Gestion des supporters, chronique d’un fiasco français

21
avril
2017

Auteur :

Catégorie : Dossiers supporters / Ligue 1

envahissement-terrain-lyon

Disclaimer : Ce n’est pas parce que l’on pointe du doigt les fiascos des autorités françaises sur la question de la gestion des supporters que l’on excuse ou que l’on légitime les actes d’abrutis qu’on peut voir dans et aux abords des terrains de foot. Ne pas comprendre cela c’est faire le lit et légitimer le « crétinisme d’Etat » décrit par Fréderic Lordon dans Les Affects de la politique et symbolisé à merveille par l’ancien Premier ministre Manuel Valls qui avait affirmé qu’« expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » en parlant des terroristes. Je ne crois pas, au contraire de Valls, que la sociologie est une culture de l’excuse. Je crois justement l’inverse, que c’est en cherchant à comprendre les ressorts qui enclenchent les actes et les structures dans lesquelles sont baignées les individus (ainsi que le défendait déjà Spinoza en son temps) que l’on peut lutter contre ce type de phénomène. Quiconque voudra bien lire ce billet dans cette optique comprendra que je ne cherche en rien à justifier des actes idiots et dangereux et surtout que je n’ai pas vocation à en retirer un seul mot.

La semaine dernière a été proprement apocalyptique pour les autorités françaises en matière de gestion des supporters et ce, dans les deux sens du terme. Le premier sens, le plus connu, est celui qui renvoie à l’imaginaire de la fin des temps. A voir les événements qui ont eu lieu à Lyon (affrontements de supporters) et à Bastia (agressions des joueurs lyonnais par certains supporters bastiais), on pouvait les rapprocher de l’apocalypse tant les images d’une violence extrême sont extraordinaires (un envahissement de terrain ou des coups portés à certains joueurs). Toutefois, et peu de gens le savent, le terme apocalypse est également porteur d’un autre sens. Il dérive en effet du grec apokálupsis qui signifie « action de découvrir ». En ce sens l’apocalypse signifie également la révélation.

C’est pourquoi je suis très enclin à parler de semaine apocalyptique pour le football français et les autorités chargées d’assurer la gestion des supporters. A ce titre, le tifo de dimanche soir au Vélodrome ainsi que la banderole déployée à l’égard du préfet – nous y reviendrons – sont à mes yeux eux aussi révélateurs d’un mal profond qui ronge le football français depuis très longtemps, depuis trop longtemps. Ce qu’il s’est passé la semaine dernière n’est pas une chose fortuite ou arrivée là par hasard. C’est la suite logique d’un fiasco français, celui de la gestion des supporters. Il n’est pas trop tard pour sortir de cette ornière mais l’urgence se fait chaque jour plus grande. Pour ce faire, il faudra avant toute chose sortir des postures et du dogmatisme.

Les autorités et le loup ultra

La semaine dernière, jeudi et dimanche pour être précis, la France est encore passée pour la risée du football européen. Ces mots sont sans doute durs mais je les crois justes. Après avoir été la risée du foot sur le Vieux Continent en raison de nos piètres résultats sur la scène européenne (cette année déroge à la règle avec un représentant en demi-finales de chacune des compétitions), nous voilà ridiculisés sur la question de la gestion des supporters. Déjà l’Euro et les batailles rangées entre Russes et Anglais dans les rues de Marseille puis dans les travées du Vélodrome (l’on avait alors déjà frôlé la catastrophe) avaient fait montre de l’incapacité chronique de notre pays à gérer la question des supporters. A Lyon ainsi qu’à Bastia nous avons vu que les leçons n’avaient pas été retenues.

Je ne m’étendrai volontairement pas sur la question mercantile qui a également été en partie responsable des débordements à Lyon (la peur du club de ne pas remplir son stade et donc l’ouverture de la vente des billets du troisième anneau tous azimuts) mais on ne peut rester silencieux lorsque l’on sait que l’arrivée massive de supporters turcs était connue très à l’avance et que rien n’a été fait pour gérer cette masse. De la même manière à Bastia le groupe de supporters qui a envahi le terrain pour tenter de s’en prendre aux joueurs revenait de 3 matchs de suspension (après des insultes racistes à l’encontre de Balotelli). Il n’est toutefois guère surprenant de voir nos autorités débordées face à ces phénomènes tant elles refusent frontalement de se préparer en interdisant les déplacements de quelques centaines de supporters en France (la banderole au Vélodrome fustigeait le préfet des Bouches-du-Rhône qui a refusé le déplacement des stéphanois à Marseille). A force de crier au loup à chaque fois que les ultras veulent se déplacer – ce qui revient à nier l’une de leurs libertés fondamentales  – les autorités ne sont pas préparées à affronter les véritables problèmes. De manière similaire, le refus des autorités de punir individuellement les fauteurs de troubles en cédant à la facilité de sanctionner l’ensemble d’un groupe de supporters, d’une tribune voire d’un stade participe grandement à l’incapacité de ces mêmes autorités à gérer les véritables personnes dangereuses dans les stades. En somme c’est la vieille histoire de Pierre et le loup qui se répète.

L’impérieuse nécessité de sortir du dogmatisme

Ce qui est à chaque fois frappant à mes yeux, c’est le dogmatisme et l’aveuglement proprement hallucinants des autorités dans notre pays. Après le fiasco d’Angleterre-Russie à Marseille, les autorités ont fait preuve d’un déni phénoménal – certains allant même jusqu’à affirmer que les affrontements n’avaient duré que 30 secondes ou bien qu’il n’y avait pas de hooligans à Marseille. Il n’y avait finalement rien d’étonnant à ces dénégations quand on se rappelle que pour préparer l’Euro, les autorités avaient effectué des simulations avec des lycéens bien dociles. Méthode Coué diront certains mais je suis personnellement bien plus enclin à y voir le stade avancé d’une mythomanie désastreuse. Le mythomane n’est-il pas, en effet, celui qui croit à ses propres mensonges ? A chaque débordement, à chaque fiasco de leur part, à chaque faille plus ou moins grande, les autorités viennent nous expliquer que tout va bien Madame la Marquise alors même que la maison brûle. Si « le courage, comme disait Jaurès, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » alors il est grand temps de faire preuve de courage.

Le tribun socialiste ajoutait également que « le courage c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin ». Il me paraît important de bien saisir l’ampleur de la situation. Il ne s’agit pas simplement de fustiger les actes des autorités ou de les enjoindre à sortir de leur dogmatisme en ne gardant plus les yeux grands fermés. Cela ne peut, en effet, être que la première des étapes, la prise de conscience. Le véritable objectif et la véritable nécessité – au sens philosophique du terme à savoir ce qui ne peut pas ne pas être ou être autrement – si nous voulons réellement passer à une approche professionnelle et juste de la question est de mettre en place des instances véritablement ouvertes au dialogue et non pas faire comme l’on fait pour beaucoup de sujets dans notre pays, à savoir légiférer à longueur de temps et jouer les ventriloques sans même prendre le soin de prendre en compte l’avis des principaux concernés, à savoir les supporters.

Je suis pleinement conscient qu’une telle démarche prendra forcément du temps mais il nous faut urgemment la mettre en place. Il va nous falloir nous engager massivement de part et d’autre pour faire avancer les choses dans le bon sens. Peut-être un tel engagement massif est-il une utopie. Mais si nous ne le tentons pas, alors nous serons réellement perdus. Et nous mériterons notre sort.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Dossiers supporters

Plus dans Dossiers supporters, Ligue 1
Fuck LFP
On a vécu le festival OM-ASSE au cœur du Virage Sud

Dimanche 25 septembre, 19h30, l’heure que les Marseillais affectionnent pour se rendre au stade. Dans le métro, la lente procession...

Papin1
Le jour où Jean-Pierre Papin a pris une canette sur la tête

Quand on aime le foot, on veut voir du spectacle sur le terrain et en dehors. On espère que ce...

mbappe-dembele
Le directeur sportif comme maillon fort

Avec un quart de finale dont l'issue reste pour le moins incertaine, l'affrontement entre le Borussia Dortmund et l'AS Monaco...

Fermer