Football & cheveux longs : Mario Kempes

11
décembre
2017

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Catégorie : Am. Sud

11- mario kempes

Avant la véritable consécration de 86′ et l’apogée de Diego ‘El Pibe’ Maradona, l’Albiceleste a connu sa première heure de gloire internationale lors de la Coupe du Monde 78′. Alors que l’Argentine connaissait ses heures les plus sombres de son Histoire, la victoire de César Luis Menotti en 78′ prouve que le football ne peut être apolitique. Mario Kempes est alors le symbole de cette Argentine victorieuse mais à jamais heurtée par un régime sanguinaire.

Le gamin de Bell Ville

Située entre Rosario et Córdoba, cette petite ville de la pampa argentine voit naître à l’été 54′ celui qui deviendra un idole du peuple. Le football argentin se développe plus rapidement du côté de Buenos Aires avec River Plate et Boca Juniors. Cependant c’est à l’Instituto Atlético Central Córdoba que le jeune Mario fera ses gammes. Il délaisse alors sa pampa natale pour les douces pentes des sierras centrales. A l’aube des années 70′ il débute une carrière professionnelle alors que le Cordobazo, mouvement protestataire populaire, embrase la ville de Córdoba. Montrant de belles prédispositions pour le football à tout juste vingt ans, le futur ‘Matador’ quitte la cité jésuite et sa Plaza San Martin pour Rosario et ses docks.

Rosario, sanctuaire du football

C’est dans la ville natale d’un certain Marcelo Bielsa que Mario Kempes va s’affirmer comme un véritable goleador. Et ce malgré qu’il ne remportera aucun titre avec le Club Atlético Rosario. Il passera deux ans et demi à enfiler les buts. Il s’envolera pour la RFA avec l’Albiceleste en 74′ pour disputer sa première Coupe du Monde qui restera cependant un échec. A Rosario il va faire la connaissance de Ricardo De León qui le marquera considérablement et qu’il considèrera comme le meilleur entraîneur qu’il ait pu avoir dans sa carrière (1). Bien que l’expérience soit courte, elle est très enrichissante et permet sans doute à Mario Kempes t’étoffer son style et son intelligence de jeu. Par la suite, l’instabilité politique n’allant que crescendo depuis la mort du General Perón, la junte argentine prend le pouvoir par un coup d’Etat en mars 76′. Mario Kempes rejoint le Valencia Club de Fútbol et fuit les atrocités de la “guerre sale”.

 

mariokempes

 

L’exil espagnol

Le climat de Valence est similaire à celui qu’il pouvait connaître dans sa pampa natale. Son intégration est immédiate. Ses deux premières saisons sont idylliques dans une Liga qui peine encore à se développer. Ses cheveux au vent et son aisance technique ne peut que faire penser à un autre joueur venu tenter le pari espagnol quelques années plutôt en Espagne également, mais du côté du Fútbol Club Barcelona. Son aura auprès du public valencian en fait rapidement une véritable idole. Symbole de son adaptation réussie, il termine deux fois de suite pichichi lors de ses deux premières saisons sous le maillot du club Che. Il est alors impensable pour César Luis Menotti de se passer d’un tel joueur pour la Coupe du Monde 78′.

Alors que la junte argentine a tout fait pour garder l’organisation de « son mondial », elle souhaite que l’équipe nationale soit exclusivement constituée de joueurs évoluant dans le championnat domestique. Toutefois le sélectionneur argentin parviendra à convoquer Mario Kempes et en fera un symbole pour un peuple qui ne demandait que la libération. La suite c’est Yannis qui la raconte avec une passion toujours aussi poétique :

« Dans l’imaginaire collectif, l’image impérissable de Mario Kempes est celle de son doublé en finale du mondial 1978 en Argentine. Qui n’a pas en mémoire ces images du Matador, au milieu des papelitos jonchant la pelouse de l’Estadio Monumental de Buenos Aires, propulsant à deux reprises la balle au fond des filets hollandais pour offrir à son pays son premier sacre mondial. En pleine époque de révolutions libertaires, son physique et son look atypique ont marqué à jamais les esprits et l’histoire du sport roi. Ses exploits sur le terrain sont un mélange de boue, de sueur et de larmes. L’essence même du foot. Mario Kempes est l’icône d’une époque où football rimait encore avec romantisme et poésie. “El Matador” était un redoutable et froid finisseur, au pied gauche d’une adresse diabolique, fin techniquement et d’une vivacité folle. En évoquant Mario Kempes, on ne peut s’empêcher de l’imaginer crinière au vent, affolant les défenses sur un air de tango du célèbre compositeur Astor Piazzolla. Comme les mouvements du Matador, le tango est cette danse mélancolique, grave, acerbe, qui raconte les déboires que le destin inflige, exprime le mal de vivre et chante ce qui est perdu à jamais. Kempes n’abandonnera son numéro 10 en sélection qu’à un certain Diego Maradona, qui dira d’ailleurs de lui : “Nous lui sommes tous très reconnaissants pour ce qu’il a fait en 1978, mais nous ne lui avons jamais vraiment dit merci. Il était le buteur et l’âme de l’Albiceleste.” Sans doute comme le tango est la quintessence de l’âme argentine. »

(1) 1976, La Révolution violette, Jérôme Lecigne – Lucarne Opposée Magazine n°1

Illustration – Galih Satrio | Photo – OldFootballPictures

Auteur : Leo Dellier

La passion a débuté au stade Léon Bollée, elle demeure intacte aujourd'hui.

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