Hasta siempre, loco

23
novembre
2017

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

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Salut tonton,

Je t’écris cette lettre car l’annonce de ta “suspension momentanée” du LOSC a réveillé en moi la cicatrice de ta démission de l’OM et ton départ de la maison ce fameux soir d’Août 2015. Cela reste encore à ce jour un des plus douloureux souvenirs de ma vie de supporter. La nouvelle est donc tombée hier soir, reléguant la performance en Ligue des Champions de Paris et sa pluie de stars au second plan. Parce que pour les amoureux du ballon rond que nous sommes, les stars qataris ne font pas le poids face à ton personnage. Entre passion et romantisme, depuis toujours, ce qui nous fascine chez toi c’est cette grinta qui t’anime. Pour rêver, nul besoin de stars et de millions d’euros, pour rêver, le cœur a simplement besoin d’amour. De l’amour, tu nous en a tellement donné il y a deux saisons. Ton OM était un délice à voir jouer, muchacho. Oh, il m’est arrivé de pester contre ton obstination à mourir avec tes idées qui nous a coûté quelques défaites fatales au Vélodrome. Car je déteste voir l’OM perdre, tu sais, encore plus au Vélodrome. Campé dans mon Virage Nord, baptisé Virage De Peretti, en hommage à l’enfant chéri de l’enceinte du boulevard Michelet, je n’avais pas loupé une miette de cette formidable saison. Tu aurais aimé Patrice De Peretti. Sa fougue, sa désinvolture, sa douce utopie. Et “Depé” t’aurais adoré. Car peut-être il faut être un peu fou pour te comprendre et t’aimer Marcelo. Comme l’a récemment dit Eric Cantona, l’enfant terrible du foot français, la France ne te mérite pas. Quoiqu’on en dise, ce pays n’est pas une terre de football. Il reste cloitré dans un petit corporatisme qui l’empêche d’avancer.

Avant d’être le théoricien du football tant écouté, et l’entraîneur à la passion débordante, tu es animé de valeurs humaines exceptionnelles. Comme un autre grand révolutionnaire natif de Rosario, tu es “capable de trembler d’indignation devant chaque injustice” et c’est ce que j’admire le plus chez toi. Tu nous a appris à “avaler le venin”, à nous, sanguins méditerranéens, qui t’avons accueilli comme un membre de notre famille, comme un oncle qu’on regarde avec de grands yeux aux repas de famille tant il nous abreuve de savoir. Tu as beaucoup donné à Marseille. Et quand on donne ici, on reçoit toujours en retour. Merci d’avoir fait briller ma ville, de nous avoir rendu âme et fierté. En fait, tu ressemblais tout simplement à Marseille et Marseille te ressemblait. Ceux qui ne comprennent pas l’admiration qu’on te porte ne connaissent pas la cité phocéenne. Pour déformer l’adage, ici, “le cœur a ses raisons et la passion dévore”. Même si le bonheur fut finalement de courte durée, comme la plus intense des histoires d’amour, je t’en serais éternellement reconnaissant. En puisant dans mes souvenirs, j’arrive à ressentir de nouveau cette excitation unique qui m’animait au moment de retrouver ton OM. Je me revois les yeux humides, me martelant frénétiquement le torse à chaque but de Dédé Gignac. Je revois ce tifo historique qui avait donné des jambes en coton à toute la capitale et fait rêver l’Europe entière. Quelle folie. Nous étions capable de grandes choses ensemble, d’ “Actibus Immensis” pour reprendre la devise de la ville de Marseille.

Ton aventure dans le nord semble donc elle aussi battre sérieusement de l’aile. Énième preuve qu’en France, on ne te comprends pas, on ne te respecte pas. Pourtant à travers tes admirables conférences de presse et ton amour pour le jeu, tu auras donné un bon coup de pied dans la fourmilière amorphe qu’est le football français. Peut-être que la jeunesse de ce pays, où le travail se fait rare, n’est plus habituée au goût de l’effort et aux valeurs que drainent les dures journées de labeur que peuvent être tes entraînements. Je vais te faire une confidence, ce projet lillois, nous n’y avons jamais cru. Comment toi, l’argentin, grand défenseur des hinchas, peux tu t’accommoder du manque de passion qui entoure un club comme le LOSC ? Comment toi l’humaniste, peux tu t’accommoder d’une stratégie de trading de joueurs, tare de la société capitaliste, contraire aux valeurs de l’homme ?

Avant de te laisser, je vais t’avouer mon seul regret. Ne pas te recevoir au Vélodrome pour le match retour. Je m’étais fait le film de cette journée des dizaines de fois. Je me voyais déjà debout dans le virage nord, gorge et bras déployés, dans un Vélodrome plein à craquer te rendant un vibrant hommage avant d’en découdre :

“Bielsa ! Bielsa ! Bielsa !”

Je suis sans doute trop nostalgique de cette époque. Ces souvenirs ont surgit hier en moi comme s’ils souhaitaient vivre une dernière fois. À Marseille, on aurait su te rendre hommage comme nulle part ailleurs. Car Marseille n’est pas la France. Nous sommes un peuple libre et fier auquel tu t’es totalement identifié. C’est rare chez moi, mais j’ai la main qui tremble en écrivant ces mots. Quand j’évoque ta personne je suis souvent submergé par l’émotion. C’est le cœur qui parle. Pourtant comme dirait l’illustre guérillero Ernesto Che Guevara, “il faut s’endurcir, sans jamais se départir de sa tendresse”.

Allez, salut tonton, hasta siempre.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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