Hors jeu : La nostalgie du football des années 90

15
octobre
2012

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Catégorie : Flash APP

Championnat D1 Années 90

A l’époque, BeIn Sport n’existait pas, côte et match se résumait à de simples paris entre potes, et je me levais le dimanche matin pour mater Téléfoot. Les soirs de coupe d’Europe, je filais chez le doyen de la famille qui avait trouvé, avec son abonnement Canal Plus, un moyen infaillible de réunir régulièrement toute sa descendance. Ou pire, je restais chez moi avec l’espoir que le mec de la régie oublie de couper le match après cinq secondes en clair, puis tentais, en vain, de regarder mon équipe favorite avec une passoire empruntée à ma mère. En quelque sorte, une façon de vivre ma passion, inconcevable aujourd’hui. Mais à l’époque, je ne savais pas que j’allais regretter tout cela.

Sans enlever de plaisir à ce que me procure le football d’aujourd’hui, celui des années 90 me faisait autrement vibrer. Et ce ne sont pas les supporters de Nantes, Lens, Metz, Cannes, Strasbourg ou Auxerre qui me contrediront ! Les Canaris possédaient des Brésiliens nés dans le Loiret, capables de se faire 4 passes de suite au milieu de la défense adverse sans que le cuir ne touche le sol, l’AJA de Guy Roux possédait des bouffeurs de craie qui délivraient tellement de caviar, que même toi tu aurais été capable de mettre tes 10 pions par saison dans l’élite du football français, Cyril Pouget et Robert Pires jouaient les PP flingueurs au FC Metz et Daniel Leclerc était le druide du peuple Sang et Or.

“Eric Di Meco taclait proprement mais à hauteur des genoux”

La D1: un autre monde ! Des classico où Gignac aurait coupé les Citrons et Ibrahimovic serait sorti à la 5e minutes avec les 2 jambes brisées, des duels de titans entre le Sporting Toulon var et l’AS Cannes ou des Gueugnon/ Martigues. A cette époque, les acteurs de « massacre à la tronçonneuse » évoluaient à furiani et avaient pour noms de scène Cyril Rool, Laurent Moracchini ou Franck Jurietti. Hamada Jambay nettoyait les toiles d’araignées sur des frappes que lui-même ne maitrisait pas et Eric Di Meco taclait proprement mais à hauteur des genoux. Les Fabien Piveteau ou Éric Durand étaient des chats réincarnés en gardiens de but. Et puis il y avait la classe des joueurs, au sens propre comme au figuré : le latéral du PSG s’appelait Jean-Luc Sassus, Sachy et Oignon œuvraient comme passoires à Nancy, Nantes possédait son Pignol, sans oublier Leboeuf qui jouait le peintre à Strasbourg. Dans le style, Laslandes et Valderrama jouaient avec des perruques, le coiffeur de Vairelles était aveugle et l’attaquant de Sedan, Pius Ndiefi, avait la une tête de grenouille vissée dans les épaules. Et puis il y avait Rudy Voller : je me souviens qu’au collège, on était une bonne vingtaine a ne pas se raser pendant 6 mois pour avoir la même moustache.

Mais plus sérieusement, revenons à notre Gueugnon/Martigues : franchement, le spectacle proposé au Stade Jean Laville n’avait rien à envier à un Brest/ Troyes ou un Evian TG/Ajaccio d’aujourd’hui. Et à côté, le championnat de France nous régalait des Zizou, Liza, Duga, Desailly, Blanc, Djorkaeff, Deschamps… Bref, tous les futurs champions du monde. Vous me direz, ils étaient jeunes. Mais même si Trezegoal parlait encore Argentin ou si Thuram, Viera ou Henry portaient toujours des couches, le talent de tout ce beau monde nous offrait déjà quelques gestes de grande classe. Et pour leur donner le biberon, il y avait quelques champions qui nous feraient presque oublier les Okocha, Simone et Ravanelli de la fin des années 90: JPP, Waddle, Mozer, Amoros, Abedi Pelé, Klinsmann, Ginola, Weah, Valdo, Asanovic, Scifo, Buruchaga, Moracvik ou Witschge. Même Nancy possédait sa star en la personne du Marocain Mustapha Hadji, qui figure parmi les légendes du football africain. La classe !

Oui mais c’était avant l’arrêt Bosman. Certains me diront que sans cette décision de justice qui a changé le visage du football, nous n’aurions pas été champion du Monde. J’ai peut-être la médaille d’or du chauvinisme, mais je vous rappelle que Laurent Blanc ou Fabien Barthez ont effectué la majorité de leur carrière en France et que Zizou, DD, Desailly ou Djorkaeff ont bourlingué quelques années sur les pelouses de Ligue 1 avant de partir à l’étranger.

“Un sombréro du « sécateur » Patrick Colleter digne de Cristiano Ronaldo”

Et sur le plan Européen, les « nineties », c’était quand même le pied pour le supporter français que je suis. L’OM d’Abedi Pelé, JPP, Waddle et compagnie renversait le grand Milan au stade Vélodrome. Deux ans plus tard, contre le même Milan, les « grands » Jean-Christophe Thomas et Jean-Jacques Eydelie soulevaient la coupe aux grandes oreilles à Munich. Les plus septiques diront que c’est avant tout l’histoire d’une belle magouille. Mais pour les vrais supporters du football français, c’est surtout une autre époque, celle où le club de Bernard Tapie côtoyait les sommets, pendant que les autres équipes de l’hexagone les titillaient.

Car, dans le même temps, le PSG balayait le Real Madrid sur un coup de casque de d’Antoine Kombouaré sorti de nulle part, puis faisait voler en éclat le Barça de Cruyff sur une frappe pourrie de Vincent Guérin, après un sombréro du « sécateur » Patrick Colleter digne de Cristiano Ronaldo.

Dans les années 90, la Coupe des Coupes récompensait encore les vainqueurs de coupes nationales. Cette formule nous offrait des épopées européennes mémorables, comme celle du Nîmes olympique, pensionnaire de ligue 2 qui avait échoué en 1/8 de finale, emmené par le bien nommé Anthony Vosalho. Quelques années plus tôt, Monaco et le très physique Rui Barros (1.59m), se hissaient en finale de cette même coupe des coupes, avant que le PSG soulève la seconde coupe d’Europe Française sur un coup franc du très technique Bruno N’Gotty.

Et puis il y avait la fameuse C3, appelée coupe de l’UEFA à l’époque. Là encore les clubs français n’étaient pas regardant sur les exploits. Guy Roux et ses joueurs dénichés en DHR connaissaient « leur Séville », s’inclinant aux tirs au but en demi-finale contre Dortmund après avoir sorti l’Ajax des Davids, Bergkamp et frères De Boer en quarts. Bordeaux, avec des mecs de réputation Mondiale (Croci, Dogon, Tholot, Bancarel), atteignait la finale, après avoir mis le Milan de Weah, Baresi et Desailly à terre.

Au total, entre 90 et 99, les clubs de l’hexagone représentent 2 titres européens et 5 finales perdues. En comparaison, depuis douze ans, le football français a dû se contenter de deux finales (Monaco et Marseille en 2004) et n’a plus goûté à la victoire.

Oui mais c’était l’époque où les joueurs ne circulaient pas librement entre les clubs du continent : chaque équipe Européenne se présentait au mieux avec 1 fumeur de cannabis dans les buts, 5 Francis Llacer, 4 Karembeu et 2 Waddle pour les plus forts. Et sur ce plan là, les clubs Français n’étaient pas mal lotis, avec Bernard Lama et Barthez qui planaient au dessus des Van Basten ou Stoichkov, avec Georges Weah capable de jouer aux quilles avec la défense du Bayern, Ginola assez vif pour enrhumer Hiero pour le reste de la saison, Basile Boli suffisamment « gros nounours » pour bousculer Baresi et Rijkaard sur les corners, et Chris Waddle tellement « artiste » que Maldini en a encore mal aux reins. Et puis, il y avait Jean Pierre Papin. Le mec il t’enfilait les buts comme tu vides les canettes de bière à tes 15 ans. Le seul a avoir remporté le prestigieux ballon d’or dans un club français. Et là encore, je peux te dire que la course à la prestigieuse distinction personnelle était autrement disputée et ne se résumait pas à 2 prétendants majeurs et 20 moutons. Chaque année, le précieux sésame était convoité par Van Basten, Gullit, Rijkaard, Bergkamp, Koeman, Baresi, Maldini, Baggio, Laudrup, Hagi, Romario, Matthäus, Voller, Klinsmann, Sammer, Prosinečki, Savicevic, Stoichkov, Lineker, Shearer, et bien sûr Georges Weah, Eric Cantona, JPP. Puis à la fin de la décennie 90, il y a eu les Zizou, Ronaldo, Rivaldo, Rui Costa, Figo, Raul, Batistuta, Shearer ou Beckham. D’ailleurs, sur cette période, aucun joueur n’a réussi à remporter deux fois la distinction, c’est dire la concurrence.

Oui, sans cracher sur le bonheur que me procurent les buts de Karim Benzema, les crochets courts de Messi ou les frappes magistrales de Cristiano Ronaldo, je l’échangerais volontiers contre l’époque où je jouais encore à ISS* avec Stéphane Pourito, Christophe Dugris ou Didier Dubois.

* ISS : Ancêtre de Pro Evolution Soccer sur Super Nintendo, le jeu ne possédait pas les licences pour les noms des joueurs.

Auteur : Loïc Denibaud

Intervenant d'action sociale le jour, amoureux du football et du beau jeu le jour et la nuit.

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