La LFP et les supporters ou le pompier pyromane

11
juillet
2017

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Catégorie : Ligue 1

Fuck LFP

Il arrive parfois qu’une conjonction d’évènements révèle de manière crue l’absurdité de certaines décisions prises par les autorités (politiques, sportives, etc). Nous avons récemment assisté à un tel moment de révélation pour la Ligue de Football Professionnel. Il y a quelques jours en effet nous apprenions que la LFP souhaitait désormais sanctionner les clubs aux tribunes vides. Sans doute échaudée par le titre de champion de France obtenu par l’AS Monaco qui pratiquait un jeu aussi flamboyant que ses tribunes étaient clairsemées, l’instance suprême du football professionnel français s’est sans doute dit que l’idée de sanctions était sans doute la bonne.

Peu de temps après cette annonce nous apprenions que cette même LFP avait décidé de sanctionner les South Winners, le célèbre groupe de supporters marseillais. Après le spectacle pyrotechnique à base de fumigène lors d’OM-Bastia en mai dernier, la Ligue a décidé de fermer la partie haute du Virage Sud du Vélodrome lors de la 1ère journée de Ligue 1 et la réception de Dijon par l’OM. Si l’on était cyniques on se demanderait si la LFP s’aventurera à sanctionner l’OM pour cause de tribune vide alors même que celle-ci sera vide du fait de la Ligue mais nous nous contenterons de constater à nouveau la vacuité d’une telle mesure. En décidant de sanctionner les clubs aux tribunes vides, la LFP agit comme un malade qui casserait le thermomètre pour dire qu’il n’a plus la fièvre, omettant de regarder en face les problèmes profonds qu’elle a elle-même contribué à faire émerger.

 

Le Dieu riant

 

Si Dieu se rit réellement de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes, tendons donc l’oreille. Il y a effectivement de fortes chances que nous l’entendions rire à gorge déployée de cette LFP et de ces tristes cupides qui ont sacrifié absolument tout ou presque de ce qui fait l’essence du football, de ce sport populaire, sur l’autel de l’argent. Je suis de ceux qui croient que le football n’est pas simplement 22 hommes ou femmes qui courent sur un terrain mais qu’il dépasse allègrement ce simple cadre. A ce titre je suis très enclin à voir dans le sport roi, comme je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, une forme de sacré.

Les grands pontes de ce sport, Didier Quillot en tête lui qui vient du monde du marketing, l’ont progressivement coupé de sa base populaire et sont finalement en train de le laisser dépérir comme un arbre à qui l’ont aurait ôté les racines et qui ne parviendrait plus à faire circuler la sève, ce ruisseau de vie, constituée par la foi des supporters. Comme l’écrit très justement Nicolas Ksiss-Martov sur SoFoot, « comment amener les fidèles au temple s’ils n’ont pas le droit de prier » ? En cédant à toutes les sirènes de l’argent et en offrant ce sport que nous aimons tant à la spéculation la plus folle, tous les grands dirigeants du foot ont accéléré cette logique délétère qui fait, qu’aujourd’hui peut-être plus qu’hier, le football est l’un des miroirs les plus puissants de la société : alors que les droits TV explosent partout ou presque, que les prix des transferts sont chaque jour plus indécents, le football amateur se meurt par manque de moyens. Dans le foot comme ailleurs, les inégalités explosent et l’ancrage populaire qui fait la force de ce sport s’estompe doucement mais surement.

Le seuil franchi ?

 

Dans son excellent livre Les Affects de la politique, Frédéric Lordon explique que c’est parfois le franchissement d’un seuil invisible qui précipite des changements d’envergure. Et si cette décision de la LFP de vouloir sanctionner des situations qu’elle a elle-même engendrées constituait le franchissement d’un tel seuil ? La saison qui vient de s’écouler l’a montré à nouveau, le fossé croissant qui se creuse entre supporters et instances dirigeantes est assurément ce qui fait le plus de mal au football dans notre pays. Alors que notre Ligue 1 redevient attractive et a tout pour être excitante dans l’année qui s’annonce, la répression des ultras ainsi que les décisions aberrantes pour satisfaire diffuseurs plutôt que supporters renforce une fracture qui, si rien n’est fait, finira assurément par devenir irrémédiable.

Cette défiance grandissante entre supporters et autorités a sans doute atteint son paroxysme lors du fameux OM-ASSE d’avril dernier au cours duquel les supporters stéphanois avaient été interdits de déplacement par le préfet. Ce n’est évidemment pas la LFP qui a prononcé cette interdiction de déplacement mais elle n’a, et c’est un euphémisme de le dire, rien fait pour défendre les supporters. Alors même que la semaine précédente un rassemblement de 80 000 personnes sur le Vieux-Port organisé par Jean-Luc Mélenchon n’avait posé aucun problème à la tenue d’un match de rugby au Vélodrome, les autorités préfectorales auront inventé une nouvelle raison pour empêcher les supporters Verts de soutenir leur équipe. C’est au cours de ce même match qu’un « Fuck LFP » s’est affiché sur les écrans de Canal + depuis le Virage Sud. Il me semble réellement que nous sommes arrivés à un point de bascule et la LFP, loin de s’en rendre compte et d’agir en conséquence, se contente d’accélérer un peu plus vers le mur qui s’annonce.

Nous le voyons donc, sanctionner les clubs aux tribunes vides est à la fois une aberration et une provocation plus que superflue au vu des relations exécrables déjà présentes entre instances et supporters. Plutôt que de lancer un véritable dialogue avec les groupes de supporters, la LFP décide une nouvelle fois de passer en force sans concertation aucune. Pour vendre son « produit » comme elle l’appelle, elle foule au pied les revendications des supporters, de ceux qui constituent le cœur de ce si beau sport. Cette LFP me fait penser à un mélange entre Néron et Ponce-Pilate, tant elle met le feu dans une poudrière tout en se lavant les mains. Elle devrait pourtant se méfier de nous, supporters, qui faisons vivre la flamme de la passion. Là d’où je viens, à Marseille, le mistral souffle parfois très fort. Comme tous les vents il peut avoir une relation ambivalente au feu puisqu’il peut au choix éteindre une flamme devenue trop faible ou allumer un incendie aussi puissant que dangereux. Que la LFP continue d’agir comme le mistral à l’égard de notre passion enflammée et les conséquences pourraient être terribles, dans un sens ou dans l’autre.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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