José Mourinho : la face cachée du ” Special One “

22
mai
2013

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Catégorie : Europe

jose mourinho

Trois saisons, c’est le temps qu’il aura fallu à Florentino Pérez avant de céder sous la « pression » populaire et de mettre un terme à sa collaboration avec José Mourinho, le futur ex-entraineur du grand Real Madrid.

Ce départ n’est pas une surprise bien qu’il eut fait figure de cataclysme, encore, la saison passée… Où s’est immiscée la fracture entre le portugais et le peuple madrilène, quelles ont été les erreurs du « Mou », que retiendra-t-on dans la capitale madrilène du « Special One ».

Arrivé comme le Messie de l’Inter de Milan, à l’été 2010, dans la capitale espagnole, José Mourinho portait avec lui les promesses d’une ère nouvelle, fort d’un palmarès unique, pour un si jeune entraîneur (48 ans à l’époque), avec notamment deux ligues des champions glanées avec deux clubs différents, le FC Porto et, l’année de son arrivée au Real, avec l’Inter de Milan de Samuel Eto’o, suite à une demi-finale épique face au Barça, où ses multiples provocations avaient fait naître « sa légende ». Autoproclamé « The Special One », l’entraîneur portugais a brillé, à Porto, à Chelsea et à Milan, autant par ses résultats que par ses coups de gueule, ses provocations, souvent limites, un égocentrisme assumé et des méthodes dures, mais efficaces. Avec ce meneur d’hommes à sa tête, c’est sur, le Real Madrid redeviendrait le plus grand club du monde, les moyens lus seront donnés, les joueurs et les socios n’auront qu’une chose à faire, laisser un peu de temps au « meilleur entraîneur du monde » et lui faire confiance, aveuglément.

mourinho inter barceloneL’idylle commençait plutôt bien, dès sa première saison, le plus populaire des entraîneurs soulève le peuple madrilène, mais va vite se heurter à un mur. Le 29 novembre 2010, le Real Madrid connaît sa première défaite de la saison, et pas n’importe laquelle, « la manita » (5 – 0) reçue au Camp Nou restera gravée, profondément, insidieusement, dans le cerveau du stratège portugais. Plus qu’une défaite, le natif de Sétubal, avouera qu’il s’agissait d’un véritable traumatisme. Comme un message de bienvenue envoyée par le club catalan, cette défaite sonnait le début de ce que serait l’ère Mourinho au Real, une quête infernale opposant deux clubs omnipotents, une obsession lancinante qui bercera le monde du football trois saisons durant, à travers plusieurs sommets épiques, des confrontations « classiques » en Liga aux joutes européennes, en passant par les affrontements en Coupe du Roi ou en Supercoupe d’Espagne. Les deux clubs iront jusqu’à s’affronter 6 fois lors de la saison 2010-2011, avec, en apothéose, une demi-finale de Ligue des Champions, sans doute la double confrontation la plus intense et la plus regardée de cette dernière décennie. Mais pour sa première saison à la tête de l’équipe merengue, José Mourinho aura eu le malheur de tomber sur ce qui restera comme l’une des  plus grosses saisons du FC Barcelone, cette saison les Catalans étaient intouchables. Le Real Madrid décrochera tout de même la Coupe du Roi, grâce à un but de Cristiano Ronaldo en prolongations. Ce premier titre sera synonyme d’espoir dans la capitale madrilène, mais le Barça est encore au dessus. Qu’à cela ne tienne, le « Mou » prendra sa revanche, c’est acquis, il le clamera haut et fort, et en persuadera le peuple madrilène, plus que jamais acquis à sa cause (depuis trois ans le Barça est champion d’Espagne, et seul José Mourinho a semblé pouvoir perturber les blaugranas, comme il l’avait fait avec l’Inter). Comme il le répètera souvent, « j’ai besoin d’une saison pour être au top avec mon équipe ». À l’aube de la saison 2011 – 2012, les attentes sont donc énormes, et l’unanimité autour du portugais est inébranlable, les supporteurs madrilènes croient plus que jamais en leurs forces et, c’est sur, cette saison sera la leur !

Et si José Mourinho doit retenir une saison sur ses trois passées dans la capitale ibérique, c’est bien celle qui démarre en août 2011.

Après un départ exceptionnel en championnat, les merengues se livrent à une lutte fratricide avec les Catalans, desquels les hommes de Mourinho arriveront à se détacher en championnat un peu avant la trêve hivernale. L’écart grandissant, l’engouement faisant, José Mourinho commettra alors, sans doute, l’erreur qui lui sera fatale, un an et demi plus tard. Sur de lui, au plus fort de son narcissisme, l’entraîneur madrilène va afficher une communication ultra-provocante, où son égocentrisme le poussera à promettre encore et toujours plus, sans restriction aucune, sans écouter, sans prendre en compte certaines données d’un jeu qu’il pense, alors, maîtriser, mais qui va finir par se retourner contre lui. Il récoltera aussi, petit à petit, les fruits d’une politique unilatérale qu’il aura voulu installer, dès sa première saison, avec, entre autres, l’obtention de l’éviction de Jorge Valdano, dirigeant historique du club, à qui les désaccords avec José Mourinho auront coûté cher. Florentino Pérez qui prend parti pour Mourinho, plutôt que pour son partenaire Valdano, la puce ne fait qu’effleurer les oreilles des socios. Toujours est-il qu’en ce milieu de saison 2011 – 2012, le Real Madrid se balade en Liga, loin devant le rival catalan, relégué loin derrière, comme promis par le « Special One ». Autre promesse… « La décima » ! C’est certain, à la tête de la « meilleure équipe de tous les temps » comme l’appellera José Mourinho, l’entraîneur portugais ira décrocher la 10ème Ligue des Champions de l’Histoire du club, ce sera l’aboutissement du travail de l’ex milanais, l’apogée d’un règne que la Terre entière saluera, en ne pouvant que s’incliner devant le talent du prodige portugais… Si le Real Madrid bouclera une saison record en franchissant la barre mythique des 100 points en Liga, les 121 buts, reléguant le FC Barcelone à 9 points et le 3ème, le FC Valence à … 40 points ! Pour sa deuxième saison à la tête de la Maison Blanche, José Mourinho a tenu l’une de ses promesses, reprendre le titre, et de quelle manière ! De plus, le Real Madrid jouera une deuxième demi-finale de Ligue des Champions en deux ans, face au Bayern Munich. Tandis que le rival catalan s’inclinait face à Chelsea dans l’autre demi-finale, à la « façon Mourinho », le drame qui va se jouer à Bernabeu lors du match retour sonnera, sans vraiment en donner l’impression, le glas de l’entraîneur madrilène. Éliminés par un le Bayern Munich, déjà étincelant, lors de la séance des tirs au but, les Madrilènes laissent filer la décima, et avec-elle, de nombreux idéaux fondamentaux. Le Real Madrid, défait moralement ira tout de même décrocher la supercoupe d’Espagne, face à Barcelone, au mois d’août 2012 pour ce qui restera le dernier titre remporté par José Mourinho à la tête des merengues.

casillas banc de touche

La troisième saison du portugais en Espagne sera ni plus ni moins qu’un long chemin de croix. Seul le parcours en Ligue des Champions cachera la misère des problèmes relationnels, tendancieux et sous-jacents depuis une saison déjà, mais que la direction du club avait réussi à taire. Aujourd’hui, ce n’est plus un secret… Les cadres de l’équipe, à commencer par l’institution Iker Casillas, ou encore Sergio  Ramos et même Cristiano Ronaldo étaient en désaccord, voire en conflit direct avec leur entraîneur. L’ultra-médiatisation du « Special One », les provocations à outrance, le jeu aléatoire, l’égo surdimensionné de l’homme, auront raison de la confiance des joueurs madrilènes. Et pour ceux qui oseront en parler, la sanction sera sans appel. Iker Casillas finira la saison sur le banc, à la décharge de l’entraîneur portugais, son remplaçant, Diego Lopez réussira une fin d’exercice fantastique… Mais c’était la provocation de trop. Au Real, comme partout en Espagne, on ne touche pas au capitaine de la Roja. Quand bien même José Mourinho serait le plus grand entraîneur du monde, comme il le prétendra à plusieurs reprises, il ne devait pas, ne pouvait pas, chasser Iker Casillas comme un malpropre, perçue comme un manque de respect pour certains, comme une pure provocation par d’autres, comme un défi lancé au peuple madrilène pour les plus fervents supporteurs, José Mourinho a tout simplement scié la fébrile branche où il s’était perché. Tombé de son piédestal, le « Mou » sera copieusement conspué par « son » public durant les derniers mois de championnat, qu’il aura lui-même transformé en purgatoire. En disgrâce avec le board madrilène, avec l’ensemble de l’effectif, et défait une nouvelle fois, en demi-finale de Ligue des Champions, la fin de Mourinho au Real Madrid était une évidence depuis quelques mois, mais surtout, difficile de savoir le passage de l’entraîneur le plus égocentrique du monde au Real Madrid, aura été bénéfique. En effet, avec trois titres, dont un seul majeur (Liga 2012), José Mourinho est passé du statut d’idole, de génie, de prophète, à celui d’incompétent provocateur et paranoïaque… Si le portugais a déclaré récemment vouloir aller « là où on l’aime », force est de constater qu’à part Porto, Milan et Chelsea, José Mourinho ne devrait pas surprendre beaucoup de monde à l’avenir, la « méthode Mourinho » est une démarche profonde, basée sur l’orgueil, sur l’envie, la hargne, mais est-elle, fondamentalement un gage de victoire ?  Est-elle porteuse de jeu, de beauté, d’amour du sport, au détriment de l’image ? Pas sur.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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