Interruption momentanée

02
septembre
2019

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Catégorie : Editos

Roxana_Maracineanu

Sous l’impulsion de notre ministre des sports Roxana Maracineanu et après que celle ci ait été choquée par les propos du public parisien se trouvant dans La Tribune Auteuil, les instances politiques et sportives ont décidé de déclarer la guerre au racisme et à l’homophobie dans les stades. Il était temps. Si pour le racisme la lutte, même timide n’a jamais cessée, en ce qui concerne l’homophobie c’est une première.

J’ai assisté à de très nombreuses reprises à des matchs de foot sans entendre de propos insultants envers des joueurs de couleurs mais je ne pense pas avoir assisté un jour à un match sans propos homophobe. Depuis tout gamin j’entends des « arbitre enculé », ou autre « oh hisse enculé » à chaque dégagement de gardien de but et j’avoue que pendant longtemps ça me faisait ni chaud ni froid, pire l’effet de masse et un certain sentiment d’impunité faisant, j’y participais allègrement. Aujourd’hui c’est différent, il est temps de faire bouger les lignes. De faire prendre conscience à tous les acteurs du football que cela à trop duré. Ces propos banals le sont devenus par la force de l’habitude, on dit « enculé » comme on dirait « enfoiré », mot édulcoré depuis que Coluche s’en est emparé en lançant la campagne des Restos du Cœur dans les années 80.

Le langage courant fourmille de mots et d’expressions à tendance homophobe, les méridionaux nous colle un « enculé » à la fin de chaque phrase en guise de ponctuation, sans pour autant mesurer la portée de la blessure infligée  à la communauté LGBT lorsque ces mots sont prononcés en public. Les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres qui pour certains aiment le football, n’attendent qu’une chose, que cela cesse. Pour nous les habitués des stades ce langage n’est presque pas choquant, ont le prend comme un folklore de bas étage. Le stade est un défouloir où chacun peut vociférer son amour pour son club et se lâcher verbalement sans que personne n’y trouve à redire quoi que ce soit.

Il est certain que nous sommes responsable de cet état de fait. Par exemple, à Geoffroy-Guichard, il y a une chanson que les deux kops reprennent en se répondant, elle dit ceci: « Nous, nous sommes les Stéphanois / Lyonnais bande de pédés / Pour voir notre équipe gagner / Tous ensemble on va chanter ». Ce dernier couplet était modifié lors du derby en hommage aux voisins et devenait alors un très élégant : « On va tous vous enculer ». Passons la poésie véhiculée par ce chant et constatons le fait que ce dernier couplet est chanté contre tous les autres adversaires également, faisant fi de la version original qui avait une connotation plutôt festive.

Avec la menace des matchs arrêtés comme c’est arrivé à Nancy en ligue 2 cette saison 2019/20 ou à Nice, on est en droit de se demander si le majorité des rencontres iront jusqu’à leur terme. Si il faut ça pour faire avancer les choses alors ça vaut le coup, mais je vous avoue qu’il ne me dit rien d’entrer dans un stade et de le voir se vider au bout de 10 minutes de jeu. Car c’est ce qui arrivera fatalement à un certain moment. Les mentalités ne sont pas facile à faire évoluer, surtout si le panel de sanction ne dépasse pas le simple rappel à l’ordre pour le club mit en cause. Je ne donne pas cher des bonnes volontés qui par esprit de contradiction et surtout de contestation, continuerons à se vautrer dans la fange, délivrant des couplets homophobes bien crasses rien que pour emmerder les autorités.

La lutte qui semble être lancée n’est pas gagnée d’avance car j’ai l’impression que nous en sommes aux balbutiements, rien n’est clairement posé et surtout il n’y aura pas de discutions. Ce sera tout pour la répression, comme la lutte contre les fumigènes, cheval de bataille de la LFP. Une énième loi sera votée et il n’y aura personne pour l’appliquer et la faire respecter. Pourtant le dialogue est nécessaire, il faudra que les  autorités prennent langue avec toutes les parties prenantes du football s’ils veulent en finir avec l’homophobie. Cette saison 2019/20 risque d’être difficile à vivre pour qui aime le football, car nous n’avons pas fini d’être stigmatisés par les politiciens, les journalistes et autres démagogues pensant détenir la vérité. En attendant allons nous vivre notre saison à huis clos total avec un huissier de justice pour entériner les résultats des matchs que personne n’aura vu? L’avenir nous le dira.

Crédit photo : Roxana Maracineanu, ministre des Sports par Jérémy Barande, le 01.04.2019 sous licence creative commons

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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