Didier Roustan: “Liverpool, un club qui ressort toujours de l’enfer”

21
septembre
2014

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Catégorie : Dossiers / Interviews

Pour clore le dossier sur Liverpool APP est parti à la rencontre de Didier Roustan. Monument du PAF quand on parle de foot, Didier s'est livré sur Liverpool

Ça n’a pas été facile de trouver le temps d’échanger avec l’illustre Didier Roustan, monument du PAF quand il faut parler de foot. Un homme pressé ? Oui et non. Oui parce que tu réussis à avoir le privilège d’échanger lorsqu’il conduit – on vous rassure avec le kit main libre – et donc pas posé nécessairement tranquillement derrière un bureau. Mais non, parce que Didier prend le temps de partager sa fantastique connaissance du foot, ses avis toujours solidement argumentés, empreints de cette poésie que lui seul sait y adjoindre. Non définitivement, ce n’est pas l’homme pressé que chantait Noir Déz’ et il ne manie aucunement la langue de bois. Pour clore le dossier consacré toute la semaine au mythique club de Liverpool, il n’y avait donc rien de mieux que recueillir la fine fleur de l’analyse, sévissant à Roustan.TV et sur l’Equipe21 entre autres engagements. Un pur moment de plaisir qu’APP vous fait partager.

Au Premier Poteau : Bonjour Didier ! Merci de nous accorder un petit peu de ton temps !

Didier Roustan : Bonjour ! Non, c’est normal !

APP : Dans l’une de tes dernières revues de presse, toujours aussi aiguisée, tu donnes un conseil à Vincent Labrune : celui de lire le dernier ouvrage de David Peace, Rouge ou Mort, pour mieux comprendre ce qu’est le football, ce qu’il respire.

Tu y dis également que Bill Shankly « a fait Liverpool ». Que peux-tu nous dire du football de cette époque, ce que tu connais de ce coach légendaire à Liverpool ? Qu’est-ce qui pour toi a été déterminant dans son succès à la tête des Reds ?

D.R. : Pour suivre Liverpool à la télé, au moment de Bill Shankly, je me souviens d’une victoire 3 buts à zéro en coupe de l’UEFA, avec trois buts et deux de Keegan… Mais, après, c’est vrai que Liverpool, pour moi j’ai vraiment connu ça dans la double confrontation avec Saint-Etienne  bien sur (ndlr : C1 Quarts de finale 1976/77), et puis à partir de là, je suis allé plusieurs fois à Anfield, j’ai fait des spéciales sur Téléfoot à Anfield, etc. etc.

L’histoire de Bill Shankly, je la connais plutôt à travers autre chose que j’ai pu lire sur lui, ce que j’ai pu y apprendre sur lui, et à travers ce que j’en redécouvre là, j’en suis à la page… Je sais pas… Il y a 750 pages, j’en suis à la page… euh 400, un truc comme ça…

APP : Ah ouais ! Tu l’avales le truc !

D.R. : Ben ouais ouais ouais ouais.

“Bill Shankly a compris que c’était l’endroit pour faire le plus grand club du monde. Et qu’il y fera l’un des plus grands clubs du monde”

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APP : Et est-ce que tu crois qu’il y a encore de son esprit là dans le club d’aujourd’hui ? Qu’il y a encore une empreinte de Shankly dans l’identité de Liverpool ?

D.R. : Ben, l’empreinte est si forte… Et puis les anglais, ils ont tellement le respect, le « devoir » des anciens, que forcément il est là, il est présent, il rode quoi. C’est indiscutablement un club qui a une âme ! Parce que, aussi à travers l’histoire de Shankly… Et je pense, par exemple, qu’un club qui aurait connu les catastrophes du Heysel et de Hillsborough en aussi peu de temps, ne se serait pas remis. Et Liverpool, c’est particulier !

C’est une ville, la première fois où j’y suis allé, bon j’étais un peu excité de voir où était Cavern (ndlr : Cavern Pub), le truc des Beatles, etc… ou certaine chose, mais je m’attendais à voir une ville un peu sinistre. Et en plus, la première fois que j’ai rodé dans Liverpool, parce que j’y étais déjà allé directement pour aller voir un match et repartir dans la foulée pour prendre un vol pour Manchester donc c’est pas…, et la première fois où je m’en suis vraiment imprégné, que j’allais en ville tout ça et tout, j’ai trouvé que c’était une ville fantastique ! Et cette âme qu’on retrouve au club, en plus c’était sinistré parce que c’était l’époque où ils avaient des problèmes avec les docks, il y avait Margaret Thatcher au pouvoir et tout, mais c’était une ville qui était vachement touchante quoi ! Vachement, vachement touchante !

Alors maintenant, depuis j’y suis retourné aussi. Maintenant c’est une ville, bon, qui est moderne, y’a une exposition universelle, y’a de bonnes choses. Justement sur les docks, ben ouais quoi, des choses un peu modernes, bon c’est très beau quoi, des restaurants, patati patata, mais cette âme-là, elle ressemble aussi à la ville. Elle est synchro avec la ville. Et c’est pour ça que Bill Shankly, il a compris avant tout le monde ! Quand il était donc à Huddersfield et que les dirigeants de Liverpool sont allés le chercher, et que Liverpool était en 2ème division, lui il a compris que c’était l’endroit pour faire le plus grand club du monde. Et qu’il y fera l’un des plus grands clubs du monde.

APP : Comment tu expliques qu’après le départ de Dalglish en 1991 et depuis le passage à la Premier League en 1992, on a quand même un mythe du football anglais qui ne s’impose plus au titre suprême ? Comment tu te l’expliques ça, toi ?

D.R. : Déjà c’est vrai que Manchester a pris beaucoup d’avance : avec son centre de formation, Ferguson, une certaine réussite…C’est une usine à fric. Je ne pense pas que l’argent était le moteur incontournable de Liverpool, c’est-à-dire qu’on voit que les transferts qu’il fait, Shankly, c’est pas qu’il est pingre, mais il a des dirigeants qui le sont.  Des mecs qui sont vachement regardants. Et c’est pas justement un club comme Barcelone, Real Madrid, Chelsea maintenant, et puis d’autres qui seraient un peu pervertis là-dedans, peut-être aussi pour gagner du temps, évidemment c’est un peu plus simple. Et puis après, est-ce qu’il y a une explication vraiment rationnelle ?

Y’a des cycles aussi, quand je parle des cycles, celui de Ferguson, effectivement tu as cette génération dorée avec Cantona qui était la cerise sur le gâteau, avec des gars comme Roy Keane, etc… Et puis après, la dynamique du succès entraîne le succès et la dynamique de l’échec entraîne le doute, l’échec, etc. etc. C’est vrai que ça a été long pour les revoir aux premiers postes, comme la saison passée où ils ont terminé 2ème du championnat en ayant pratiqué le football le plus attractif. Et ça, c’est le foot aussi, c’est une épreuve de patience…

Quand Shankly est arrivé, les saisons qu’il a faites en coupe d’Europe, ça n’a pas été franchement un succès, il a continué. Et Bob Paisley a profité du travail en en gagnant 3, plus ou moins coup sur coup (ndlr : C1 en 1977, 78 et 81).

Pour clore le dossier sur Liverpool APP est parti à la rencontre de Didier Roustan. Monument du PAF quand on parle de foot, Didier s'est livré sur Liverpool

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APP : Et comment tu juges la patte, là alors du coup de Brendan Rodgers, depuis son arrivée sur le banc des Reds ? Il a mis un peu de temps à faire son trou mais l’an dernier il a récolté le fruit de son travail avec le club, non ?

D.R. : Oui, ben comme je le disais, c’est forcément quelqu’un qui fait du bon boulot, puisqu’au-delà des résultats, bon même si à l’arrivée ils ont perdu dans la toute dernière ligne droite, c’est une équipe qui pratique un football attractif quoi. Alors bon, si c’est vrai qu’il y a des grosses individualités comme Suarez, maintenant il est parti, on verra bien ce que ça donne… Mais, il y a, je ne sais pas, c’est assez cohérent, Henderson, Sterling ce p’tit feu follet, Gerrard l’ancien qui tient un petit peu la boutique, fait l’intermédiaire. Bon il y a toujours défensivement, ils me font un peu peur, cette saison aussi, mais néanmoins il est en train de construire quelque chose quoi.

APP : Oui…

D.R. : Et construire quelque chose qui est quand même axé sur le jeu.

APP : C’est ça ! Mais avec le départ de Suarez, c’est quand même une sacrée perte. Est-ce que tu crois que les recrutements de cet été seront suffisants ? Gerrard, lui, dit que ça va prendre un peu de temps, mais il pense que l’équipe est aussi forte…

D.R. : Le problème, quand on a le meilleur buteur comme ça, du championnat, et qui est un phénomène, qui est adroit, qui sait marquer des buts, et puis son entente avec Sturridge était bonne… Est-ce que ça va permettre peut-être à Sturridge de complètement s’affirmer et confirmer ?

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APP : Pourquoi pas…

D.R. : Parce que du coup, ils vont faire un jeu, un petit peu plus… plus assez court. Parce qu’avec Suarez, c’était quand même un jeu court, mais de temps en temps, c’étaient pas des grands ballons bien sûr, mais ils arrivaient quand même à trouver beaucoup de profondeur avec ses appels de balle, qu’ils trouveront peut-être avec Sturridge. C’est vrai que c’est une grande inconnue quand vous perdez le joueur le plus décisif. Quand Liverpool a perdu Keegan, ils ont eu la chance derrière de trouver l’équivalent, et même un meilleur, avec Dal…

APP : Dalglish !

D.R. : Dalglish. Mais, quand on regarde l’histoire de Liverpool, quand vous perdez un joueur incontournable offensivement, c’est quitte ou double. C’est quelque chose qui après peut te mettre en branle, donc je comprends Steven Gerrard. Il va falloir changer aussi un petit peu de système. Ça va mettre un peu de temps, ouais, c’est vrai.

APP : D’autant que bon lui, il dit qu’il lui reste à peu près « a couple of years » pour jouer. Est-ce que tu crois que, là, il lui en reste encore dans la chaussette, sur le plan physique et mental, pour porter encore Liverpool comme il le faisait ?

D.R. : Bon déjà il a quitté la sélection, ça va lui donner un petit peu de souffle. Maintenant, et dans le livre sur Bill Shankly, on le voit, ceux qui ont connu Anfield le savent aussi, c’est quand même… Avec toute cette histoire du club, c’est quand même un club qui ressort toujours de l’enfer. Il y a les catastrophes dont j’ai parlé, et après dans des choses plus romantiques, on va dire le 3-0 pour Milan à Athènes (ndlr : finale Ligue des Champions 2005 lorsque Liverpool, mené 0-3 revient à 3-3 avant de l’emporter aux tirs au but), c’est une équipe qui a des ressources insoupçonnées ! Donc ça, il a grandi avec ça Gerrard aussi! En plus, bon c’est un anglais, donc les mecs, ils ont quand même un caractère à se transcender, c’est sa vie. Et je pense qu’il sera au rendez-vous ouais. Mais il va falloir se dépêcher maintenant ! S’il n’est pas champion d’Angleterre, bon il a quand même réalisé des choses formidables. Donc y’a pas mort d’homme.

APP : Bon je crois que nous avons fait le tour de nos questions ! Tu feras la bise à Cléopâtre (ndlr: la chienne accompagne parfois son maître sur Roustan.TV) !

D.R. : Ah haaa ha!

APP: Merci infiniment d’avoir consacré un petit peu de ton temps à Au Premier Poteau et ses lecteurs. Toute l’équipe te souhaite le meilleur pour la suite et restera à l’affût de tes fines analyses !

D.R. : Merci ! Et bon courage !

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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