“Hors-jeu” avec Emiliano Sala

03
avril
2016

Auteur :

Catégorie : Interview / Ligue 1

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Avec le buteur argentin du FC Nantes on a discuté football mais pas que. Un entretien en longueur pour mieux connaître l’homme, son expérience de vie en France, son quotidien, ses aspirations…

À seulement 25 ans tu as déjà beaucoup bourlingué, tu as vécu dans deux pays (l’Argentine et le France) et dans six villes différentes (San Francisco, Bordeaux, Orléans, Niort, Caen et depuis peu, Nantes). Une expérience de vie originale. Que retiens-tu de tous ces voyages ?

Ces voyages m’ont fait grandir rapidement. Je viens de Progreso (province de Santa Fe) et j’ai décidé de partir de chez moi à 15 ans pour rejoindre San Francisco (province de Córdoba) afin de réaliser un rêve qui était celui d’être footballeur. J’étais plein d’espoir et prêt à travailler dur, j’étais déterminé, malgré l’éloignement des miens. Et j’avais toujours à l’esprit mon rêve, je savais où j’allais, quel était le chemin à parcourir. Ma famille a toujours été à mes côtés et cela m’a beaucoup aidé. J’ai beaucoup appris à travers toutes les personnes que j’ai pu rencontrer pendant tous ces voyages, joueurs ou entraîneurs. Ils m’ont aidé à devenir footballeur mais surtout à grandir en tant que personne.

Et les aspects négatifs de ces voyages, si on peut les appeler ainsi ?

J’ai toujours essayé de retenir le positif de chaque expérience pour que, au cas où, ne jamais avoir de « regrets » (en français).

Les mots te viennent en français ?

Oui, parfois j’oublie certains mots en espagnol… (rires)

Donc, quelques moments difficiles ?

Il y en a eu, bien sûr. Que ce soit en tant que joueur ou en tant qu’homme. Des moments où l’attaquant que tu es ne marque pas, des moments où ta famille te manque, quand tu as besoin de parler à ta mère, des moments où tu aimerais être avec tes frères… Des étapes difficiles mais nécessaires que chacun doit vivre pour grandir et essayer d’atteindre les objectifs fixés.

Quel type de relation as-tu avec ta famille ? La distance, c’est quelque chose que tu gères comment ?

Ma mère vient me voir régulièrement en France. Une fois par an, mais elle reste longtemps avec moi. Si j’ai la possibilité de faire venir mes frères, qui travaillent en Argentine, je les fais venir également, pour qu’ils profitent de mon présent et que l’on passe du temps ensemble. De mon côté, j’y retourne pour les fêtes de fin d’année, une petite dizaine de jours, et ensuite en juin pendant mes vacances, je pars directement là-bas!

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Tu es l’un des symboles du « Proyecto crecer » (le « centre de formation » des Girondins à San Francisco). Tu te sens investi d’une mission particulière?

Évidemment. Mais avant moi, il y a eu Pablo Francia qui a joué avec l’équipe une de Bordeaux et actuellement dans l’effectif des Girondins il y a  Valentín Vada. Au sein du « Proyecto crecer » nous avions tous le même désir de jouer en Europe. Et le fait d’y être arrivé, et de jouer en première division maintenant, c’est une fierté. Une fierté personnelle, mais aussi pour tous ceux qui étaient avec moi à l’époque. Qu’ils me voient à la télé aujourd’hui, c’est une satisfaction énorme.

Raconte-nous un peu ton arrivée en France. Tes premières impressions ?

Je suis arrivé à l’âge de 20 ans. Dans un pays totalement différent, loin de chez moi et des miens. Mais j’ai vite assimilé le fait d’être seul, de prendre conscience de ce que je devais faire pour réussir, de m’occuper de moi-même du mieux possible afin de progresser pour réussir. J’ai mis toutes mes forces dans ce rêve pour vivre au mieux ces moments, pour ne pas baisser les bras et atteindre mes objectifs.

Certaines choses ont été surprenantes au début ? Il y a une anecdote qui, avec le recul, te fait sourire ?

Beaucoup de différences à tous les niveaux. Au début j’étais surpris par le style de vie des français, mais je me suis adapté peu à peu, à tel point qu’aujourd’hui, comme tu peux le voir, j’en arrive à oublier certains mots dans ma langue natale… Une anecdote ? Non, rien ne vient à l’esprit.

L’apprentissage du français a été une étape facile ?

Non ! Cela a été dur ! J’ai pris des cours au début mais je n’aime pas beaucoup étudier et c’est pour cela que cela a été dur. Mais je me suis accroché et peu à peu j’ai progressé.

Ton meilleur souvenir bordelais ?

Mon meilleur souvenir… mon premier but avec les Girondins, sur penalty, contre Monaco. Quand j’étais plus jeune il y a eu également, mon premier match sur le banc, contre Lyon, en coupe. Mon entrée en jeu a été un moment très spécial pour moi et pour ma famille. Après chacun vit des expériences à travers le football et découvre beaucoup de choses…

Tu as déjà joué dans 5 clubs depuis 2012, tu as connu de nombreuses personnes, et de nombreux français évidemment. Mais dans les vestiaires tu as côtoyé beaucoup de nationalités. Que retiens-tu de ces rencontres?

J’aime apprendre des autres, découvrir de nouvelles choses. J’aime apprendre des gens que je peux rencontrer dans le football, découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux modes de vie… tout cela me plaît. Je garde de nombreux contacts avec des personnes d’horizons très divers et, si demain j’en ai l’opportunité, j’irai dans leurs pays d’origine pour découvrir d’autres réalités. Cela serait un vrai rêve.

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La ville que tu as aimé le plus en France…

J’aime beaucoup Bordeaux. Et dans le sud-est de la France des villes comme Nice ou Monaco sont très belles aussi… car j’aime l’été et la chaleur !

Mais toi tu as eu droit au nord de la France (Orléans, Niort, Caen, Nantes), et donc au froid !

Effectivement ! À Orléans nous avons eu un mois de janvier avec de la neige partout et des matchs annulés… Mais bon, il faut s’adapter !

Cela fait maintenant 5 ans que tu vis en France. Quelle relation entretiens-tu avec ce pays ?

C’est vrai, déjà 5 ans… J’aime beaucoup ce pays et je me sens bien ici. Aujourd’hui on va dire que je vis en France. Je retourne en Argentine, mon pays, uniquement pour les vacances.

On t’appelle « Le français » en Argentine ?

Non, pas encore ! Mais c’est vrai que, quand parfois il me manque un mot, on me charrie. J’ai du mal à reprendre mes marques en espagnol quand je reviens chez moi.

As-tu adopté une habitude française ?

Une habitude… En fait, je me suis habitué aux horaires des repas d’ici. En Argentine, on mange beaucoup plus tard, on vit différemment. Mais je me suis fait à ça, maintenant je mange plus tôt.

Si tu pouvais jouer dans un autre championnat européen, ce serait…

La Liga est un championnat intéressant et que tous les latinoaméricains suivent. Mais j’aimerais bien découvrir l’Angleterre et jouer là-bas. Découvrir un autre pays, une autre culture, même si je ne parle pas anglais !

En dehors du football, tes activités préférées sont…

J’aime jouer au tennis. Depuis tout petit, c’est un sport que j’aime et dont je suis l’actualité.

Tu y joues souvent ?

Oui, avec des amis, quand j’ai du temps libre et qu’il fait beau… Ici à Nantes, ce n’est pas toujours le cas !

Tu es donc le « Emiliano del Potro » de Nantes ?

Non quand même pas ! (rires)

Donc le tennis et …

Sortir, prendre l’air, marcher, aller boire un verre, voir des gens… pour m’éloigner un peu du foot.

Un livre de chevet ?

Pas vraiment. Le dernier que j’ai lu et que j’ai aimé a été l’autobiographie de Martín Palermo (« Titán del gol y de la vida »). Après, j’aime aussi certains ouvrages de Paulo Coelho, « L’alchimiste », par exemple. Quand je voyage, je lis. Sinon, à la maison je suis plus séries ou films.

¿ En français ou en espagnol ?

Quand je suis seul en français pour continuer à m’améliorer. Mais en famille, ou avec des amis, en espagnol.

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Ton futur, tu l’imagines comment ? Toujours dans le football, ou pas du tout ?

Je n’en sais rien encore. Je sais que cela va vite arriver, que les années passent vite. J’ai 25 ans et je n’ai rien planifié. Je veux encore jouer longtemps et découvrir un jour le football argentin. Après je ferai sans doute quelque chose dans le milieu du foot, parce que c’est ma passion et mon travail. Mais quoi exactement, je n’en sais rien.

La sélection ça reste un objectif personnel à terme?

Oui, cela reste dans un coin de ma tête. Mais on sait tous le niveau qu’il y a en sélection. Il y a beaucoup de joueurs de qualité, beaucoup d’attaquants de niveau mondial qui jouent dans des grands clubs européens. Donc, c’est sûr que c’est compliqué, mais je n’écarte rien. Et si un jour cela doit arriver, et je travaille pour, ce sera un vrai plaisir.

Une référence footballistique ?

Je suis très ouvert par rapport à ça. Je regarde beaucoup de football et je cherche à apprendre de tous les attaquants. Mon modèle a toujours été Batistuta. Même aujourd’hui je regarde encore ses vidéos sur le net pour apprendre des choses de son jeu.

Ton rêve professionnel ?

Continuer à progresser comme personne et comme joueur. Mettre des buts, être un attaquant, pas forcément connu, mais plutôt reconnu, en marquant l’histoire des clubs dans lesquels j’ai joué (comme avec Orléans, 19 buts en 2012-2013 ou Niort, meilleur buteur de l’histoire du club sur une saison, 18 buts en 2013-2014). Pour moi ce sont de belles références, car je vis « à travers » les buts.

Propos recueillis et traduits par Benjamin Laguerre

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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