Garcia, le coup de la panne

30
août
2017

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Catégorie : Ligue 1

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Pour impulser l’OM Champions Project, les dirigeants marseillais ont choisi de confier l’équipe à Rudi Garcia. Un choix audacieux au regard du parcours de l’entraîneur. En 10 ans, Garcia s’est installé successivement sur les bancs de Dijon, Le Mans, Lille et l’AS Roma. Une ascension fulgurante dans un monde du football si exigeant qui s’explique par des qualités de meneur d’hommes, un jeu résolument tourné vers l’offensive et une capacité à bâtir des fondations solides au sein d’un club. Garcia a laissé une trace non négligeable partout où il est passé. Seulement, le technicien français peine à imposer sa patte à l’OM, tant sur le jeu son équipe que sur le développement du projet conduit par Franck Mc Court, Jacques-Henri Eyraud et Andoni Zubizarreta.

Maître d’œuvre

Si vous vous baladez aux alentours du stade Gaston Gérard un soir de match à Dijon, arrêtez-vous à une buvette et demandez aux serveurs ce qu’ils pensent de Garcia. Ils vous répondront que sans son passage en Bourgogne, le DFCO ne serait probablement pas là où il en est aujourd’hui. Et ils auront sûrement raison. Lorsque Garcia arrive en Bourgogne en 2002, le club n’est pas professionnel. Il évolue en National et vient tout juste d’éviter la relégation en CFA. Il faut dire que Rudi Garcia a le profil idéal pour professionnaliser le club. Malgré une faible expérience de joueur pro, il possède plusieurs brevets d’études d’entraineur et un certificat d’aptitude à diriger un centre de formation. Avec le soutien de Bernard Gnecchi, le président de Dijon, Garcia conçoit un centre d’entraînement pensé pour des joueurs professionnels. Sur le plan sportif, il développe un jeu offensif basé sur des ailiers rapides et puissants, qui permettent à Dijon d’accéder à la Ligue 2 en 2004, auquel il faut ajouter une place de demi-finaliste de la Coupe de France. Garcia restera à Dijon jusqu’en 2007, le temps pérenniser le club en Ligue 2. A Dijon, on considère que l’accès à la Ligue 1 aurait été impossible sans la patte de Garcia, qui a permis au club de s’installer durablement dans le football professionnel.

Ce parcours tape dans l’œil d’Henri Legarda, président du Mans, alors pensionnaire de Ligue 1. Garcia se voit confier un projet similaire : poser des fondations qui permettront au Mans de s’installer durablement en Ligue 1. Il obtient de bons résultats (9eme de L1, demi-finale de Coupe de la Ligue) et bonifie des joueurs de l’effectif manceau (De Melo, Romaric, Gervinho notamment), occasionnant la meilleure saison du club en L1. Il ne s’attarde pas sur les bords de la Sarthe et rejoint le LOSC. Là aussi, c’est un club en construction, européenne cette fois, que Garcia prend en main. Le président Seydoux lui confie la mission de qualifier le LOSC pour une compétition européenne chaque saison. Il restera 5 ans sur le banc des Dogues avec quatre qualifications européennes à la clé auxquelles il faut ajouter une Coupe de France et un championnat de Ligue 1 remportés avec panache.

Partout où il est passé dans l’hexagone, Rudi Garcia a su imposer sa patte et apparaît comme le trait d’union entre ses clubs et leurs ambitions. Professionnaliser Dijon, pérenniser Le Mans en Ligue 1 et européaniser le LOSC, autant de faits d’armes qui laissent penser que le choix de Rudi Garcia est audacieux pour conduire le projet marseillais, lui qui a aussi entraîné la prestigieuse AS Roma après son passage réussi à Lille.

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Résolument tourné vers l’avant

Sur le plan du jeu, Garcia est fidèle à un schéma tactique en 4-3-3, tantôt à pointe haute, tantôt à pointe basse. Ce choix conditionne le profil des joueurs dont Garcia a besoin au milieu de terrain : polyvalents, c’est-à-dire capables de récupérer des ballons et de se projeter rapidement vers l’avant avec une qualité technique élevée. C’est le cas de N’Dri Romaric, le joueur le plus utilisé par Garcia au Mans, qui possédait des qualités physiques et techniques lui permettant de presser, récupérer et relancer. En somme, nettoyer le milieu de terrain. Concernant la ligne d’attaque, Garcia compte sur ses ailiers pour faire des différences en mettant l’avant-centre à leur service. C’est son passage au LOSC qui illustre le mieux cette tactique. L’effectif lillois compte dans ses rangs Eden Hazard et Gervinho, qui a suivi Garcia lors de son transfert du Mans vers Lille et le retrouvera à Rome. Les deux ailiers sont rapides, puissants et techniques. La pointe de l’attaque est animée par Sow, Frau et De Melo, un autre joueur sous les ordres de Garcia au Mans. Frau est un finisseur habile et mobile alors que De Melo est plutôt un point de fixation. Quant à Sow, il cumule ces deux qualités. Garcia souhaite en effet pouvoir s’appuyer un point de fixation capable de conserver des ballons devant et servir des ailiers à qui l’animation offensive est confiée. Un profil précieux face à des défenses regroupées. La présence d’un attaquant plus mobile lui permet de développer le schéma inverse. L’attaquant en question doit être capable de prendre les espaces et la profondeur pour bénéficier du travail des ailiers, chargés de faire la différence face aux défenses adverses. Cette animation offensive fonctionne à plein régime à l’AS Rome, Garcia bénéficiant d’un effectif qualitativement bien supérieur à ceux de Lille et du Mans. Dans un football italien qui évolue, lâchant peu à peu son « catenaccio », le jeu proposé par Garcia séduit dès son arrivée sur le banc de la Louve en 2013. Il séduit tellement que de nombreux techniciens français et étrangers le considère comme le mieux à même de succéder à Deschamps à la tête de l’équipe de France. Le président du Real Madrid pensera même à lui pour remplacer Carlo Ancelotti sur le banc Merengue à l’été 2015. Il faut dire que son AS Roma est le poil à gratter de l’indétrônable Juventus en Italie. Au début du Calcio 2015-2016, la Louve remporte même un succès de prestige face aux Bianconeri que beaucoup voient comme une passation de pouvoir.

Il est cependant reproché à Garcia de ne maîtriser que ce système, qui possède des limites. La principale limite posée, c’est que cette tactique est simpliste et, par conséquent, facile à décrypter pour les adversaires. On peut aussi ajouter que ce système créé une trop forte dépendance de la performance de l’équipe à celle des ailiers et des milieux de terrain. En cas de méforme au milieu ou sur les côtés, l’assise défensive de l’équipe est sérieusement ébranlée. D’ailleurs, face à des adversaires prestigieux, capables de cadenasser les côtés, les équipes de Garcia peinent à performer. Par exemple, le succès de prestige face à la Juve évoqué plus haut est le seul de Garcia face à la Vieille Dame en Série A. On notera aussi quelques déculottées mémorables en Ligue des Champions face au Bayern Munich (7-1) et au Barça (6-1). Avec Lille et la Roma, Garcia a joué 20 matchs de Ligue des Champions et en a remporté seulement 3 pour 6 nuls et 11 défaites, parfois face à des adversaires à priori abordables comme le Bate Borisov. Une statistique qui entérine les limites du système proposé par Garcia.

A bout de souffle

Sa fin de mandat à la Roma a laissé entrevoir les limites du technicien français mais c’est à l’OM qu’elles vont s’exprimer le plus. Le système tactique en 4-3-3 ne convient pas aux qualités de l’effectif marseillais et Garcia peine à se réinventer. Il est conscient que son système ne pourra pas s’appliquer aux pensionnaires du Vélodrome et tente timidement de jouer en 4-2-3-1, voire en 5-3-2 (ou 6-2-2, on ne sait pas trop finalement), mais sans succès et surtout sans repères tactiques solides. Des expérimentations peu concluantes qui ont pour conséquence de fragiliser l’équilibre de l’équipe. Garcia n’a pas encore trouvé le système idoine pour son effectif, c’est le moins qu’on puisse dire après la prestation honteuse face à Monaco (6-1).

Les causes de cette difficulté d’adaptation à l’effectif de l’OM peuvent se trouver dans certaines déclarations de et sur Rudi Garcia. En mars dernier, après la déconvenue historique face au Paris SG (1-5), l’entraîneur marseillais déclarait que son effectif avait été construit « en dépit du bon sens » (par l’ancienne direction, avant le rachat du club par Franck Mc Court et le début de la présidence de Jacques Henri Eyraud). Une façon d’avouer, à demi-mots, qu’il ne trouve pas de solution efficace pour l’animation tactique de son équipe mais surtout de se dédouaner. Lorsqu’il a quitté la Roma, un de ses proches collaborateurs déclarait au journal Libération que la défaite cuisante contre le Bayern Munich (7-1) l’avait fortement affecté : «Après la défaite 1-7 contre le Bayern Munich, il a douté des joueurs qu’il avait sous la main. Avant ce match, il voyait leurs qualités. Ensuite, il n’a plus vu que leurs défauts.» Une déclaration qui tend à expliquer l’approche de Garcia avec son effectif. Il conçoit ses animations tactiques de façon à compenser les défauts de ses joueurs plutôt que de s’appuyer sur leurs qualités. Le défenseur central Rolando illustre ce propos. Il s’agit d’un joueur dont la qualité de passe est limitée. En conséquence, Garcia ne le fait pas participer à la relance. Le joueur se contente de duels avec ses adversaires et de jouer avec son homologue en défense centrale ou son gardien plutôt que de chercher à relancer avec les milieux de terrain ou à avancer balle aux pieds. Au milieu de terrain justement, le cas Maxime Lopez abonde dans le même sens. Avec un physique rare dans le football professionnel, 1m67 pour 58 kg, le jeune espoir marseillais rentre difficilement dans le schéma de Garcia. Il peut difficilement gagner des duels au milieu de terrain, ce qui limite ses possibilités de récupérer des ballons et de se projeter rapidement vers l’avant en perforant les rideaux adverses. La qualité principale de Lopez, c’est sa capacité à réussir la dernière ou l’avant dernière passe, celle qui permet de créer ou de concrétiser une occasion de but. Une qualité qu’il exprime peu sous la houlette de Garcia. Le joueur est cantonné à un rôle de premier relanceur. Il redescend très bas, juste devant la défense, pour éviter les duels et ensuite relancer au milieu de terrain qui, en conséquence, est privé de sa qualité de passe offensive. Un choix tactique qui crispe le jeu offensif de l’OM et freine la progression du joueur. Le cas Lopez tend lui aussi à démontrer que Garcia raisonne selon les défauts de son effectif. L’équipe est, de facto, en difficulté lorsqu’il s’agit de produire du jeu puisque les défauts sont compensés mais les qualités ne s’expriment plus.

Enfin, l’importance accordée par Garcia aux ailiers est un des éléments qui explique l’inefficacité tactique à laquelle l’entraîneur est actuellement confronté. Lors du mercato d’hiver, l’OM a recruté Dimitri Payet pour occuper le poste d’ailier gauche. Il s’agit là d’un des premiers recrutements de l’ère Garcia qui symbolise bien l’accent mis par le coach sur le poste d’ailier. Payet doit être le leader technique de l’équipe de par sa qualité technique et sa capacité à éliminer ses adversaires. Or, depuis son arrivée, l’international français peine à retrouver son niveau de l’Euro 2016. Malgré des statistiques convenables (4 buts, 3 passes décisives), le réunionnais ne parvient pas à endosser le costume de leader de l’attaque marseillaise. Une véritable épine dans le pied de Garcia qui en a fait le dépositaire du jeu marseillais et va devoir trouver les ressorts pour remobiliser le joueur. C’est une difficulté et un enjeu supplémentaires pour un entraîneur qui a plutôt l’habitude de laisser libre court à ses joueurs offensifs plutôt que de les enfermer dans des consignes tactiques trop rigides. Au milieu de terrain, le deuxième rouage essentiel du système de Garcia, l’effectif se compose de joueurs talentueux mais peu polyvalents. Par sa qualité de passe et sa lecture du jeu, c’est Luiz Gustavo qui semble le plus compatible au système de Garcia. Morgan Sanson, aussi prometteur soit-il, est un relayeur qui a vocation à jouer aux postes offensifs axiaux du milieu de terrain plutôt qu’à la récupération, à l’instar de Maxime Lopez. Zambo Aunguissa semble avoir les qualités pour s’imposer dans le système de Garcia. Ses qualités athlétiques apparaissent précieuses pour la récupération et il a démontré des capacités techniques et une débauche d’énergie sources d’espoir. Cependant, il est difficile pour lui de progresser dans une équipe qui joue sur un schéma tactique encore mal maitrisé. Le mercato d’été aurait dû permettre à Garcia de recruter des joueurs compatibles avec ses principes. Les prochains matchs recouvriront un enjeu particulier puisque sans progrès dans l’animation tactique, l’expérience marseillaise de Garcia deviendrait son premier véritable échec.

La carrière de Rudi Garcia montre qu’il est un homme de projets, précieux lorsqu’il s’agit de construire les fondations d’un club ou de le faire progresser grâce à des résultats convaincants. Une chance pour un OM laissé en ruines après la présidence de Vincent Labrune. En revanche, son expérience phocéenne semble montrer qu’il est en panne d’idées tactiques. Le technicien va devoir se réinventer sans quoi sa collaboration avec l’OM prendrait des allures de deal perdant-perdant, avec un projet marseillais tué dans l’œuf et un Garcia définitivement discrédité. La claque reçue à Monaco doit impulser un changement de style. Leonardo Jardim, après sa cuisante défaite (6-1) contre Lyon en mai 2016, avait choisi de modifier le style de jeu de son équipe pour revigorer le projet monégasque. On connaît la suite, gageons que Garcia saura s’en inspirer. Pour que l’OM impulse enfin son projet, et pour que Garcia puisse continuer de faire du Garcia.

Crédit Photo : Paco photographie pour Footpack

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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  • Grand Stratéguerre

    Article assez juste sur les qualités et les limites de Rudi Garcia.

    Une remarque concernant Jardim cependant, ce n’est pas le 1-6 encaissé contre Lyon qui l’a incité à revoir le jeu de si équipe mais la pressiin mise par ses dirigeants lesquels lui ont permis d’accomplir ses objectifs en renforçant grandement l’équipe.

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