Kostas Mitroglou et le mythe fondateur de Marseille

07
novembre
2017

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

mitro1

Débarqué sur la Canebière dans les dernières heures du mercato estival, l’avant-centre grec peine à laisser parler ses qualités et donner la pleine mesure de son potentiel sous le maillot blanc. Sous le joug de la pression populaire, l’ex-attaquant de l’Olympiakos et du Benfica Lisbonne a la lourde tâche d’incarner le buteur prolifique que tout Marseille attend. Capitale méditerranéenne, la cité phocéenne porte fièrement ses racines helléniques. Kostas Mitroglou étant le premier joueur grec à porter la tunique marseillaise, les observateurs de l’OM vont devoir s’armer de patience car l’histoire semble trop belle pour ne pas réussir.

Comme les marins phocéens qui débarquèrent il y a 2 600 ans, Kostantinos Mitroglou est originaire de Kavala à quelques dizaines de kilomètres de la frontière turque. Une petite cité portuaire, frontière entre l’Orient et l’Occident surnommée “la ville bleue” où le temps semble s’être arrêté. Un petit paradis terrestre qui dévoile ce que la Grèce a de meilleur à offrir. On peut y déguster du rouget, des palourdes ou du poulpe cuit au charbon de bois accompagné d’un verre de raki, de ouzo ou de vin dans le quartier d’Aghios Nikolaos près de l’église du même nom, transformée de mosquée en église orthodoxe. On peut également y admirer les entrepôts de tabac et l’historique Imaret, un des plus importants monuments ottomans de Grèce, le tout entouré du bleu de la mer Eggée. Si le nouvel attaquant olympien a ensuite grandi en Allemagne avant de revenir exploser sous le maillot de l’Olympiakos et de l’Atromitos, il reste très attaché à défendre les couleurs du pays qui l’a vu naître.

Lors de son arrivée à l’aéroport de Marignane au soir du 31 Août, les amoureux de Marseille et les plus romantiques y ont vu un clin d’œil de l’histoire. Vaste cité fondée par les grecs, il apparaît comme une évidence de voir enfin un joueur hellène en défendre les couleurs. Comme c’est le cas pour toute ville importante dans l’antiquité, Marseille a son mythe fondateur, sa légende : celle de Gyptis et Protis. En ce temps là, la cité grecque de Phocée, située sur un petit territoire en Asie mineure, cherche des lieux tout autour de la Méditerranée pour y fonder des comptoirs commerciaux. Les Phocéens sont alors un peuple de pêcheurs et de pirates. Charmés par les lieux, ils mettent pied à terre dans la calanque du Lacydon, l’actuel Vieux-Port, et sont accueillis par des autochtones. Un peuple celto-ligure qui a pour roi un homme du nom de Nannus. Celui-ci invita les visiteurs grecs aux noces de sa fille, la princesse locale Gyptis. Selon la tradition, la princesse choisissait le jour de son mariage l’heureux élu en lui apportant une coupe de vin. Evidemment, la belle Gyptis, sous le charme exotique d’un navigateur grec, renonça à tous ses prétendants, et porta la coupe à Protis. Le roi “Nann”, pour célébrer cette union, offrit aux Phocéens un lieu pour fonder leur ville qu’ils appelleront Massalia. Les Phocéens se sont par la suite parfaitement mêlés au peuple ligure et ont combattu à ses côtés pour défendre Massalia de leurs voisins, envieux du développement de la ville.

Voilà comment est née Marseille, la plus vieille ville de France. Cette fondation, faite du mélange de la culture grecque et de la culture celto-ligure a toujours donné aux marseillais le sentiment d’être un peuple à part, fier et libre. C’est de là que naît l’esprit d’indépendance, si présent à Marseille, et qui surprend encore de nos jours le reste du pays.

Ainsi, le parallèle avec l’OM est saisissant. La princesse locale, la belle et adulée Olympique, promise au grand attaquant de renom que tout le peuple réclame, semble désormais prête à tomber sous le charme du voyageur grec. Marseille n’est qu’amour. C’est d’ailleurs le seul mythe fondateur construit autour d’une histoire d’amour, et non d’un meurtre. Le mythe de la fondation d’une ville, plus encore que sa réalité, est très souvent l’origine de son esprit et de son identité. Ainsi, rien d’anodin à ce que Marseille soit une telle terre d’accueil et ce haut lieu de mixité sociale. Rien d’anodin non plus de voir s’exprimer chaque semaine dans tous les stades de France et d’Europe, tout l’amour que le fervent et fanatique peuple marseillais porte à son équipe de football.

A Mitroglou désormais de se montrer digne de cet amour inconditionnel dans cet OM de Rudi Garcia qui tarde à trouver la bonne formule offensive. Face à Paris et à Lille récemment, les olympiens ont fourni de grosses prestations défensives mais il était difficile pour l’attaquant grec, sevré de ballons, de réellement s’illustrer. Auteur dimanche face à Caen de son premier but au Vélodrome – sa seconde réalisation en six matchs – à lui de saisir les opportunités, perpétuer l’efficacité qui était la sienne au Portugal et incarner la célèbre devise “Droit au but” chère aux supporters et que des attaquants tel que Skoblar, Papin, Cascarino, Drogba ou Mamadou Niang ont su sublimer. La question de son association avec Valère Germain, lui aussi en perte de vitesse depuis son arrivée dans les rangs marseillais, est sur toutes les lèvres. Elle impliquerait une nouvelle mutation du système de jeu et soulève une autre interrogation : le recrutement marseillais a t-il été savamment pensé ? L’un et l’autre semblent en tous cas avoir besoin de soutien et de munitions comme le soulignait le coach marseillais en conférence de presse. Associé à l’altruisme de l’ancien monégasque, nul doute que Kostas Mitroglou, joueur de surface qui ne peut performer qu’au sein d’une escouade qui domine, joue haut et abreuve généreusement son attaquant de pointe, pourrait rayonner. La réussite de l’international grec sous le maillot blanc constituerait, comme l’union de Gyptis et Protis en son temps, l’acte fondateur de l’histoire que s’apprête à écrire l’Olympique de Marseille de Franck Mc Court.

“Marseille est, a toujours été, le port des exils, des exils méditerranéens […]. Ici, celui qui débarque un jour sur le port, il est forcément chez lui. D’où que l’on vienne, on est chez soi à Marseille. Dans la rue, on croise des visages familiers, des odeurs familières. Marseille est familière. Dès le premier regard.” écrivait le romancier marseillais Jean-Claude Izzo. Une description de la cité phocéenne récemment confirmée dans la presse locale par Mitroglou lui-même : “Avec le soleil et la mer, Marseille ressemble un peu à la Grèce. Quand tu te réveilles, tu te sens bien. Je me sens comme chez moi.” Quand on vous dit que l’histoire est trop belle pour ne pas réussir…

Crédit photos : @om.net

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
Memphis
Valse à trois temps pour Memphis

Considéré autrefois comme un grand espoir du football néerlandais, Memphis s'est perdu en Premier League et tente à présent de...

derby-asse
Une histoire très personnelle du derby

Dimanche soir se jouera à Geoffroy-Guichard le 115ème derby de l'histoire entre l'AS Saint-Etienne et l'Olympique Lyonnais. Le 115ème épisode...

Marcelo-Bielsa
Marcelo Bielsa, les vautours et l’odeur du sang

Dimanche dernier, le LOSC de Marcelo Bielsa a sans doute réalisé l’un de ses matchs les plus aboutis depuis le...

Fermer