Jeux de maux

16
mai
2019

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Catégorie : Editos

micros

Faut-il que les journalistes Français aient si peu d’estime pour leur langue maternelle pour qu’ils aillent copier le vocabulaire de leurs homologues étrangers ? Depuis deux ans et le retournement de situation du FC Barcelone (6-1) après une défaite devant le Paris Saint Germain (4-0 à l’aller), on a vu entrer dans leur jargon la désormais célèbre « Remontada ». Une expression dont ils usent et abusent lors de leurs interventions, dépassant même le cadre du football. C’est à se demander s’il y a dans notre langue un équivalent pour exprimer le fait de remonter un résultat sportif. En tout cas s’il existe, ils ne l’ont pas encore trouvé.

Ces expressions dignes d’un panurgisme journalistique rendent sans doute leur discours plus excitant et montrent aux béotiens que nous sommes, les accointances avec leurs homologues espagnols en nous présentant l’information en version originale. Ce n’est pas nouveau, il y a au moins deux décennies de cela, nous arrivait d’Italie l’incontournable « mercato ». Ce barbarisme est entré aujourd’hui dans les mœurs et il ne viendrait à l’idée de personne de l’appeler tout simplement « le marché des transferts » (trop long sans doute).

Là ou l’Espagne a son « Clásico », l’Allemagne « der Klassiker », nous devrions avoir un légitime et logique « Classique » … mais les médias préfèrent nous offrir un « Classico » écrit à l’italienne. C’est vrai que les journalistes nous ont habitué depuis longtemps à assister à des « Derby » sans que ce mot anglais ne nous gène plus que ça, pis il est entré dans le langage courant. A leur décharge il n’est pas aisé, il est vrai de lui trouver une traduction correcte.

Le « derby de la Rhur » opposant Dortmund à Schalke 04 nous offre un florilège de prononciation allemande de la part des commentateurs. C’est le BVB (prononcez B Fao B) Dortmund contre Schalke « Null Vier ». Ça claque, mais ils s’abstiennent bien d’en faire autant avec Munich 1860, un peu plus compliqué à prononcer.

Mais rendons leur grâce, ils peuvent aussi influencer leurs collègues étrangers, et ce fût probablement le cas quand les Allemands recherchaient un surnom pour fédérer le pays autour de leur sélection lors du mondial Brésilien. La France ayant les « Bleus », la Suisse la « Nati », l’Espagne « la Roja », l’Italie les « Azzurri » et l’Angleterre les « Three Lions ». Ils adoptèrent « Die Mannschaft » voulant dire « l’équipe » dans la langue de Goethe et les journalistes Français n’y sont pas étrangers car ils l’a surnomment ainsi depuis longtemps.

Sur un autre registre le mimétisme atteint aujourd’hui son paroxysme avec le surnom donné à la triplette d’attaque du PSG, M’Bappé, Cavani, Neymar devenant de facto la « MCN ». Ce triptyque se voulant l’égale de celui des stars du Real Madrid, Benzema, Bale, Christiano formant la « BBC » ou du FC Barcelone, Messi, Suarez, Neymar aka la « MSN », question de prestige. A un détail prêt, la « MCN » n’incarne en rien l’idée de communication que les journalistes Ibériques avaient mit en exergue avec ces sigles. On est loin du portail web ou de la télévision.

Ce genre de copier-coller linguistique en dit long sur le complexe d’infériorité que notre football entretien envers nos voisins. Il faut croire que nos deux titres mondiaux de 1998 et 2018 et les deux Euros de 1984 et 2000 ne suffisent pas à décomplexer la profession. Le malaise se situe plutôt au niveau des clubs, ou il faut bien constater que nous sommes à la traine depuis toujours. La dure réalité est là, implacable, deux titres européens ornent les vitrines de l’Olympique de Marseille et du Paris Saint Germain alors que les Italiens, Allemands, Anglais, et Espagnols monopolisent la plupart des trophées.

Pour conclure il faudra probablement gagner plusieurs Ligues des champions pour décomplexer la profession et l’aider à retrouver sa fierté. Et peut être que nos journalistes sportifs passeront alors de suiveurs à influenceurs de tendances. Dont acte.

 

Crédit photo : Recording par Gritte

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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