fois qu’elle a cessé de nous brûler les yeux sur les terrains de foot, crache son fiel sur les autres entraineurs.

Après la qualification de Monaco j’étais particulièrement content. Non pas parce qu’un club français était en quart de finale de la Ligue des Champions (je suis de ceux qui pensent que l’indice UEFA n’est pas un club que l’on supporte) mais avant tout par rapport à Leonardo Jardim. Après avoir été trainé dans la boue pour un jeu jugé trop défensif et même moqué pour son français – par les mêmes qui reprochent aussi à Emery son français qui reprochaient à Bielsa de ne pas parler français – le voilà qui tient une merveilleuse revanche avec la saison incroyable que son équipe réalise. Il ne me semble pas absurde de parler de xénophobie de la part des coaches consultants en Ligue 1. Il me faut ici me départir de toute ambigüité sur le terme de xénophobie. Souvent confondu avec le racisme, celui-ci désigne en réalité « l’hostilité systématique à l’égard des étrangers » selon la définition du Larousse.

 

Le refus forcené de la différence

Ancelotti, Bielsa, Emery, Jardim, on ne compte plus les techniciens étrangers qui ont été attaqués de manière odieuse par ces consultants en papier mâché. Pourtant, tous ces techniciens ont prouvé durant des années et à de multiples reprises qu’ils n’évoluaient pas dans la même catégorie que nos minables et frileux entraîneurs. Entendons-nous bien, il n’y a pas de relation obligatoire entre le fait d’être un entraîneur étranger et celui d’être un bon entraîneur – il n’y a d’ailleurs qu’à voir la faiblesse de la plupart des coaches britanniques. Pour autant, les différents entraîneurs qui se sont succédés en Ligue 1 ont assurément apporté une réelle valeur ajoutée dans notre bien morne championnat.

Manières différentes d’aborder les matchs, mise en place tactique audacieuse, professionnalisme accru des séances d’entrainement, il est indéniable que c’est une véritable chance d’avoir pu profiter de la présence d’un Ancelotti en Ligue 1 ou de continuer à côtoyer des entraineurs comme Emery ou Jardim (et sans doute Bielsa la saison prochaine). Cet apport venu de l’étranger est une véritable bouffée d’oxygène dans notre Ligain atrophié par les idées maussades et une forme de conservatisme à toute épreuve de la part des entraineurs français. En attaquant de front les techniciens étrangers, la xénophobie des coaches consultants n’a pas d’autre objectif que de refuser de manière absolue d’autres manières de penser que la pensée préétablie dans le moule si médiocre de la DTN nationale.

 

Du protectionnisme footballistique

 

Il serait pourtant réducteur de résumer cette xénophobie à un simple refus de la différence. En effet, de telles pratiques servent un objectif plus global : celui de conserver les postes d’entraineurs pour les ressortissants de notre pays. Il n’aura d’ailleurs échappé à personne que rares sont les entraineurs issus de notre médiocre moule à s’être imposé à l’étranger. Dans le vieux modèle de l’offre et de la demande, étant donné que l’offre des entraineurs français est toujours la même mais que la demande étrangère est quasiment inexistante, dans la logique de ces coaches consultants il faut réserver les bancs français aux ressortissants français et donc taper à bras raccourcis pour quiconque agirait différemment que ce qu’il se fait actuellement.

Il faut bien les comprendre, imaginez que dans cet océan de médiocrité qui nous entoure surgissait des entraineurs étrangers capables de montrer que l’on peut faire autrement. Il n’est d’ailleurs pas totalement innocent de constater que les trois équipes qui trustent le podium de nos championnats sont toutes trois à la fois les plus enthousiasmantes de notre championnat et entrainées par des coaches étrangers. Il est rafraichissant de voir des entraineurs faire bien jouer leur équipe et ne jamais ou presque se plaindre de l’arbitrage ou de je ne sais quoi contrairement à la plupart des entraineurs français (Rudi Garcia) qui se complaisent dans le rôle de Calimero, toujours prêts à chouiner après le calendrier, les blessures, l’arbitrage, la météo ou le fait qu’il n’y avait pas de knackis à la cantine. Face à ce rabougrissement porté par les tenants de la médiocrité j’ai envie de terminer ce billet en battant en brèche cette vision si morne du football. Alors, amateurs du football de tous les pays, unissez-vous.

 

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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