Interview Toussaint AKPWEH : “Objectif Podium”

23
août
2012

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Catégorie : Interviews

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Cela fait maintenant quatorze ans que Toussaint Akpweh entraine l’équipe de France de cécifoot. Dans une semaine, lui et son équipe débuteront leur compétition paralympique face au Brésil. Chose importante et assez rare pour la souligner, il assure bénévolement sa fonction de sélectionneur et d’entraineur : le reste du temps, il est directeur de projet à l’Union nationale des aveugles et déficients visuels (UNADEV).

Au Premier Poteau a posé quelques questions à cet homme dévoué à faire connaitre ce sport, une interview intéressante et qui vaut le coup d’oeil.

APP : Toussaint Akpweh, bonjour ! Le Cécifoot n’est pas connu du public. Existe-t-il, en France, une compétition de Cécifoot ?

Toussaint AKPWEH : Bien sûr, au niveau national, il existe un championnat de France et une coupe de France de Cécifoot pour les non voyants qui regroupe 9 à 10 équipes selon les saisons. En France, il y a deux catégories de Cécifoot : une pour les non-voyants et une seconde pour les mal voyants, il y a donc deux championnats distincts. Aux Jeux paralympiques, ce sont essentiellement des non-voyants qui sont présents. Il faut ajouter à cela de nombreuses compétitions régionales.

Les plus grandes villes de France possèdent une équipe de Cécifoot notamment Lyon, Bordeaux, Paris ou encore Marseille pour ne citer que celles-ci. Aujourd’hui, l’équipe qui est championne de France depuis quelques années est l’UNADEV Bordeaux. Cela peut s’expliquer par le fait que la structure associative UNADEV (partenaire de l’équipe de France de Cécifoot) et le Centre Technique National se situent à Bordeaux d’où le fait que les meilleures performances sont réalisées par ce club.

APP : Les joueurs de ces clubs et ceux de l’équipe de France ont-ils le statut de joueur professionnel ?

TA : Pas du tout, mais on travaille pour cela. Peut-être que Londres va nous aider à y travailler. Cette stratégie touche tour à tour les notions de performances, mais surtout du statut de l’athlète et de la valorisation de ce sport. C’est un chantier qui progresse année après année et c’est important que des médias, et je vous remercie pour cela, s’intéresse à notre sport qui fait avant tout partie de la famille du football.

APP : Sur le plan international, à quel niveau se situe l’équipe de France ?

TA : Nous sommes double champion d’Europe en titre (2009 et 2011), mais nous essayons de ne pas y penser. Tous nos objectifs sont tournés vers Londres et nous avons à coeur de marquer notre empreinte sur l’échiquier mondial. Si nous devions présenter notre niveau sur le plan international, nous pouvons nous situer dans les 4/5 premières équipes, mais l’objectif clair à Londres est d’accrocher un podium. Cela ne sera pas forcément aisé, mais c’est à notre portée au vu du travail que nous avons réalisé.

APP : Justement, quel est le parcours qui vous attend à Londres ?

TA : Selon moi, nous avons eu une chance par ce tirage au sort, mais selon beaucoup d’autres cela est un handicap. Aux Jeux paralympiques, il y a 8 équipes réparties en deux poules de 4 et ce sont les deux premières équipes qui se qualifient pour les demi-finales.

Dans notre poule, nous tombons avec le Brésil et la Chine qui sont les deux meilleures équipes du monde (champion et vice-champion paralympique et du monde en titre). Si nous sommes qualifiés pour les demi-finales, à partir de là nous pourrons espérer monter sur la plus haute marche du podium. Réponse après nos deux premiers matchs contre le Brésil et la Chine.

APP : Ressentez-vous une médiatisation en hausse ces dernières années ? Un regard différent ?

TA : Oui bien sûr c’est indéniable la médiatisation augmente chaque année. Mais au-delà de ça, le Cécifoot est véritablement un média social. C’est une discipline qui va donner un tout autre regard du handicap à celui ou celle qui assistera à une rencontre, le handicap n’est plus synonyme d’invalidité et d’inaptitude. La cécité reste en dehors du terrain et dès le coup de sifflet, ce sont des footballeurs à part entière.

Tout ce travail permet à ceux qui viennent voir le Cécifoot de se rendre compte que c’est avant tout du football et l’engouement médiatique va sans aucun doute grandir de plus en plus.

Nous mettons en place des actions avec des footballeurs professionnels notamment la dernière avec les joueurs des Girondins de Bordeaux (la veille du dernier match de championnat 2011/2012). Les footballeurs professionnels sont bien sur sceptiques au premier abord, mais dès les premiers touchers de ballon, ils sont tous agréablement surpris et conquis. Ils deviennent les premiers supporters de ces footballeurs.

APP : Pour finir, quelles sont les valeurs que transmet le cécifoot ?

TA : Nous avons tellement eu des exemples d’un football non porté par les valeurs ces derniers temps. Nous appartenons à la famille de football qui en son sein possède des diversités et nous essayons de transmettre des valeurs importantes.

Le cécifoot véhicule des valeurs de partage, de solidarité, de complémentarité, mais avant tout des valeurs de vie. La notion du dépassement de soi face à la difficulté, qu’il ne faut pas baisser les bras, tout ceci correspond au Cécifoot.

Chaque année nous faisons une action en compagnie de footballeurs professionnels (Bordeaux, Marseille, Équipe de France) et cela est toujours gagnant-gagnant puisque les joueurs professionnels en ressortent grandis et les joueurs de Cécifoot ressentent l’appartenance à la famille du football.

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APP tient à remercier Toussaint AKPWEH pour avoir pris de son temps à quelques jours du départ à Londres et pour avoir accepté de répondre à nos questions. Nous lui souhaitons bon courage pour la compétition et espérons, tout comme lui, que les bleus ramèneront une médaille.

Propos recueillis par Maxime COUTANT

 

Auteur : Maxime Coutant

Ex-Footballeur mais toujours autant assidu ! Admiratif du beau jeu et de la technique.

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