Il s’agirait d’grandir… il s’agirait d’grandir

06
septembre
2013

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Catégorie : Europe

Qualifié pour les barrages de l'Europa League, St Etienne et Nice sont-ils le visage du déclin du foot français sur la scène européenne ?

Si un jour on avait dit que cette réplique culte d’OSS 117 serait utilisée pour le titre d’un article sur le football français… il ne se serait rien passé tellement les fanatiques du ballon rond tricolore sont habitués au ridicule.

D’un côté, les verts de l’ASSE et les Aiglons niçois. De l’autre, un club danois et une bande de potes chypriotes. Résultat ? Les deux clubs français perdent sans briller. Il y a encore peu de temps, même si les équipes tricolores n’enchaînaient pas les miracles, elles réussissaient au moins à limiter la casse face aux clubs d’un bien plus petit niveau. Aujourd’hui, ce temps est révolu. La faute en revient-elle à la mondialisation du foot et aux progrès des « petits » de ce sport ? Ou bien plutôt à la façon qu’ont nos dirigeants de concevoir la structuration de leurs clubs ?

Une accumulation de ratés inquiétante

Les niçois ont certes connu un échec cuisant, mais ce ne fut pas le seul affront que l’île de Chypre a fait subir à la France ! Remember Lyon – APOEL Nicosie… Et encore, si les chypriotes étaient nos seuls bourreaux, on s’en remettrait vite. Sochaux – Panionios, Marseille – Boleslav, Auxerre – Levski Sofia… Voilà quelques exemples d’éliminations peu respectables sur ces dernières années.

Qualifié pour les barrages de l'Europa League, St Etienne et Nice sont-ils le visage du déclin du foot français sur la scène européenne ?«Mais tout cela n’est qu’une addition de cas particuliers, le football français a des résultats pas si lamentables que ça au final !» Réaction d’un certain Frédéric T. souhaitant garder l’anonymat derrière sa discrète moustache. Plein de bon sens le Fredo. Un bon sens marketing plus que sportif, car même si on se contente de chiffres plus parlants que des exemples, le constat est édifiant. Depuis la saison 1999-2000, Ligue des Champions et Coupe UEFA/Europa Ligue confondues : deux finales dont deux perdues, deux demi-finales et dix quart-finale. Il ne s’agit même plus d’une mauvaise performance, mais bien d’une catastrophe absolue sur laquelle les acteurs du ballon rond national jettent quasiment à l’unanimité un voile pudique. Et l’ampleur des dégâts est sublimée par les bilans d’autres nations ! Pas les meilleures non, juste celles avec qui on devrait pouvoir rivaliser. Portugal, Pays-Bas, Turquie, Russie et Ukraine brisent notre bilan avec facilité puisqu’elles, au moins, ont gagné un titre ! Il faut se rendre à l’évidence, quelque chose ne tourne pas rond.

Le constat est fait, il faut maintenant rechercher les causes de cet accident industriel. Le football français n’a jamais été grandiose mais il semblait destiné à grandir au début des années 1990. Un OM qui atteint son apogée, des clubs qui derrière sont loin d’être mauvais, et puis l’alternance du milieu des 90s et la Coupe des  Coupe parisienne. Pareil dans le début des années 2000 avec l’arrivée de l’ogre lyonnais, dernier club français à vraiment avoir eu la moindre ambition européenne. Mais ensuite ? Le néant ou presque. Deux mèches ont été allumées ces vingt-cinq dernières années sans pour autant que l’incendie prenne vie. Pourquoi ? On critique très souvent la formation française, le manque d’ambition dans le jeu et toutes sortes de choses relatives à l’aspect purement sportif, mais ce n’est pas là que le bât blesse. Un mal qui dure depuis deux décennies n’est pas imputable aux joueurs ou aux staffs techniques, mais bien à ceux qui s’occupent des clubs dans un plus long terme. C’est-à-dire les dirigeants.

Dirigeants au rabais = Aucune perspective d’avenir

Un club fort doit être une institution, un nom, une structure qui impose le respect et qui pèse quand on l’évoque. Pour atteindre ce statut, il n’y a pas mille solutions : la direction doit être puissante. Un homme ou un groupe doit avoir une certaine carrure pour mener un club aux sommets et le faire tenir. Cette règle se vérifie dans chaque grand club et sera éternellement valable. Même en France… et surtout en France. Après tout, quelles sont les équipes tricolores à avoir brillé au niveau continental tout en durant plus d’une saison ? L’OM de Tapis, le PSG de Denisot, et d’une certaine manière le Lyon d’Aulas. That’s all ! A contrario on peut citer l’ASM qui s’est écroulée après le départ de Deschamps, Bordeaux qui n’a pas survécu à Laurent Blanc, ou bien encore la chute infernale de Nantes et de son grand Kita. Des canaris qui pourtant avaient tout pour former un bon club européen.  Toutes ces histoires de déchéance ont un point commun : le manque absolu d’une poigne puissante et intelligente à la gouvernance.

A de très rares exceptions près, la dirigeance du foot français s’enferme toujours dans les mêmes maux. Une méconnaissance du football parfois assez désarmante, une gestion financière catastrophique, un sens du marketing et du story telling navrant, les règles de base du système de l’offre et de la demande baffouées… En gros, on achète cher et on revend à prix discount, on se moque du spectacle proposé, on gère tout ça comme une PME familiale sans considérer l’aspect sportif et les compétences des employés.  Tout ça sans

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chercher à percer le mur qui nous sépare des grandes nations de ce sport. Le pire n’est pas de commettre ces erreurs, car après tout rien ne peut être absolument parfait. Non, ce qui fait râler les observateurs et les passionnés, c’est que ces dirigeants sont conscients de la médiocrité dans laquelle ils se vautrent ! Ils sont très nombreux à le dire d’ailleurs, et pas seulement en « Off » ou à des amis. Combien se plaignent du jeu dégueulasse fourni par leur équipe, du comportement insolent de leurs joueurs, du manque de passion dans les tribunes… Pourquoi ces dirigeants qui pensent de telles choses ne tentent pas autre chose ? Est-il si incongru d’imaginer que la France pourrait faire mieux en améliorant certaines choses dans sa gestion du football ? Pourquoi continuer à sortir  les habituels arguments du manque de moyens financiers, de la fierté d’avoir une DNCG efficace ? Pourquoi continuer à vanter la « densité de la L1 » et le niveau de jeu de la L2, que certains imbéciles ont qualifié de meilleure deuxième division du monde ?

Le football français n’a pas besoin de ces arguments irrecevables et de la médiocrité ambiante, mais bien d’institutions et donc d’hommes forts et intelligents pour diriger ses clubs en perdition. Jean-Michel « Twitterman » Aulas a su se montrer digne de sa fonction, en faisant d’un club banal une référence en Europe. Devrons-nous attendre vingt ans encore avant que les autres ne comprennent comment faire, cessent de chigner et se mettent au travail ? D’ici-là, Chypre aura encore éliminé quinze clubs français en tour qualificatif de l’Europa Ligue… Mais tout ira bien dans le meilleur des mondes, puisque nous n’avons pas les moyens financiers d’éliminer l’Apollon Limassol ou l’AEK Larnaca.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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