France – RFA 1990, la fin du complexe

06
septembre
2018

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Catégorie : Équipe de France

Deschamps-France-1990

Pour ceux qui ont vécu suffisamment d’étés pour se souvenir du foot joué avec des sous-shorts moulants et des coupes mulets, l’affiche France-Allemagne, qui se déroulera jeudi soir, a quelque chose d’incongru, un renversement des forces encore difficile à imaginer. Il faut dire que la Mannshaft a souvent botté les fesses de nos bleus par le passé et les rencontrer était synonyme de boule au ventre et angoisse existentielle à l’heure du coup d’envoi. Se retrouver dans la peau du champion du monde avec les teutons en outsider est une singularité que l’histoire du football français n’a que trop peu connu. En effet, vainqueurs à 4 reprises de la coupe Jules Rimet et 3 fois champions d’Europe, nos « voisins d’Outre-Rhin » disposent d’un palmarès que même notre deuxième étoile ne parvient pas à rendre jaloux…

Des gaulois réfractaires

Il fut pourtant une occasion où nos gaulois, dans des années de vaches maigres mais ce soir-là réfractaires à la défaite, firent plier des allemands qui deviendront malgré tout champions du monde 4 mois plus tard lors d’un tournoi pour lequel la France ne s’était pas qualifiée. En cette année 1990 non bissextile le dernier jour de Février tombait un 28 et toute la France du football s’était donnée rendez-vous le soir-même. Sans même payer ni avoir à retrouver le bouquet et canal du diffuseur, il n’y avait que 6 chaines à l’époque et le match était retransmis sur la 1ère d’entre elles.

L’inamovible duo Larqué-Roland aux commentaires était au faîte de sa renommée, prêt pour des « houlala ! », des « ils ne passeront pas leurs vacances ensembles » ou « il n’a pas fait le voyage pour rien » que seuls les plus de 30 ans ont vécu en live (les autres sont condamnés à du Margotton-Liza, disons plus…académique). Les bleus avaient le même maillot depuis l’année précédente et le garderont une saison encore (pas de « third » à cette époque). Un vrai défi aux règles d’esthétique, bleu avec des épaulettes blanches et 2 patches rouges entre les deux, Bruno Martini le gardien de Montpellier arborait quant à lui une tenue grisâtre peu reluisante.

Une génération perdue

Nos coqs étaient dans une période charnière, les années Hidalgo (76-84) s’étaient terminées avec le titre européen de 1984. Henri Michel, son successeur, avait connu la réussite en 1986 (3ème à la CM, victoire d’anthologie contre le Brésil) mais le départ des cadres vieillissants (Trésor, Bossis, Giresse, Rocheteau, Platini…) marquait la fin des illusions bleues. Certes, une génération talentueuse pointait son nez mais il lui faudrait du temps pour connaître à nouveau les joies du succès. Michel Platini, était intronisé sélectionneur à la suite d’un putsch organisé par l’omnipotent Claude Bez, président des Girondins de Bordeaux mais surtout auto-proclamé « intendant » de l’EDF, à l’encontre de H. Michel après un nul peu glorieux face à Chypre fin 1988. L’ancien numéro 10 des bleus s’appuyait sur une ossature marseillo-girondine avec un duo d’attaque détonnant : Jean-Pierre Papin et Eric Cantona.

Dans un duel de capitanat, Manuel Amoros, 28 ans, avait récupéré le brassard malgré l’insistance de Luis Fernandez. Deux « jeunes loups » faisaient également leurs premières armes en bleu, les milieux Didier Deschamps et Laurent Blanc … Face à eux les allemands, sur la voie de l’unification mais qui jouaient encore sous la bannière RFA, pouvaient compter sur des talents confirmés tels que Augenthaler, Brehme, Matthaus ou Klinsmann rompus aux luttes européennes des championnats majeurs, la Bundesliga et le calcio étant au-dessus du lot.

 

Tacle raté et coupe mulet

Les quelques 22000 spectateurs massés au stade de La Paillade peuvent, depuis, s’enorgueillir d’avoir assisté à ce match dont la première mi-temps fut équilibrée, marquée par des contacts que nous qualifierons de « virils»  mais qui, de nos jours, auraient sans doute valu à leurs auteurs (Boli, Moeller, Pardo) des sanctions immédiates. A la 39ème minute, Berthold le latéral germain déborda Di Meco qui, exceptionnellement, laissa passer l’homme ET le ballon, pour un centre en direction d’Andy Moeller lequel, libre de tout marquage au point de penalty, plaça le cuir dans la lucarne de Martini. Alors que l’on craignait un nouvel échec contre nos ennemis héréditaires, JPP parvint à ramener le score à égalité à la suite d’une superbe ouverture de Bernard Pardo et sa coupe mulet du plus bel effet, de longues mèches brunes lui chatouillaient les épaules !

 

pardo_france_1992

 

1-1 à la mi-temps, le score était encourageant pour des bleus en reconstruction. C’est alors que « Michele » Platini prit une décision qui marqua le football français pour la décennie à venir : il fit entrer Laurent Blanc, non pas au milieu comme lors de ses dernières capes, mais en défense centrale aux côtés de Basile Boli.

Un président défenseur

Le débat sur la position du montpelliérain battait son plein. L’intéressé désirant rester dans l’entre-jeu quand son président (Louis Nicollin) le voyait descendre d’un cran, chacun avait son idée. Les qualités techniques de « Lolo » étaient indéniables mais son manque de vélocité le bridait en « 8 » (ou « 10 »). Le sélectionneur coupa court à ce débat pour fixer Blanc au poste où il sera une référence quelques années plus tard. Néanmoins, les débuts ne furent pas complétement satisfaisants. Le « président » se rendit coupable de quelques approximations qui auraient pu couter le match aux français mais Martini sauva les siens à de multiples reprises. Mieux, les équipiers d’Amoros prirent l’avantage en fin de match par l’intermédiaire d’Eric Cantona. Le futur king d’Angleterre (82ème) revenait ainsi en grâce après s’être rendu coupable d’insulte envers Henri Michel (« c’est un sac à merde » !) 18 mois auparavant, ce qui lui causa une suspension d’un an.

 

Cantona-France-1990

 

Ce match marqua le début d’une série d’invincibilité de 23 ans, jusqu’au 7 février 2013 où les forces s’inversèrent (France 1-All 2), sans doute les teutons y virent un signe qui les motiva à récupérer un titre mondial qui leur échappait depuis….1990 !

 

Crédits photos : https://impromptuinc.wordpress.com

Auteur : Gilmon

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