Faustine Robert (EAG) : « Franchement, je ne leur souhaite pas de jouer là-dessus ! »

31
octobre
2014

Auteur :

Catégorie : Football féminin / Interviews

En exclu sur Au Premier Poteau, retrouvez notre entrevue avec Faustine Robert (20 ans), joueuse de D1 Féminine de l’En Avant Guingamp à quelques jours de MHSC / EAG, l’autre affiche de la 8ème journée de D1 Féminine.

21. C’est déjà le nombre de sélections atteint par Faustine en équipe de France chez les jeunes. Cette attaquante a fait partie du groupe des jeunes Françaises championnes d’Europe au Pays-de-Galles en 2013 de la catégorie U19 et médaillées de bronze à la Coupe du Monde féminine U20 cet été 2014 au Canada.

7 : c’est le nombre de buts que Faustine a inscrit en sélection. Aussi douée pour provoquer de vitesse ses opposantes que pour distribuer des assists, elle est également une bonne finisseuse d’action grâce à son remarquable sens de placement.

En vue de l’affiche déterminante qui oppose Montpellier HSC à l’En Avant Guingamp en D1 Féminine, ce dimanche 2 novembre à 13h30, entre les 4èmes qui souhaitent conserver leur place dans le quatuor de tête et les 5èmes qui rêvent de remettre en question cette hiérarchie, Faustine nous a accordés un sacré privilège en échangeant une demi-heure avec nous.

Beaucoup de sujets ont été balayés et la jeune joueuse s’est littéralement prise au jeu des confidences et opinions que ce soit dans l’écart de niveau entre sélections et D1F ou que ce soit sur les terrains synthétiques qu’elle a connus au Canada lors du dernier mondial, terrains censés être utilisés pour le Mondial 2015.

Un vrai moment de plaisir, sans ambages, dans lequel Faustine nous fait état de tout son franc-parler, de sa gentillesse, et que nous avons l’immense plaisir de vous faire partager !

Photo EAG Faustine Robert

 

Un parcours dans le foot dès l’âge de 5 ans

Au Premier Poteau: “Bonjour Faustine ! D’abord permets-nous de te remercier de nous consacrer quelques instants à cette interview pour Au Premier Poteau et ses lecteurs !

Faustine Robert : De rien, c’est avec grand plaisir.

Te fais-tu toujours poursuivre par les cameramen ?

C’est vrai qu’on m’a vachement charrié dessus pendant un moment ! Même après la Coupe du Monde ! C’est vrai qu’on n’a pas eu beaucoup de matches TV non plus ces derniers temps, on a juste eu le PSG. Enfin, je pense que ça m’arrivera plus hein !  [ndlr : au retour des vestiaires à la mi-temps de France / Paraguay à la Coupe du Monde U20 Féminine, Faustine ne se rendait pas compte que son visage était filmé par la caméra et a eu un moment de surprise avant d’esquisser un large sourire lorsqu’elle s’est aperçue que le caméraman la suivait]

Est-ce que tu serais d’accord pour nous présenter un petit peu ton parcours dans le milieu du football?

Oui il n’y a pas de souci ! J’ai commencé très tôt dans ce milieu donc, à l’âge de 5 ans, au  Stade Balarucois, d’où je viens.

Oui, Balaruc… dans l’Hérault ?

Oui, c’est bien ça.

Ok !

Puis, après, je suis partie jouer au FC Sète, avant d’intégrer le club du Montpellier Hérault. Où j’ai évolué pas mal d’années aux côtés de Nicolas [ndlr: Delépine] et de Sarah [ndlr: M’Barek]. Et ça fait maintenant un an que j’ai intégré l’En Avant Guingamp.

D’accord. Oui, on avait suivi un petit peu ça, tu avais fait une interview sur « Foot d’Elles »…

Oui.

Il y avait pas mal de compléments là-dessus…

Oui.

La Coupe du Monde U20 féminine 2014 au Canada

Et la Coupe du Monde alors, cet été, (ndlr : Coupe du Monde U20 féminine au Canada en août 2014) avec l’équipe de France…Bon, ce n’était pas ta première compétition internationale chez les jeunes…

Non. C’est vrai.

« On avait conscience qu’on pouvait l’avoir cette coupe du monde »

.

…Vous êtes allées quand même, pour la 1ère fois en U20 féminine, jusqu’en 3ème position du Mondial. Qu’est-ce que ça t’a laissé comme sentiment ce parcours ? Est-ce que c’était plus de la déception…?

Oui, ça nous a laissé beaucoup de sentiments. Enfin, pour ma part en tout cas. Parce que ça m’a tellement laissé l’impression d’avoir fait quand même quelque chose de grand. Parce que c’est pas donné à tout le monde d’être sur le podium à la Coupe du Monde. Après, malgré ce sentiment d’avoir fait quelque chose de grand, on a quand même la grosse déception de l’Allemagne qu’on n’arrive pas à accepter et qu’on n’arrive surtout pas à passer au dessus ! (ndlr : les Bleuettes avaient battu les allemandes en demi-finale de l’Euro 2013 U19, cette fois elles se sont inclinées au même stade de la compétition devant elles à la Coupe du Monde U20)

Parce qu’on sait très bien qu’on ne méritait pas ça. On ne peut s’en vouloir qu’à nous-mêmes parce qu’on a été en manque de réalisme, nous avons eu les occasions et malheureusement on n’a pas su concrétiser ! On avait conscience qu’on pouvait l’avoir cette coupe du monde mais c’est comme ça, faut qu’on se relève et qu’on avance en s’aidant de tout ça.

Nous avons aussi le sentiment d’avoir grandi, d’avoir pris en expérience, même si c’est pas beaucoup, parce qu’on est jeune et que ça reste une petite expérience. Mais on se sent grandies parce que, nous avons réussi à relever la tête après cette défaite ! En demi !  En sachant que, pour nous, enfin pour moi, pour ma part, je ne voulais que la médaille d’or et rien d’autre ! Donc, c’est vrai que c’est dur de relever la tête et de se dire qu’on a eu le bronze derrière, mais bon je préfère avoir ça que rien, comme je vous l’ai dit, il fallait qu’on relève la tête et qu’on s’aide de nos erreurs.

Mais vous avez fait quand même un parcours hyper intéressant !

Ah oui c’est sur, on peut être fières de nous!

…Vous avez fait même mieux que vos aînées [4ème du mondial U20F en 2008], c’est quand même super !

C’est sûr ! C’est sûr que c’est su-per ! Malgré cette déception, on est quand même fières du groupe et de ce qu’on a fait. Mais voilà, c’est vrai que quand on est compétitrice, surtout quand on a vécu ce que c’était de gagner une compétition comme la Coupe d’Europe, ben c’est vrai qu’on a envie de vivre la même chose !

.

Oui…carrément !

C’est vrai que c’est vraiment dur d’arriver à passer au dessus… forcement que l’on n’aime pas perdre, c’est très frustrant.

 

«Nous avions toutes notre petit signe à faire quand on marquait. C’était un peu, pour nous, le moment de faire passer un petit message »

 

Et parlons de toi. Tu as marqué pendant les phases de poule : un but contre le Costa Rica, un doublé contre le Paraguay,…

Oui…

Cela partait plutôt bien quand même?

Oui oui ! C’est sûr que l’on ne peut qu’être fière de soi quand on marque ou que nous sommes décisives tout simplement! Après, c’est vrai que, quand on est loin, dans une compétition, et que l’on marque, c’est vrai que c’est un peu le moment pour faire passer un p’tit message à la famille. Parce que c’est vrai que, si on regarde les buts, que ce soit Claire [ndlr : Claire Lavogez – MHSC], elle faisait un signe pour ses parents, moi c’était plus pour mon copain, et ma famille.

.

M-hm…

C’est vrai que nous avions toutes notre petit signe à faire quand on marquait. C’était un peu, pour nous, le moment de faire passer un petit message.

C’était sympa en tout cas. On sentait une belle ambiance dans votre groupe !

Oui, c’est vrai que, de toute façon , on savait pourquoi on était venues, on savait surtout que si on y allait avec un groupe qui ne s’entendait pas et qui n’arrivait pas à communiquer, à se dire les choses réellement, ben ça on le savait très bien qu’on y arriverait pas!

 

De Montpellier à Guingamp…

Bon, alors je ne te fais pas trop de transition. Je te ramène à la D1 féminine, si tu veux bien ?

Oui.

Et alors là, c’est plus pour parler de ton « transfert » qui s’est déroulé l’an dernier pour que tu partes de Montpellier à Guingamp. Alors, comment ça s’était passé pour toi, ce changement là, à cette période-là ?

C’est vrai qu’ça a été dur au début. Parce que moi je voulais rester ici. Puis après, c’était peut-être pas forcément le choix de Montpellier. Ils avaient peut-être un autre point de vue où ils voulaient me garder je sais pas, mais moi je me sentais bien ici j’ai des accroches ici maintenant donc je ne voulais pas partir ! Malgré le fait que ça soit loin de la famille!

« Sarah sait bien (…) qu’il faut y aller petit à petit, elle sait ce qu’elle fait après donc j’écoute ce qu’elle me dit »

.

Tu as quand même jouées 20 rencontres l’an dernier, 5 buts, pour ta 1ère saison « pleine », on va dire en D1 féminine !

Oui, c’était une satisfaction hein. Après, on peut toujours mieux faire. Donc c’est vrai qu’on a toujours envie de faire plus! Mais après c’est vrai que c’était bien. C’est vrai que cette année, j’ai un début de saison compliqué, enfin compliqué, pas non plus compliqué, parce que Sarah avait décidé de nous laisser au repos après la Coupe du Monde.

Sarah voulait nous gérer en revenant de la coupe du monde, c’était sont choix mais elle a eu raison!

C’est vrai que ça fait quelques matchs que j’ai des petites douleurs aux adducteurs. Du coup, j’ai eu des petits arrêts. Mais, là ça y est, j’ai repris avec le groupe, j’ai repris les entraînements…pour Montpellier, ça sera bon.

Bon, super ! Donc, c’est pour ça, qu’on t’a un petit peu moins vue, subitement…?

Oui…

OK…

Oui. Après voilà, ils ne voulaient pas non plus me faire reprendre trop rapidement, parce que ben ils savaient qu’avec la Coupe du Monde…Ça fait quand même 2 ans d’affilée qu’on n’a pas de vacances. Parce qu’on a quand même enchaîné l’été dernier et cet été. Du coup c’est vrai que je n’ai pas d’arrêt depuis deux ans. Donc du coup, Sarah sait bien, elle sait me gérer, elle sait bien qu’il faut y aller petit à petit, elle sait ce qu’elle fait après donc j’écoute ce qu’elle me dit.

Tu as une relation particulière avec Sarah, tu la connais depuis Montpellier…

Oui oui, c’est vrai que c’est pas pareil. Après, elle sait garder la distance, enfin même moi hein, je sais que c’est ma coach et je suis au même niveau que tout le monde. Pour moi, y’a pas de « Je suis au dessus parce que je la connais » ! Même elle, de toute façon, je pense qu’elle sera toujours plus dure avec nous ! Et après, c’est vrai que j’ai une relation particulière parce que je la connais depuis des années elle m’a formée avec Nicolas pendant toutes mes années à Montpellier.

bleuttes de EAG avec Faustine Robert photo Ouest France

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Et alors là tu te retrouves avec Griedge [Mbock Bathy], Aminata [Diallo], Marine [Dafeur], Charlène [Gorce], Margaux [Bueno], Clarisse [Le Bihan]…Ça fait quand même un sacré paquet de joueuses qui étaient avec toi cet été au Canada. Du coup, qu’est-ce que ça fait de se retrouver avec ce contingent au même club à Guingamp?

Franchement ? Ça fait pas grand-chose. C’est vrai qu’au début, on pourrait le croire mais je trouve pas. On s’entend toutes bien y’a pas de souci entre nous mais comme tout le monde j’ai plus d’affinités avec certaines comme Griedge, Marine, Ami etc.

Après comme je vous ai dit on a un bon groupe on s’entend toutes bien… C’est vrai que Sarah nous demande aussi d’oublier la sélection quand on revient en club ce qui est normal.

Ah oui… d’ appréhender le…

…parce que c’est vrai que, quand on revient de sélection, souvent on a tendance à reprendre nos habitudes qu’on a dans les compétitions ! Comme l’an dernier, avec le Swansea City Gang [ndlr : surnom que s’était donné le groupe des filles de l’équipe de France féminine U19 à l’Euro 2013 du Pays de Galles] pendant un mois on avait nos petites habitudes avec ça, on faisait des voix de «thugs» comme on disait.

… Des voix de quoi ?

De « thugs » ! c’était notre période où l’on faisait les « thugs » [ndlr : signifie « voyou », « dur » littéralement]. C’était là où était parti le Swansea City Gang, en fait. Et, du coup, quand nous sommes arrivées à Guingamp, ben c’est vrai qu’on avait encore tendance à refaire tout ça comme en sélection.

Oui, oui…

Du coup, ici, personne ne comprenait. Personne ne comprenait pourquoi on était mortes de rire, et c’est vrai que Sarah avait demandé d’arrêter. Pour elle, il y a la sélection, et puis après il y a le club et il faut tout oublier. Donc c’est vrai qu’on a pris quand même une petite engueulade par rapport à tout ça [sourire].

Une différence de niveau entre sélection nationale et D1 Féminine ?

D’accord. Et, alors du coup maintenant que tu peux comparer un petit peu, est-ce que tu trouves que la marche de niveau est élevée entre les compétitions féminines internationales chez les jeunes et la D1 féminine ?

Pour moi, y’a quand même un niveau supérieur techniquement…

… En D1 ?

Non, en sélection jeunes, enfin internationales. Parce que c’est vrai que malgré le fait qu’on soit plus jeunes et qu’on ait moins d’expérience que certaines en D1, c’est quand même les meilleures joueuses de chaque pays et la plupart de toutes ces filles évoluent aussi dans une D1.

« Sur des petites choses, on va quand même être au dessus en sélection. Après en U20, c’est jeune, c’est pas non plus une très, très grande marge »

.

Pour moi c’est fort techniquement. Mais nous l’étions aussi ! La seule chose où elles étaient sûrement supérieures, c’est dans la capacité à enchaîner les efforts [ndlr : les autres sélections du mondial]. Dans les répétitions des sprints. C’est vrai qu’on s’en est rendues compte rapidement que ça allait être compliqué mais je pense que c’était aussi le fait que ça soit un terrain « fermé », ce qui était très particulier.

Ah oui ! d’accord ! C’était intense !

Oui, je pense que c’était pas notre point fort mais nous avons bien travaillé tout ça avant la coupe du monde avec Fred Aubert. Mais je pense que certain pays sont bien au dessus à ce niveau.

D’accord. L’enchaînement…etc…

…Oui Voilà ! Pour moi si ! Sur des petites choses, on va quand même être au dessus en sélection. Après en U20, c’est jeune, c’est pas non plus une très, très grande marge. Par contre, si on vient à parler des A, oui pour moi je pense qu’il y a quand même une grande différence avec le niveau D1.

A l’image aussi de la qualité de l’effectif…

…Oui c’est ça…

…des top-joueuses au PSG et à Lyon ?

C’est ça !

L’arrivée au club de l’EAG de Desire Oparanozie

Pour faire un petit peu le pont entre la Coupe du Monde et la D1 féminine encore, tu vois la nigériane qui a cartonné cet été [Asisat Oshoala, meilleure joueuse de la compétition]…

Oui… ?

…il y en a une qui vous a rejoint aussi, Desire Oparanozie.

Oui, Desire, oui.

Tu la connaissais, toi, cette joueuse qui a quand même bien marqué le mondial quelques temps avant en U20 ?

Non, non, je ne la connaissais pas du tout. Et d’ailleurs, je crois qu’aucune ne la connaissait de Guingamp. Et non, là on a appris à la connaître cette année.

Comment ça se passe les entraînements avec elle ? Vous vous trouvez bien ? Elle est performante ?

On sait que c’est une joueuse qu’on peut trouver dans les pieds ou en profondeur, après elle a une très bonne protection de balle. Ça se passe super bien. On l’intègre aussi, on l’intègre bien. Elle essaie vachement de s’intégrer aussi. Puis après, c’est vrai qu’il y en a qui arrive à communiquer facilement avec elle. Mais après, moi c’est vrai que c’est plus dans la rigolade, parce que je ne sais pas très bien parler anglais [sourire] ! Alors, je vais lui sortir des mots qui la font rigoler parce que ça veut rien dire. Puis en plus avec mon accent, du coup, elle a vraiment du mal…[sourire]

Hé hé !

On rigole plus qu’on ne parle sérieux quoi.

Ça va venir…

Oui. Ben oui. Après, on essaie de faire des efforts aussi. C’est vrai que les filles quand elles lui parlent, elles lui parlent en anglais, y’a un peu de retenue. Moi, c’est pas trop… mon point fort.

Ce qu’il manque à l’En Avant Guingamp…

L’an passé, vous avez terminé 5ème avec Guingamp en D1. Bon alors vous avez débuté la saison avec deux premières rencontres face aux cadors avec une défaite face à l’OL et le PSG, mais l’objectif cette année est de faire mieux encore. A l’émission Femmes 2 Foot du 6 octobre sur Eurosport, Patrice Lair (ex-coach OL), un breton qui n’a pas l’air de mâcher ses mots en général, remarque la montée en puissance de ton équipe et regrette que vous ne possédiez pas une ou deux joueuses expérimentées de plus dans votre effectif. Quand même, on sent que vous êtes un peu plus présentes, pas très, très loin de ce niveau. Qu’est-ce qu’il manque, pour toi, à votre équipe pour être plus proche des 4 premiers du classement ?

Pour moi ce qui nous manque ? Pour reprendre ce que disait Patrice Lair, il n’a pas tellement, tellement tort. C’est vrai qu’il manque une joueuse d’expérience. Ne serait-ce pas beaucoup, je pense qu’il n’y en a pas besoin de beaucoup de filles qui ont une belle expérience. C’est vrai qu’il nous manque un leader mais je pense que ça viendra avec le temps. Des filles avec des caractéristiques comme Sandrine Soubeyran ou Hoda Lattaf pourraient nous faire du bien.

Hoda Lattaf ? Ouais, de Montpellier, effectivement.

Ouais !

« Des filles avec des caractéristiques comme Sandrine Soubeyran ou Hoda Lattaf pourraient nous faire du bien »

.

Ouais, ouais…

C’est une joueuse avec qui j’ai évolué plus jeune. Puis, c’est une fille qui dit les choses ! Elle avait 30 et quelques années et malgré le fait qu’elle soit l’une des plus vieilles – ce n’est pas méchant [sourire] –  elle restait l’une des joueuses qui avait l’un des meilleurs niveaux pour moi. C’est comme Soubeyrand  [ndlr : Sandrine Soubeyrand / Juvisy], des filles qui mènent un peu la troupe. On n’a pas encore de filles qui prennent la parole pour dire les choses, comme je dis depuis le début que sa soit en mal ou en bien, car nous sommes à un niveau où il faut arriver à entendre ces choses-là. Apres c’est aussi le fait d’avoir un groupe jeune je pense car parfois j’aimerais dire certaines choses mais c’est peut être mon âge qui fait que je me contiens parfois.

Toi, tu serais plus cash…

Oui. Ben après c’est mon caractère, quand ça m’énerve, ça m’énerve et j’ai besoin de le dire, mais ce qui est sur le terrain reste sur le terrain.

Et après, je pense qu’il manque quand même une petite expérience qui nous ferait du bien. Après, franchement, certes on est jeune, certes on a encore beaucoup à apprendre, mais on a vraiment un groupe, ben qui peut vraiment, vraiment, aller loin.

Talentueux…

Oui, talentueux et puis même dans la vie du groupe. Y’a pas d’histoire. Y’a pas eu un souci dans le groupe depuis le début d’année ! C’est vraiment tout le monde, tout se passe bien. On vit les choses et puis c’est vrai, les résultats ont été là.

Tout à fait. Ils sont intéressants vos résultats en ce moment…

Oui, maintenant voilà on a Montpellier qui arrive. Enfin on est vraiment concentrées déjà pour ça. On ne se prend pas la tête dès maintenant, mais on est prêtes.

L’affiche MHSC / EAG à venir

D’ailleurs, ce gros duel justement avec Montpellier, ça va être un match spécial pour toi puisque tu y as joué un peu là-bas ?

Oui oui ça reste toujours spécial, mais…c’est même plus spécial pour moi dans le sens où c’est toute la famille qui vient, ce sont tous mes amis d’enfance qui viennent. Oui moi, c’est plus dans le sens où je ne veux pas les décevoir de, faire les choses bien pour eux. Après, franchement, j’ai plus trop de liens avec des joueuses de Montpellier.

« Je n’aime pas chambrer parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. Que le meilleur gagne ! »

.

Ah oui ?

Donc c’est vrai que j’ai pas tellement ce truc de me dire…Oui, j’ai joué à Montpellier, après y’a eu pas mal de nouvelles donc je n’en connais plus trop. Le coach, je n’ai jamais évolué avec lui. Donc c’est vrai que c’est pas pareil. C’est pas comme si c’était Sarah à Montpellier et que je rejouais contre elle et là tu te dis : « tu joues contre ton ancienne coach ! » C’est pas pareil. J’ai pas de pression du tout d’ailleurs. Et puis ouais, j’prends vraiment ce match comme je prends Juvisy, comme j’prends Lyon, comme j’prends PSG, comme j’prends…même Rodez ! Metz, pareil ! Pour moi ça reste la même chose. Vraiment.

Faustine contre Montpellier 2014 2

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Y’a quand même Sandie Toletti et Claire Lavogez que tu connais. Tu aurais un petit mot à leur passer en vue de cette affiche du championnat?

Oui ! Je n’aime pas chambrer parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. Que le meilleur gagne ! [sourire]. Après c’est toujours sympa de revoir certaines personnes.

D’accord. Et quand toi, tu les vois arriver chez les A pour la prochaine sélection, parce qu’elles ont été sélectionnées [ndlr : pour le match amical Allemagne-France du 25/10/2014 à Offenbach / Victoire historique des françaises 0-2], est-ce que toi du coup tu te dis « Ben mince, ouais j’aurais peut-être aussi ma chance dans l’année » ?

Je ne me mets pas de pression avec ça. Je me dis que si ça doit arriver, ça arrivera ! Je continue à travailler, puis peut être un jour que je serai récompensée et je l’espère comme toute joueuse je pense.

Bien en tout cas, on te le souhaite.

Merci beaucoup.

Son avis sur le débat de jouer sur synthétique le Mondial 2015 au Canada

Et alors toi, tu connais aussi les pelouses synthétiques du Canada ! Tu as vu le débat sur le fait de jouer sur ces terrains-là qui sont décriés par pas mal de joueuses internationales. Qu’est-ce que tu en as pensé toi de ces pelouses à Edmonton ou à Montréal ?

Nous, on a eu un synthétique. Et en plus un synthétique qui était « fermé ». Donc, c’est vrai que, moi, j’ai pas tellement apprécié parce que franchement, on se sent étouffer à l’intérieur. C’est impressionnant la sensation que ça nous fait. On n’arrive pas à respirer et puis les ventilos, on les sent pas du tout. Je pense que personne n’a vraiment aimé jouer sur ces terrains-là.

Et après, le synthétique en lui-même, c’est vrai que, comme j’ai pu voir en plus sur le site, je crois que c’est celui de la Coupe du Monde où ils montraient des photos de brûlures ?

Oui…

Ben voilà, rien que ça pour moi, c’est dur ! Parce que c’est vrai que ça peut être des blessures bêtes. Une brûlure, on a l’impression que c’est rien, mais parfois ça peut t’empêcher de jouer ! La brûlure, rien que ça ! Parce que c’est vrai que, moi des fois, j’ai pu en souffrir avec ça! Parce que parfois ça s’infecte, et puis surtout ça cicatrise parfois très mal. Mais quand ça vient juste de cicatriser, en général on retape dessus. Ça c’est un rituel. Du coup, la croûte repart. C’est vrai que c’est super dur à soigner.

«Franchement je leur souhaite pas de jouer là-dessus! »

.

Du coup, y’a des gestes…Les tacles par exemple ce n’est pas la peine d’y penser !

Ah ben, c’est vrai que ça sert à rien d’y penser, mais moi je me suis toujours dit que, s’il fallait tacler, je le ferai que ça me fasse mal ou pas ! Si c’est pour sauver un but, ou même ne serait-ce autre chose, ben forcément que personne ne se retiendra…

Eh oui, c’est vrai…

Et c’est vrai que c’est difficile, franchement je leur souhaite pas de jouer là-dessus !

Pour l’instant, oui, on ne sait pas trop ce que ça va donner… Cela a été entendu, je pense, au niveau international [Le dépôt d’une plainte a été enregistré le 1er octobre auprès du Tribunal des droits de l’Homme de l’Ontario pour discrimination par un collectif de joueuses comprenant Abby Wambach ou Nadine Angerer et la FIFA est également poursuivie]…

Oui, je l’espère pour elles.

En tout cas, ton expérience est intéressante, parce que vous, vous avez au moins des preuves de l’expérience sur ces terrains-là.

Oui, franchement j’espère pour elles qu’elles auront un « pelousé » et ce sera bien mieux.

Pour en savoir un peu plus, on vous conseille de lire le papier d’un membre d’Au Premier Poteau, de passage au Monde : http://www.lemonde.fr/football/article/2014/10/30/mondial-2015-des-footballeuses-retirent-leur-plainte-contre-la-fifa_4514423_1616938.html

 

photo EAG Faustine Robert contre Juvisy

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Sinon Faustine, pourquoi « La Naine » ?

Question complètement hors-sujet : si on te suit un petit peu sur Twitter, on te voit parfois avec ce surnom de «Faufau la Naine»? Alors, ce n’est pas trop ta morphologie, tu es plutôt grande,  élancée, du coup on se demande un petit peu d’où vient ce surnom ? Est-ce que c’est un truc qui te vient de la sélection, de ton groupe ?

Tu voudrais passer un dernier mot ?

Non, ça c’est quelque chose depuis toute petite. C’est plus ma famille. C’est quand j’étais plus jeune, j’étais vraiment petite. Mais j’ai eu une poussée d’un coup. A la base, pendant des années, je suis restée toute petite et mince comme jamais. J’étais vraiment une cure-dent avant, j’arrivais jamais à dépasser les…: limite, j’étais à 20 kgs pendant je sais pas combien d’années ! Puis, non, non,  j’ai vraiment eu une difficulté niveau poids et surtout taille, et du coup, petite, mon frère, mes parents, toute ma famille, m’appelaient tout le temps « La naine, la naine ». Et puis maintenant, c’est resté. Mon frère, quand on se voit, il m’appelle jamais Faufau ou Faustine, c’est tout le temps, « Naineuh – Naineuh », et ma tante, c’est pareil quoi. Ma tante, c’est pareil « ma naine – ma naine », c’est pareil, c’est resté et j’pense que ça restera.

Un dernier mot ? Ben si à mes parents, s’ils le voient, un petit coucou, plus plutôt à toute ma famille, une petite pensée pour eux. Et puis une grosse pensée aussi à mon Petitou a qui je pense très fort. Et mes amies qui m’aident à rester forte [sourire] !

Ton Petitou

Oui mon Petitou mais il se reconnaîtra [grand sourire] !

Ok, super sympa ! Eh bien merci IN-FI-NI-MENT de ta participation à cet entretien exceptionnel Faustine. Et continue de nous éblouir par tes talents d’accélération, de passeuse, de dribbleuse ou de buteuse ! Bonne chance face au MHSC et pour ta saison !

Merci. Merci beaucoup !

Propos recueillis par Kévin Boucard @Caoimhim / Entretien réalisé avec l’aide et la gentillesse de l’administratrice de la page Facebook “En avant” Les Filles / Avec les avis et conseils de Koralee Cano @KoraleeCano / Mise en page équipe Au Premier Poteau / Crédits photos: EAG – Bérangère Augereau – Ouest France.

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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