France – Bulgarie 1993 : chronique d’une déroute nationale

16
novembre
2013

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Catégorie : Équipe de France

Pour les 20 ans de l’une des plus grandes désillusions du football français, APP revient avec vous sur cette triste soirée encore dans les mémoires.

Certains s’en souviennent encore comme si c’était hier. D’autres ne l’ont pas vécu. Le 17 novembre 1993, le Parc des Princes, plein à craquer, ne retient pas ses larmes : les Bleus sont éliminés par les Bulgares et ne pourront disputer la World Cup aux Etats-Unis. Pour les 20 ans de l’une des plus grandes désillusions du football français, APP revient avec vous sur cette triste soirée encore dans les mémoires.

1993, une année quasi noire pour le foot français

Certes, 1993 demeure dans les têtes de tous comme l’année du seul et unique titre de Ligue des Champions acquis par un club français, l’OM. Nonobstant, c’est vite occulter combien le foot français vit ses plus sombres heures après l’ère de Platini et du carré magique en sélection nationale.

D’abord, l’affaire OM-VA éclate et gangrène les jambes des joueurs français. Les révélations se succèdent et l’on assiste alors à une crise sans précédent : des joueurs de Valenciennes avouent avoir reçu des liquidités du club olympien pour favoriser un succès de l’OM en championnat. A l’époque, l’OM et le PSG se livrent une lutte acharnée pour le titre. Les rivalités entre les deux clubs ennemis de toujours sont à leur paroxysme. Même sur la scène européenne des clubs, ceux-ci font hisser le foot français vers son époque la plus romantique : la France passe 2ème  à l’indice UEFA des clubs et son championnat rivalise avec le Calcio, meilleure compétition nationale des années 1990.

Vraisemblablement, cette guerre des clubs parasitera le vestiaire des Bleus. En ballottage nettement favorable pour se qualifier pour la Coupe du Monde 1994 qui aura lieu aux States, la sélection de Gérard Houiller n’a besoin que d’un succès sur Israël pour composter son billet d’avion au début du mois d’octobre 1993. Mais, contre toute attente, le football des Bleus balbutie. Israël, alors classée dernière du groupe, remporte son premier succès des éliminatoires au Parc-des-Princes le 13 octobre. 2 buts encaissés dans les 10 dernières minutes parachèvent leur succès, un peu comme si le Malte ou le Luxembourg parvenaient à l’emporter au Stade de France aujourd’hui. Rendez-vous compte !

Hristo Stoïtchkov met la pression sur la sélection de Gérard Houiller

Cela étant dit, tout n’est pas perdu. Un nul au soir du 17 novembre 1993 suffira aux Bleus pour atteindre la phase finale de la Coupe du Monde. Déjà privée de l’avoir disputée en 1990, la sélection n’avait pas non plus su passer la phase de poules de l’Euro 92 qui a vu le Danemark s’imposer. Alors, pas de place au doute.

Une semaine avant la déroute, Hristo Stoïtchkov, futur Ballon d’Or, lui, ne doute pas non plus. Au magazine France Football, le magicien bulgare confie que « C’est la France qui a peur ». Battus 2 à 0 à Sofia en septembre 1992, les Bleus s’attendent a priori à un match compliqué. Effectivement. Mais, lui, est carrément persuadé que « le 17 novembre sera un jour très heureux pour moi et pour la Bulgarie ».

Les égos fissurent l’équipe, les Bleus pleurent leur football

Le match débute alors dans une tension palpable. Gérard Houiller aligne quasiment le même onze que face à l’Israël : Bernard LAMA – Marcel DESAILLY, Alain ROCHE, Laurent BLANC, Emmanuel PETIT – Paul LE GUEN, Didier DESCHAMPS, Franck SAUZEE, Reynald PEDROS – Eric CANTONA, Jean-Pierre PAPIN.

Pourtant, personne ne songe un instant que ce match résonnera comme l’une, si ce n’est la plus triste page de l’histoire du Football Français. Vu les noms alignés, on se dit quand même qu’il y a de quoi être rempli d’optimisme. La paire Cantona – Papin n’est pas exceptionnelle sous le maillot bleu, mais Canto, le King,  illumine l’Angleterre, il est au sommet de sa gloire avec Manchester United tandis que JPP auréolé du Ballon d’Or sous les couleurs de l’OM s’impose sous celles du grand Milan AC de l’époque.

A la 32ème minute de la rencontre, les deux compères s’illustrent. Deschamps centre dans la surface sur la tête de Papin qui dévie sur Cantona. Ce dernier envoie un missile qui brasse la défense en yaourt des Bulgares sur cette action. La France mène 1 à 0 et c’est cher payé car on a l’impression que les Bleus jouent davantage pour ne pas perdre que pour gagner à ce moment du match.

Pas plus de cinq minutes plus tard, Emil Kostadinov reprend de la tête un centre sur corner. Lama devait sans doute avoir la tête dans un tramway bordelais…il ne bouge pas et ne peut qu’accompagner du regard le ballon qui se loge au fond des filets.

Le match est crispé. Le jeu est haché. Comme à l’aller, les fautes se succèdent sur la pelouse du Parc. Et les Bleus ne parviennent pas à prendre l’ascendant de la maîtrise du ballon.

Pour les 20 ans de l’une des plus grandes désillusions du football français, APP revient avec vous sur cette triste soirée encore dans les mémoires.On ne le sait pas encore mais, David Ginola, alors considéré comme l’un des meilleurs centreurs du football mondial, a créé une fissure dans la bulle de Clairefontaine quelques jours auparavant. Au journal L’Equipe, il se permet de fustiger ses rivaux en équipe nationale, attisant les querelles entre Marseillais et Parisiens. Son égo ne supporte guère de cirer les bancs. Mais Gérard Houiller le lance tout de même dans le match : Ginola entre en jeu à la 68ème minute à la place de JPP. Nous sommes dans les ultimes secondes du temps réglementaire, les Bleus tiennent leur qualification. Esseulé sur le flanc droit, près du poteau de corner adverse, El Magnifico délivre un centre. Trop imprécise, la trajectoire du ballon ne trouve personne. Et à bien regarder les images, on a du mal à comprendre un tel manque d’application. Le cuir est récupéré par la défense bulgare qui amorce une contre-attaque fatale : Penev ajuste une passe aérienne en profondeur qui envoie Roche aux fraises et lance Kostadinov. Laurent Blanc a beau revenir comme un acharné pour contrer le tir mais la mine est partie ! Dans un angle un peu fermé, le ballon fonce dans la lucarne aidé par l’intérieur de la barre transversale. La France est éliminée !

Bien que Gérard Houiller parlera de « crime contre la cohésion et l’esprit d’équipe » de la part de Ginola, il sera démis de ses fonctions le lendemain cédant sa place à son adjoint Aimé Jacquet. Les journaux font pleuvoir les critiques : pourquoi avec un tel arsenal offensif (Djorkaeff, Zidane, Martins sur le banc) Houiller s’est-il tactiquement entêté à déployer un jeu si défensif ?

On pourra néanmoins se consoler du parcours des Bulgares de Hristo Stoïtchkov et des Suédois de Tomas Brolin qui termineront respectivement 4ème et 3ème du mondial 1994. Sûr que ce groupe 6 des éliminatoires était sacrément relevé.

Si ce jour noir reste une cicatrice du foot français, 20 ans après, force est de constater que la sélection des Bleus disputera toutes les phases finales des compétitions internationales depuis celui-ci. On peut même dresser l’hypothèse qu’il a servi de prise de conscience pour la formation d’un groupe et d’un collectif qui hissera les Bleus aux succès de 1998 et de 2000, l’âge d’or de la sélection tricolore. En définitive, ce triste épisode nous ouvre les yeux sur la primauté de l’intérêt collectif aux dépens des intérêts individualistes et médiatiques des égos d’une équipe. Parce que Didier Deschamps s’en souvient encore, gageons qu’il saura délivrer ces messages d’humilité essentiels pour que nos Bleus ne répètent pas l’histoire contre l’Ukraine et puissent s’envoler conquérir, cette fois-ci et 20 ans plus tard, l’Amérique.

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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