Hamsik, 10 de coeur

03
juillet
2017

Auteur :

Catégorie : Europe

marek3

Déjà 10 ans que le milieu offensif slovaque Marek Hamsik a débarqué à Naples en provenance de Brescia. Dix années au cours desquelles l’introverti Marek a épousé la volcanique capitale de la Campanie, où le football se vit quotidiennement avec une douce frénesie. A une époque où les joueurs ne parlent, par l’intermédiaire de leurs agents, qu’en termes de transferts, de contrats, et de salaires juteux, la carrière du capitaine du Napoli est une histoire de générosité et de fidélité. Récit d’une idylle.

« Marekiaro » et Parthénope

En dix saisons sous le maillot du Napoli, Marek Hamsik a remporté deux coupes nationales (2012, 2014), une Supercoupe d’Italie (2014), et un surnom : « Marecchiaro » en référence au petit port de pêche du même nom situé dans le quartier de Posillipo, lieu symbole de la Dolce Vita des années 60, qui offre une vue sur le splendide panorama de la baie de Naples avec le Vésuve en arrière-plan. Certaines histoires d’amour peuvent paraitre improbables au premier abord, elles n’en demeurent pas moins torrides et passionnées. C’est ainsi que l’enfant calme et timide originaire de Banska Bystrica, petite ville ouvrière située en plein coeur des montagnes slovaques, vit depuis dix ans une histoire d’amour avec la grande cité napolitaine au tempérament volcanique. L’attirance des opposés a toujours constitué un superbe fantasme : qui ne rêve pas d’une belle histoire avec quelqu’un dont tout nous sépare ? Bien qu’il lui préfère sans doute la quiétude de Castel Volturno, près du centre d’entrainement, l’international slovaque reste fasciné par la ville qui a fait de lui un homme : « Cette ville est étrange mais surtout trop belle… il y a la mer, les gens qui t’aiment et la nourriture est divine! » avoue-t-il.
En fait, il ne serait pas inopportun de dire qu’on ne choisit pas Naples, c’est Naples qui vous choisit. Dans la mythologie grecque, Parthénope est une des sirènes qui, selon certaines légendes, s’éprend d’Ulysse, mais ce dernier ordonne à son équipage de se boucher les oreilles avec de la cire et de l’attacher au mât de son propre navire. Humiliées et désespérées, Parthénope et ses deux sœurs, Leucosie et Ligie, se seraient jetées à la mer pour se noyer. Parthénope se serait ainsi échouée près de Naples, où elle y serait enterrée et dont elle est devenue la déesse protectrice. C’est donc sur le corps d’une sirène qu’a surgit ce dédale de quartiers et de ruelles obscures fourmillant d’humanité qu’est Naples. Au fil des saisons, le milieu offensif slovaque semble avoir cédé à l’envoûtement de la déesse, et réciproquement, celle-ci s’est éprise de lui. Dans une interview accordée à So Foot en décembre dernier, il dira très humblement “Les napolitains m’aiment trop et me portent trop dans leur coeur pour que je puisse m’en aller”. Enième preuve de son attachement au maillot azzurro et d’un amour fiévreux et passionnel avec le peuple napolitain.

.

hamsik1

.

Le milieu local

Lancé dans le grand bain par Edy Reja, le jeune milieu de terrain, arrivé sur la pointe des pieds et présenté en même temps qu’Ezequiel Lavezzi, est rapidement devenu incontournable. Buteur régulier pendant l’ère Mazzarri, constant dans ses performances, il se montrera en revanche peu à l’aise derrière l’attaquant de pointe sous l’ère Benitez. Technique, endurant et intuitif, il offre son meilleur rendement positionné dans un milieu à trois comme c’est le cas depuis l’arrivée à la tête de l’équipe de Maurizio Sarri. Il capitano aime être face au jeu, voir les solutions qui s’offrent à lui pour orienter et se projeter. Avec sa crête, ses tatouages et son look atypique, il est devenu une icône du Calcio, crainte et respectée par ses adversaires. Le parfait milieu de terrain moderne, omniprésent dans l’entrejeu et par qui tous les ballons passent. Ses performances ont évidemment attiré bien des convoitises mais malgré les sirènes de prestigieux clubs comme le Milan AC et la Juventus, et à la différence de Lavezzi, Cavani et Higuain, le milieu slovaque a choisi de rester fidèle au maillot azzurro et au bouillant public napolitain. Garçon d’ordinaire très tranquille, Marek se transforme lorsqu’il foule la pelouse du Stadio San Paolo. “Ce stade est aussi vieux que beau. Son atmosphère est unique” confie-t-il.  Droitier devenu ambidextre à force de travail, son toucher de balle n’a pas d’égal et sa simplicité et sa vision du jeu en font le meilleur ambassadeur du football résolument offensif prôné par Sarri depuis deux saisons. Marek Hamsik est également un modèle d’abnégation et de combativité, toujours prêt à courir, à se battre et à suer. La hargne qui le caractérise fait de lui le symbole de ce Napoli en constante progression et à l’identité de jeu très affirmée. Ainsi, 452 matchs, 113 buts, 97 passes décisives plus tard, le peuple napolitain l’a érigé au rang d’idole. A l’instar de Diego Maradona, il a désormais lui aussi une fresque murale à son effigie réalisée par l’artiste italien Jorit Agoch à Quarto..

.

ham2

.

Avec les récents adieux de Francesco Totti, la Serie A a perdu une de ses icônes, mais elle conserve en Marek Hamsik, l’autre capitano, une histoire de fidélité et de dévotion qui ont fait la légende de ce championnat. Dans un article publié dans Il Giorno, en janvier 1971, le poète et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini écrivait : « Dans le football il y a des moments exclusivement poétiques : il s’agit des moments où survient l’action qui mènent au but. Chaque but est toujours une invention, une perturbation du code : il a toujours quelque chose d’inéluctable, de fulgurant, de stupéfiant, d’irréversible ». Cette phrase illustre à merveille le jeu du capitaine partenopeo et, à ce titre, fait du maître à jouer napolitain un poète à la générosité sans limite qui guide inlassablement le Napoli sur la route du Scudetto. Tant qu’il nous sera donné de voir des joueurs comme Marek Hamsik, aux qualités de footballeur aussi grandes que leurs valeurs humaines, le football demeurera amour et poésie. Grande Marekiaro, figlio di questa città !

.

IMG_3060

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Europe

Plus dans Europe
Totti-Curva
Lettre à un résistant romain

Le 28 mai dernier tu as fait ton dernier tour d’honneur. Il faut bien que les histoires, même les plus...

maurizio-sarri-naples
Le Naples de Maurizio Sarri, « al di là del risultato »

L’éloge est récemment sorti de la bouche de Fabio Capello : «  Il y a eu le grand Ajax, le...

griezmann
Une sanction bénéfique pour l’Atletico

Mercredi 1er juin 2017. La décision tombe. Après des mois de palabres et de recours, la décision définitive du Tribunal...

Fermer