France 98: virage(s) raté(s)?

07
juin
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

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La Coupe du Monde 98 organisée en France reste pour tous les français un immense souvenir de joie et d’ivresse collective, aussi savoureux qu’ils se font rares à l’échelle d’une vie. L’organisation ne fût elle néanmoins pas sans accrocs entre affrontements opposants des supporters à des policiers, ou une cérémonie d’ouverture ratée (sur un sujet beaucoup plus léger). Il y a également un point que la France a longtemps trainé, jusqu’à l’Euro 2016, comme un fardeau : la rénovation de ses stades.

 

De 1998 à 2016: des stades vieillissants

L’Euro 2016 organisé dans l’hexagone a permis d’exhiber à l’Europe entière la panoplie de nouvelles enceintes rutilantes répondants aux standards actuels. 4 stades avaient été construits (presque) pour l’occasion (le stade Pierre-Mauroy, le Grand stade de Lyon, l’Allianz Riviera Arena de Nice et le Matmut Atlantique Stadium de Bordeaux), tandis que deux autres avaient connus des transformations non négligeables (le Vélodrome et Geoffroy-Guichard). La France avait su profiter de l’occasion pour moderniser ces stades, chose qu’elle n’avait pas faite 18 ans auparavant, lors de la Coupe du Monde 98.

Au début des années 2000, commence en effet à se répandre publiquement le fait que la France avait « raté le coche » de transformation de ses enceintes, souffrant notamment de la comparaison avec le voisin allemand qui a su se servir de l’organisation de la Coupe du Monde 2006 comme un accélérateur de projets de modernisation. Ce constat figurait même en première partie du rapport de 2008 de la commission Euro 2016[1], intitulée « la France accuse aujourd’hui un incontestable retard dans le processus de modernisation de ses grands stades qui constitue un handicap pour le développement du sport professionnel ». Il n’est pas ici question de débattre du bien fondé de la modernisation des stades, mais de comprendre pourquoi la France a accusé du retard sur ce modèle, qu’il soit bon ou mauvais.

Les raisons faisant dire aux observateurs que la France n’a pas été à la hauteur en 1998 au niveau de la rénovation de ses stades, sont multiples. Tout d’abord, vient la configuration des enceintes, toutes « traditionnelles », à l’exception du Parc des Princes et du Stade de France pouvant accueillir d’autres types d’événements. Ensuite, une grande partie de ces stades appartenaient à des collectivités locales, traduisant une implication des pouvoirs publics très forte[2]. Le rapport de la commission Euro 2016 soulignait également la trop faible part de sièges « à prestations » disponibles, c’est à dire permettant de générer des revenus supplémentaires : seulement 4% en France, contre une moyenne de 8 à 12% dans le reste de l’Europe, freinant l’augmentation des recettes des clubs. La capacité était également mise en avant, point encore plus discutable lorsque l’on voit les difficultés qu’ont les clubs à remplir leurs tribunes.

Les choix et le temps: les coupables parfaits?

Voilà pour ce qui est des constats dressés avant les actions entreprises dans la perspective de l’Euro 2016. Et à regarder de plus près, il est vrai que les stades hôtes de 1998 n’avaient été que partiellement rénovés par rapport à ce que certains ont connu pour 2016. Il est d’ailleurs intéressant de noter que certains stades ayant subi des travaux en 1998 l’ont également été en 2016, notamment le stade Bollaert et Geoffroy-Guichard, signe des rénovations a minima qui avaient été faites à la fin du siècle dernier. Rappelons que le stade du RC Lens a été « immobilisé » pendant un an en vue du dernier championnat d’Europe des nations.

À qui, ou à quoi, peuvent être imputés la mauvaise gestion des enveloppes consacrées à la rénovation des stades en amont du Mondial 98 ? La Cour des Comptes apporte quelques éléments de réponse à cette question[3]. Sont pointées du doigt les « contraintes de temps imposées » ayant entrainé des « conséquences fâcheuses sur le déroulement des opérations ». Les villes organisatrices n’ont en effet été connues que 2 ans après l’annonce de la victoire de la candidature française, soit à la fin 1994, et 7 des conventions entre les villes hôtes et l’Etat n’ont été signées qu’en juin 1996. Le rapport précise que les travaux ont été « programmés et réalisés sous le signe de l’urgence ». Le Vélodrome, qui devait accueillir le tirage des poules en décembre 1997, a été encore davantage touché par ces dysfonctionnements. Se sont également ajoutées des longueurs dans les choix des options retenues, notamment à Lyon et à Lens. Enfin, la FIFA a visiblement fait part de certaines de ses exigences concernant la sécurité tardivement, chamboulant encore un peu plus les travaux.

Il y a vraisemblablement eu de très fortes contraintes de calendrier, dont on ne sait trop à qui il serait possible de les reprocher. Elles ne sont néanmoins pas les uniques fautives, et les choix opérés par les organisateurs sont également critiqués par certains. En effet, l’enveloppe devant financer la rénovation et la construction des stades, aurait été utilisée au deux tiers pour la seule construction du Stade de France[4]. Ainsi, les autres projets ont été réalisés a minima, ne pouvant bénéficier des crédits nécessaires à une réhabilitation plus ambitieuse. Ce choix stratégique peut tout à fait être discutable, tant les efforts consentis en 2016 ont été importants, notamment pour rattraper ce retard accumulé. D’autant plus que les français ont pendant longtemps montré un certain désamour vis à vis du Stade de France, jugé froid, impersonnel et mal conçu. Cela valait-il la peine de « sacrifier » les 9 autres stades ?

Pourtant, la candidature de la France en 1998 aurait-elle été retenue sans ce grand stade ? Le pénalty de Di Bagio aurait-il frappé la barre ? Lilian Thuram aurait-il inscrit ses deux seuls buts internationaux ? Zinédine Zidane serait-il devenu le Dieu vivant qu’il est aujourd’hui ? Nul ne le sait. La France n’a peut être pas construit assez de loges en 1998, mais a préféré ériger une enceinte permettant de rassembler le plus grand nombre, où s’est déroulée ce qui est encore à ce jour la plus belle soirée de l’Histoire du foot français.

[1] « Grands stades », Rapport de la commission Euro 2016, 2008

[2] Guillot J-B « Les outils juridiques mis à la disposition des clubs de football professionnel français afin d’optimiser leur compétitivité », Rapport au Ministère de la Jeunesse des Sports et de la Vie Associative, 2005

[3] « L’organisation de la Coupe du Monde 1998 », la Cour des Comptes, 2000

[4] « La modernisation des stades de football en France. Proposition d’une analyse des logiques d’acteurs à l’œuvre au sein d’un processus de traduction », V.Millereux, N.Cicut, S.Montchaud, 2015

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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