Gordon Banks, un arrêt pour l’éternité

13
février
2019

Auteur :

Catégorie : Culture foot

Gordon_Banks_en_1970

Gordon Banks est décédé ce mardi, il était une légende du football depuis 50 ans, son nom reste attaché à l'”arrêt du siècle” et demeure une référence pour tout joueur décidant d’enfiler une tenue différente des autres pour avoir le droit de toucher le ballon avec les mains. Retour sur la carrière et la vie de “Banksy”.

Il faisait chaud à Jalisco, Mexique, en ce 7 juin 1970, et Gordon Banks, 32 ans, plus habitué à la brume de Sheffield ou Stoke, allait connaître son moment de gloire, bien plus inoubliable que son titre de champion du monde, acquis 4 ans plus tôt.

“Gol” mais pas but

Les images, on les a vues des centaines de fois, le débordement de Jairzinho, le centre, la cambrure du roi Pelé, sa frappe de la tête, et ce gardien au maillot bleu, un peu perdu, trop court pour intervenir sur le centre, trop avancé pour un arrêt classique, qui voit le ballon partir et décide qu’il n’entrera pas. Un saut carpé latéral, un bras droit tendu, une claquette et le cuir qui change de direction… Le roi aurait scandé « goool » mais pas d’accolade ni embrassade de la part de Bobby Moore et les autres défenseurs anglais, juste une tape sur le crâne, signe « viril » et réservé de reconnaissance envers le dernier rempart.

Ce n’est qu’à la fin du match de poule gagné par les auriverde 1-0 (but de Jarzinho), que Pelé lui donna le statut d’arrêt du siècle, « J’ai marqué un but mais Banks l’a arrêté », la force de la formule déclarée aux reporters allait faire entrer Gordon dans la légende. « Banksy » n’était certes pas un inconnu, mais il ne concurrençait pas Yachine et Zamora dans la hiérarchie des meilleurs portiers, même si l’Angleterre avait toute confiance en celui qu’elle avait surnommé « Banks of England » après le titre de 1966.

La banque était fermée

Un deuxième événement allait confirmer ce nouveau statut, à son corps défendant cependant. Quelques jours après son saut carpé, le onze des three lions doit rencontrer l’Allemagne en ¼ de finale dans ce remake de la finale de l’édition précédente et le match s’annonce tendu. Victime d’ennuis gastriques, le gardien de Stoke doit, « la mort dans l’âme », laisser son suppléant Peter Bonetti prendre place dans les cages et assister, impuissant, à l’élimination précoce que tout un peuple imputera à Bonetti, jugé coupable sur la frappe de Beckenbauer qui passa sous son ventre (la RFA vaincra 3-2). Revenu sur son ile, Banks poursuivit sa carrière avec Stocke, remportant même la League Cup en 1972, au prix d’un penalty stoppé en ½ finale face à West Ham et Geoff Hurst, son équipier champion du monde de 1966, sa 2ème cup après celle obtenue en 1965 avec Leicester.

Un arrêt à l’oeil

Alors que ses performances lui assuraient sa place pour quelques années encore, un drame vint interrompre sa carrière. Le 22 octobre 1972, un accident de la route en revenant de l’entrainement lui couta son œil droit, ce qui rendait difficile l’appréciation des trajectoires et arrêts réflexes. Après quelques tentatives infructueuse, Gordon se rendit à l’évidence, il était temps de raccrocher.

Néanmoins, à la fin de la décennie, à l’aube de ses 40 ans, une offre arriva des Etats-Unis, le club des Strickers de Fort Lauderdale voulait une « figure » pour concurrencer le Cosmos de New York et ses Pelé, Beckenbauer ou Chinaglia dans un championnat naissant. Imitant son compatriote Bobby Moore et le nord irlandais George Best, Banks remit les gants (bien qu’il jouait souvent mains nus auparavant), et, malgré une acuité visuelle limitée, assura la saison 1977-1978 au point d’être désigné le meilleur à son poste. Cette pige d’un an fut la dernière, il promena pour l’autre moitié de sa vie, de plateaux TV en salles de conférences, son œil de verre, contant à l’envie cet arrêt réflexe qui empêcha le Roi d’ajouter une unité à son total officiel de 1281 buts.

Du crédit pour la postérité

Aux classements des meilleurs gardiens, sa place est réservée dans le top 10, parmi les Yachine, Zoff, Maier, Buffon, et même si « l’arrêt du siècle » peut sembler à présent sur-côté parmi ceux que l’on voit tous les week-ends, il faut se souvenir qu’à l’époque le gardien évoluait sur des terrains au pelouses inégales, avec des vêtement très peu pratiques, souvent sans gants (ou alors en laine !), le ballon pesait 1 tonne dès que la pluie l’humidifiait, et l’entrainement se réduisait à quelques exercices physiques avant de «  jouer la cible » face aux frappes multiples des attaquants lors des séries de tirs.

Aucun spécifique, ni entraineur dédié, le goalkeeper était un « self-made man » qui ne devait sa réussite qu’à son courage et sa ténacité de jouer à un poste ingrat délaissé par les « manchots ». De Lineker à Pelé (« un gardien magique mais aussi bien plus que ça »), en passant par Sir Geoff Hurst (« l’un des plus grands »), l’hommage est unanime à l’occasion de son décès survenu à 81 ans, mais la légende perdure …

Auteur : Gilmon

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Culture foot

Plus dans Culture foot
Eduardo_Galeano_Uruguay
Uruguay : Terre de foot

Coincé entre les mastodontes brésiliens et argentins, l’Uruguay peine à se faire sa place sur un planisphère. Pourtant ce petit...

Le-Footballeur-Allergique-A-La-Neige
Le footballeur allergique à la neige et 365 autres histoires incroyables de football

Ali Farhat a du travailler dur pour nous proposer les histoires les plus farfelues du foot dans son ouvrage Le footballeur...

Chris Waddle Marseille
Love letter to Chris Waddle

Chris (si tu permets que je t’appelle ainsi)  tu es entré dans ma vie un soir de Juillet 1989, l’OM...

Fermer