Joël Damahou: “En France, on se fait beaucoup d’idées sans avoir vraiment vu !”

07
septembre
2013

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Catégorie : Interview

Interview de Joël Damahou, joueur "globe trotter" actuellement à Debrecen en Hongrie

Debrecen, Hongrie, fin du mois d’Août, un gars costaud arrive en béquilles dans un hôtel chic. Il s’agit de Joël Damahou, joueur pro ici même et qui a déjà accumulé pas mal de points sur sa carte s’miles au fil de sa carrière. France, Allemagne, Israël et maintenant Hongrie. Retour sur le parcours atypique de ce globe trotter du foot, disponible, souriant et costaud moralement.

Salut Joël, commençons par les mauvaises nouvelles et cette blessure. Qu’est-ce que tu fais? 

Ça s’est passé pendant les matchs de qualifications en Europa League contre le club norvégien de Strømsgodset. J’étais dans ma moitié de terrain et l’attaquant adverse vient au pressing sur moi. Je fais une passe, il me rentre dedans de coté et mon genou part vers l’intérieur. Le diagnostic ? Rupture des ligaments croisés.

C’est la première fois que ça t’arrive ? 

Oui, ça fait 7 ans que je joue pro et c’est ma première blessure longue durée. Disons que c’est le remboursement pour avoir été épargné jusque là. (rires) On va appeler ça, la taxe du footballeur.

Et moralement, comment tu l’encaisses ? 

Ça va, ça va. Après avoir beaucoup voyagé et à 26 ans, j’ai compris beaucoup de choses. Plus jeune j’aurais vraiment stressé, commencé à culpabiliser alors que maintenant je prends ça avec un peu de recul. J’ai compris qu’il fallait être patient et tout faire pour revenir. Et revenir encore plus fort ! Y’a que ça à faire !

“Israël, tu te dis: je vais peut-être le regretter”

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Revenons sur ton parcours, tu débutes le foot en région parisienne? 

Vers 13/14 ans, j’ai commencé au Paris FC et j’ai gravi les échelons jusqu’en senior. Puis FC Mantes la Jolie parce qu’au Paris FC si t’es jeune mais que tu ne vas pas en centre de formation derrière, t’as pas trop d’ouvertures. Le FC Mantes était en CFA et c’était une belle opportunité pour moi à 18, 19 ans. J’étais pas très motivé au début mais mon conseiller, Michel Tadoun, et mon frère Gilles Yapi-Yapo, m’ont poussés à y aller et ça a été un vrai bon choix. J’y ai été super bien accueilli par Nouredinne Kourichi, j’ai beaucoup joué, pris de l’envergure et on a même lutté pour la montée en National. Le Borussia Mönchengladbach m’a observé plusieurs fois et a fini par me recruter.

Ils te recrutent dans quelle optique ? Pour l’avenir ou directement pour l’équipe première ? 

J’ai d’abord beaucoup joué avec la réserve. Jusqu’en Décembre en fait. On nous a expliqué qu’en Allemagne la formation était plus longue et s’étalait jusqu’à 23 ans. A partir de Décembre, je monte en équipe première mais le coach change et il voulait des gars d’expérience pour jouer le maintien. Il va notamment chercher Tomas Galasek, de l’Ajax donc j’ai accepté de rester dans l’ombre en attendant mon heure. L’équipe étant toujours 18ème, 19ème, ils n’avaient pas trop le temps de lancer des jeunes. J’ai fait encore une année ou j’ai attendu puis j’ai perdu patience. Mon conseiller m’a trouvé une porte de sortie à Francfort.

Direction la seconde division allemande…

Oui, Francfort, c’est une grosse ville de foot. Il y a 3 clubs pros entre première et deuxième division. Je suis parti chez les Kickers en deuxième division où ça s’est très bien passé. J’ai  beaucoup joué, l’objectif était la montée et ça partait bien. Puis là, j’ai une offre d’Israël et j’ai voulu voir autre chose.

Alors justement comment on atterrit en Israël? Concrètement, comment ça se passe?

Interview de Joël Damahou, joueur "globe trotter" actuellement à Debrecen en HongrieJ’ai joué un match de coupe contre Nuremberg et dans les tribunes il y avait un scout d’une équipe israélienne qui m’a repéré. De là, il a contacté mon conseiller qui est arrivé vers moi avec une offre et on y a réfléchi ensemble. Parce qu’à la base, Israël on se dit : c’est loin de l’Europe, c’est pas super attractif à part peut-être financièrement…

Financièrement, c’est bien Israël ? 

C’était beaucoup mieux que la D2 allemande mais on a quand même bien réfléchi parce qu’après avoir connu l’Allemagne, le grand professionnalisme, tu te dis « je vais peut-être le regretter ».

Surtout que tu ne pars pas dans une des grosses équipes du championnat israélien ? 

Le Bnei Sakhnin, oui, était une équipe habituée à jouer le maintien. Je me suis vraiment dit « ouh, c’est vraiment un gros risque », c’est pas le Maccabi Haïfa, l’Hapoël ou le Beïtar… Mais il faut toujours se construire et je suis quelqu’un de borné et toujours motivé pour relever des challenges. Donc on a saisi cette chance et ça nous a superbement réussi ! L’année précédente, ils avaient joué le maintien, je suis arrivé et j’ai vraiment apporté quelque chose de différent au milieu. On s’est retrouvé deuxième du championnat à la surprise générale. C’est comme ça que le Maccabi Haïfa est venu en fin de saison.

Tu te retrouves, à ce moment-là, chez un gros du championnat.

J’arrive un peu tard avec encore un nouveau coach. Ils me recrutent fin Septembre (en Israël, le mercato s’étale jusque fin Septembre) après avoir perdu leurs trois premiers matchs. Ils avaient besoin d’un renfort qui apportait au milieu. Au départ, tout se passe bien, on joue bien. Puis quelques mois plus tard, le coach est limogé. Un autre arrive juste au moment où je me déchire le tendon d’Achille. Pendant que je ne suis pas là, l’équipe tourne bien. Puis le coach me fait comprendre qu’il voulait voir autre chose parce qu’entre guillemets, j’étais le joueur de l’ancien coach. C’est comme ça que ça se termine un peu brusquement avec le Maccabi.

“A l’essai, à Lens, c’était un peu le marasme”

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Comment tu décrirais ton jeu ?

Je me décrirais comme un joueur qui apporte beaucoup d’impact physique au milieu. Ma position de prédilection c’est seul devant la défense dans un 4/3/3. J’apporte la qualité de passe, l’impact physique et la relance rapide vers l’avant. Plus mon expérience, aujourd’hui, on sent que je suis là quand je joue !

En 2012, on parle de toi du coté du Rubin Kazan ou du Standard, c’était du concret ?

Oui, ils se sont présentés, ont pris les renseignements mais ils avaient beaucoup de pistes. Je n’étais pas la priorité. Mais j’ai eu ces offres-là, puis pendant que ça discutait, le Maccabi est arrivé. Le coach m’a appelé, il m’avait vraiment vu et me voulait vraiment. C’est cet entretien téléphonique qui a fait la différence. Puis, avec mon conseiller on s’est aussi dit que ce serait bien d’avoir un peu de stabilité et de rester dans le même championnat.

La Russie, ça t’aurait fait peur ?

Non quand t’as été en Israël, en Allemagne et maintenant en Hongrie, la Russie ça va.(rires) Puis c’est quelque chose à découvrir et ça devient un eldorado. En France, on se fait beaucoup d’idées sans avoir vraiment vu ! On lit beaucoup et on se dit « là-bas, c’est comme ça ! ». Moi, je ne suis pas de cela ! Je veux aller voir et me faire mon propre avis !

Ton arrivée à Debrecen, ça se fait comment ?

J’étais d’abord  à l’essai à Lens, en Mai. Mais ils étaient dans une situation un peu tendue, ils changeaient de président. Gervais Martel devait revenir, le coach pas trop sûr…  Un peu le marasme, c’était du genre « on te veut mais faut attendre ». Moi j’ai besoin d’une grosse préparation en début de saison et je ne pouvais pas me permettre d’attendre. Il y avait aussi Laval qui était intéressé. A ce moment là, on a reçu un coup de téléphone du président de Debrecen qui me voulait vraiment pour remplacer Varga parti à Greuter Furth. Je suis venu visiter le tout nouveau centre d’entrainement plus le nouveau stade en construction et ça m’a plu. Finalement dans les structures ce n’est pas un club très différent d’un club allemand ou français. Sans oublier qu’il y avait aussi les qualifs pour l’Europa League.

“Avant j’étais comme beaucoup de jeunes dans les centres de formations avec un état d’esprit formaté”

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Beaucoup de jeunes français sont en difficultés à la sortie des centres de formations ou en équipe première avec un avenir bouché, leur conseillerais tu de suivre un parcours comme le tien ?

Ecoute, moi, je leur conseillerai de ne pas écouter trop ce qui se dit ! Je ne veux pas critiquer le système français mais je pense que même à 22,23 ou 24 ans : tout est encore possible ! Y’a qu’a voir Carrière qui a commencé pro vers 26 ans. Les jeunes qui sortent de centres de formations sans contrat pensent que leur carrière est fini. Dans le foot, rien n’est jamais fini ! Tout peut changer sur 90 minutes !

Tu es passé par des moments difficiles ?

Oui, à la sortie du Paris FC, j’ai eu une offre de Toulouse. J’avais 16 ans mais j’ai pas pu y aller car j’avais pas encore la nationalité française et on préfère réserver les quotas d’extracommunautaires pour les joueurs pro dans ces cas là. Ça m’avait vraiment beaucoup affecté. Je pensais que c’était fini. Mon conseiller m’a vraiment beaucoup aidé. Il m’a fait comprendre que, dans le foot, rien n’était jamais fini. Il est très important pour moi ! Il a changé ma manière de voir le foot. Avant j’étais comme beaucoup de jeunes dans les centres de formations avec un état d’esprit formaté. Avec lui, j’ai vraiment compris que le foot c’est pour tout le monde et qu’il suffit juste d’avoir une chose : c’est d’y croire ! Mon frère me conseille beaucoup aussi. C’est important d’être bien entouré surtout quand tu pars à l’étranger et que t’es seul. Beaucoup de joueurs ont craqués à l’étranger, pas parce qu’ils n’étaient pas bons, mais à cause du manque d’entourage.

Chez APP, on s’intéresse beaucoup au championnat de National. Si tu devais faire une comparaison entre le National où tu as débuté et le championnat hongrois, ça donnerait quoi ?

Ici c’est plus technique et les mecs courent beaucoup, beaucoup. Je trouve le championnat national plus physique mais moins tactique et technique. Après en Hongrie, entre les quatre gros (Debrecen, Gyor, Videoton et Ferencváros) ça devient très physique, très intense. Mais quand on joue les autres c’est un peu moins physique déjà. Y’a quand même un gros écart entre ces quatre et les autres.

Au niveau financier, comment tu t’en sors ici ?

Moi, plutôt bien comparé à d’autres joueurs dans le vestiaire car le président a tout fait pour me recevoir ici. Mon conseiller a aussi bien négocié pour que je sois dans les meilleures conditions. Mon salaire c’est niveau Ligue 2 voir Ligue 1. Les quatre gros peuvent aller jusqu’au niveau Ligue 1, pour les autres clubs, on est vraiment loin.

Sinon ça se passe bien en championnat ?

On est premier, on a battu Ferencváros, une grosse équipe: 4 à 1. Ça peut surprendre mais moi ça ne me surprend pas, j’ai vu les gars à l’entraînement et y’a de la qualité. Ça s’exprime sur le terrain. L’équipe est vraiment compacte donc tout le monde peut bien s’exprimer. Mais je pense pouvoir apporter quelque chose de différent et vraiment rendre l’équipe meilleure. Je suis vraiment confiant !

Si tu devais citer un joueur qui t’a impressionné en Hongrie ?

J’ai pas encore vu assez de matchs donc je vais réserver mon choix. Ou sinon je vais m’auto-sélectionner ! (rires) J’attends de voir vraiment.

 Et en Israël, sur tes deux saisons ?

Je dirais un joueur du Maccabi Tel Aviv qui a depuis signé à Reims : Elira Atar. Il m’a vraiment impressionné, j’espère qu’il aura du succès à Reims.

“Je vais travailler pour n’avoir ne serait-ce qu’une petite opportunité d’être pris (en sélection ivoirienne)”

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 La suite de ta carrière, tu la vois comment ?

J’aimerais retourner en Allemagne un jour. C’est le pays qui m’a fait comprendre ce qu’était le professionnalisme, la rigueur, la concentration dans le travail. D’ailleurs, la Hongrie est un pays proche et il y a beaucoup de scouts allemands dans les tribunes, ici. La France ? Si l’opportunité se présente avec un beau challenge, pourquoi pas ? Ça me permettrait de me rapprocher de ma famille, je ne dis jamais non aux bonnes opportunités.

Et la sélection ivoirienne, c’est un objectif ?

C’était mon objectif cette saison, enchaîner les matchs pour ensuite postuler pour ce qui va être LE gros événement en fin d’année au Brésil. J’ai pas encore perdu espoir, il reste une deuxième partie de saison ! J’ai pas encore eu de contacts directs avec Sabri Lamouchi mais avec son entourage, oui. Le chef de la coordination de l’équipe nationale, Eric Monnet est en contact avec moi. Il prend régulièrement des nouvelles. Je vais travailler pour n’avoir ne serait-ce qu’une petite opportunité d’être pris.

Qu’est ce qu’on peut te souhait pour la suite ?

Bonne guérison d’abord ! Revenir plus fort mais normalement quand je tombe, je me relève plus fort ! Mais oui, avant tout : la santé !

Tous propos recueillis par M.Aerts

Auteur : Mourad Aerts

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot et de ce qu'il représente partout dans le monde

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