Football, politique, économie : Bordel à l’ukrainienne (3/3)

28
août
2013

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Catégorie : Dossiers

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Si le système Akhmetov est implacable, tout le monde n’a pas abdiqué sur la terre de la défunte Révolution orange. Petit tour de table des opposants au Shaktar Donetsk.

Dynamo Kiev : Monument en péril

LE club historique ukrainien n’est pas encore mort. En témoigne son recrutement haut de gamme que peu de clubs français auraient pu se permettre. Belhanda, Trémoulinas, Lens, M’bokani et Dragovic(défenseur serbe en provenance du FC Bale) sont venus renforcer une équipe déjà dotée de Yarmolenko, Miguel Veloso, Gusiev, Khacheridi,Danilo Silva… Leur mission est de changer la face d’un Dynamo ennuyeux depuis quelques années. Tout cela sous l’égide d’Oleg Blokhine, revenu en cours de saison dernière à la maison mère en tant que coach et qui depuis essaye d’appliquer les bonnes vieilles recettes sous lesquelles il jouait avec Lobanovski. Le football total à la sauce soviétique pour résumer grossièrement. Tous les observateurs sont enthousiastes sur la direction prise depuis maintenant 6 mois par l’ancien ballon d’or mais les résultats tardent à venir. L’an dernier, il n’a pas assez redressé la situation passant juste à coté de la Champion’s League (3éme) et déjà deux défaites ont été concédées cette saison.

2 défaites, c’était le nombre final de défaite l’an dernier pour le Shaktar. Ils n’en concéderont sans doute pas beaucoup plus en 2013/14 et tout le monde sait pourquoi (voir 2/3).  Le club de la capitale, peut d’ailleurs toujours se permettre d’adresser des piques sur la corruption à moitié voilées à son homologue de l’Est comme cette vidéo postée sur le site officiel après la défaite à la Dombass Arena qui s’appelle « Arbitrez vous-même » (attentat sur Yarmolenko à 2’30 qui vaut le coup d’oeil). Ou encore l’article rédigé sur ce même site qui plaçait notamment cette petite phrase innocemment : « En champion’s league, le Shaktar ne pourra compter que sur lui-même. L’arbitre ne les aidera pas. » La C1 justement, il faudra cravacher pour l’accrocher s’ils ne veulent pas avoir la même mauvaise surprise que l’an dernier.

Metalist Kharkiv : le troisième homme

En effet, Kharkiv a chipé la seconde place au Dynamo à l’issu de la saison 2012/13. Ce qui aurait du être pour eux une première se transforme en véritable camouflet suite aux révélations sur un match arrangé joué il y a plus de cinq ans et qui leur vaut une exclusion pure et simple de toute compétitions européennes. Cette histoire étonne beaucoup sur place, tout d’abord, pourquoi s’attaquer uniquement à ce match lorsque l’on sait ce que l’on sait ? Ensuite pourquoi le faire aujourd’hui alors que le club semble se stabiliser tout là-haut, très proche du Shaktar et avec d’énormes moyens financiers ? Chacun y va de son hypothèse : ce serait Surkis (le président du Dynamo) qui aurait usé de son influence à l’UEFA pour faire redescendre ce dangereux nouveau larron sur terre ou pourquoi pas Akhmetov (président de Donetsk) mécontent du rachat du club l’an dernier par une compagnie pétrolière très proche du pouvoir.

Ha, le pouvoir justement ! Le Metalist est désormais considéré comme le club du Président de la nation, Ianoukovitch. Ce même Ianoukovitch qui était vu comme un larbin du patron de Donestk s’est indépendantisé et est devenu très riche et puissant. On parle maintenant de « Famille Ianoukovitch » comme l’on parle d’un nouveau clan. Le nouveau boss du club de Kharkiv(Oleksandr Yaroslavsky) aurait été mis en place par cette famille. Il en porte les stigmates en tout cas.  Un russophone en principe prodigieusement éduqué (il n’a que 27 ans et de hautes responsabilités) mais qui s’exprime comme un villageois et a des manières d’ours sauvage. Le portrait craché de la tête de l’état en Ukraine.

Sur le terrain c’est loin d’être dégueu, une équipe à forte consonance argentino-brésilienne (Cristaldo, Edmar, Alejandro Gomez, Azevedo..) coachée par un vieux routier du championnat local, Myron Markevich. Reste à voir s’ils survivront à cette affaire de corruption.

Dnipro Dnipropetrovsk, le bon élève impuissant

Comme toute chose de valeur en ex-URSS, le Dnipro Dnipropetrovsk est bien sur la propriété d’un riche oligarque. Celui-ci se nomme Igor Kolomoyski et est politiquement plutôt à l’opposée des hommes au pouvoir. Possédant la première banque du pays (Privat Bank), il est intouchable. Personne ne peut vraiment le mettre sous pression tant son influence sur le système bancaire est importance. Cette relative tranquillité se reflète sur son club. Si le budget est très important, on ne fait pas n’importe quoi ici.

L’équipe est d’abord composée d’ukrainiens et on essaye de faire sortir le maximum de jeunes du centre de formation. Comme l’explosif Konoplyanka par exemple, suivi durant cette intersaison par Liverpool. Lorsque l’on recrute étranger et spécialement sud américain c’est ciblé et à prix raisonnable. Giulano, Matheus et Douglas sont les trois seuls sud-américains (brésiliens) de l’effectif. Chose assez rare en Ukraine pour être soulignée.  Pour compléter l’équipe, on préfère plutôt s’appuyer sur des joueurs d’Europe de l’Est (Croatie, Roumanie, Géorgie…).

En fait, la grosse folie faite par le club du Dnipro est leur coach : Juande Ramos. Un gars quand même passé par le Real, Séville ou Tottenham. Il fêtera en Octobre ses 3 ans de présence sur le banc en Premier Liga. Arrivé dans l’optique d’une politique à long terme, on ne lui a toujours pas retiré les clés du camion malgré des résultats assez moyens finalement sous son ère.

Une stratégie qui pourrait s’avérer payante dans un climat assaini. Autant dire, pas demain la veille. A moins que…

A l’heure où nous clôturions cet article, le Shaktar venait juste de s’incliner dans les règles sur la pelouse du Dnipro(3/1). Une lueur d’espoir à nuancer avec l’arbitrage tendancieux dont a encore été victime le Dynamo alors qu’il luttait contre un club « дочки »( Zaporojie) ce week-end. Le Metalist de son coté profitait de la chute du tout puissant des mines pour s’emparer de la première place nullement dérangé sur la scène nationale d’avoir été reconnu coupable de corruption.  Tellement d’ingrédients sont déjà présents en Ukraine pour servir un football savoureux. La ferveur, les rivalités et l’histoire sont déjà bien vivaces et si on les additionne à l’argent qui semble couler à flot, on obtient un cocktail détonnant. Le problème c’est le goût amer qui reste dans la bouche. Celui qui rappelle que le seul ingrédient manquant à la recette finalement, ça reste un zeste d’honnêteté. 

Auteur : Mourad Aerts

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot et de ce qu'il représente partout dans le monde

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