Eyraud : Un brin de haine

17
novembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

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“Un brin de haine et pas mal d’ennuis / conduisent à des actes qui gâchent toute une vie” assénait Akhenaton du groupe IAM dans son album intitulé “Métèque et Mat” paru en 1995. Le rappeur marseillais dénonçait ainsi le racisme à travers une tragédie sudiste bouleversante. Les bouleversements, l’Olympique de Marseille en fait son quotidien. Après une campagne d’abonnement des plus absurde, la censure de nombreuses banderoles et la stigmatisation des Ultras, le silence assourdissant de l’état-major olympien suite au geste de Patrice Evra et surtout aux multiples accusations de racisme – auxquelles a admirablement répondu samedi Marwen Belkaïd – révèlent une gestion toujours plus brutale et méprisante vis à vis des supporters olympiens. Adulé à son arrivée à la tête de l’Olympique de Marseille, Jacques-Henri Eyraud aura réussi l’exploit d’être détesté par une grande partie du Vélodrome en un peu plus d’un an. La fracture semble belle et bien consommée entre l’ancien directeur de la communication d’Eurodisney et le peuple marseillais. Nouvelle preuve qu’à Marseille, rien ne se passe jamais réellement comme prévu.

Nous l’évoquions ici même il y a quelques mois, il semblerait que la nouvelle direction de l’OM, sous sa détestable attitude d’arriver en terrain conquis, ait en fait très mal appréhendé le contexte marseillais. Sur le plan sportif, après un mercato mitigé placé sous le signe de l’impatience et de la nervosité, tout semble rentrer petit à petit dans l’ordre. Tout n’est pas parfait, mais l’OM progresse, avance. Avant d’aller affronter Bordeaux dimanche, où il ne s’est plus imposé depuis 1977, la récente continuité dans les performances est synonyme de quatrième place en championnat pour le club phocéen. Mais le bât blesse irrémédiablement en ce qui concerne la gestion des supporters, et plus particulièrement ceux des virages.

Lors du premier podcast d’Au Premier Poteau début Septembre intitulé “Le projet OM est-il mort né ?” notre équipe de rédacteurs a tout de suite mis en garde face à un éventuel Plan Leproux bis – que l’on pourrait nommer “Plan Eyraud” – sur la gestion des Ultras marseillais par Jacques-Henri Eyraud. Suite au regrettable incident avec Patrice Evra, comment interpréter le silence du président marseillais face aux accusations de racisme des médias destinées à dédouaner l’ancien international ? On serait tenté de croire que cette version des faits arrange tout simplement le président de l’OM, impatient de faire le ménage dans les virages qu’il trouve trop virulents, et aux réactions surdimensionnées à son goût. Un sentiment sur fond d’hypocrisie tant la communication officielle du club n’hésite pas à promouvoir la ferveur des Ultras marseillais pour des besoins d’image.

Aujourd’hui, y a-t-il un boss à l’OM ? Imagine-t-on un seul instant Bernard Tapie ou Pape Diouf rester impassibles devant de telles accusations de la part des médias ? La cité phocéenne, et plus particulièrement l’agora cosmopolite du boulevard Michelet qu’est le Vélodrome ont toujours été un haut lieu de l’antiracisme. Pour la simple et bonne raison que l’OM est un vecteur de cohésion sociale et le socle essentiel de notre vivre-ensemble, aucun président de l’OM digne de ce nom n’aurait dû laisser passer de telles accusations nauséabondes et infondées.

Je profite de cette tribune pour rappeler qu’aucune forme de racisme n’a sa place à Marseille. La cité phocéenne reste marquée dans sa chair par certaines tragédies teintées de racisme comme l’assassinat d’Ibrahim Ali, 17 ans, jeune habitant des quartiers nord d’origine comorienne, par des colleurs d’affiches du Front National en Février 1995 près du carrefour des Aygalades. Le romancier marseillais Jean-Claude Izzo, fils d’immigrés napolitains et espagnols comme Akhenaton, y dédiera d’ailleurs le second volet de sa trilogie intitulé “Chourmo”

Ces récentes accusations fantaisistes et infondées ont sali l’ensemble du public marseillais. Deux semaines après les faits, aucune excuse n’est venue poindre dans la bouche des médias, ni aucun axe de défense dans celle du président marseillais. Ce silence cache t-il les prémices d’une éradication du mouvement Ultras à Marseille ? Inviter à déjeuner des supporters influents ou offrir des maillots à certains twittos a pu acheter à l’automne dernier une forme de paix sociale, mais les effets de la poudre de Perlimpinpin semble s’être désormais estompés. Jacques-Henri Eyraud s’est trop gargarisé de faire de l’OM un club citoyen, proche de son public et de son environnement pour laisser passer de telles inepties. Son silence n’a dès lors rien d’anodin. La question du racisme peut être un atout dans la manche de JHE quand il s’agira de faire taire le peuple des virages pour en faire de dociles fans consommateurs de football et de leur ôter ainsi tout contre-pouvoir.

De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas que le président de l’OM semble avoir franchi. Comme on dit, les histoires d’amour finissent mal en général. Surtout à l’OM, où tout va si vite, dans un sens comme dans l’autre. S’il prétend connaître et comprendre Marseille, comment peut-il rêver un seul instant de faire du Vélodrome un stade fade et aseptisé ? Quand on épouse la destinée de l’OM, on épouse celle de Marseille et de son incessante effervescence. Jacques-Henri Eyraud doit changer sa politique méprisable à l’égard du petit peuple des virages. Par son silence sur les accusations de racisme, le président marseillais désigne clairement comme fautifs les supporters présents à Guimaraes. Quelle gestion pitoyable que d’offrir un parachute doré à Patrice Evra pour s’en débarrasser et chercher à sanctionner les fidèles ! JHE doit prendre pleinement la mesure de son rôle et prendre la défense des supporters dans pareil moment. Si on se penche sur l’histoire du club phocéen, on ne donne pas cher de sa peau s’il se résout à l’affrontement avec ceux-ci.

Amoureux de sa ville, porteur de l’identité marseillaise, Jean-Claude Izzo peignait Marseille avec les mots : “On ne comprend rien à cette ville si l’on est indifférent à sa lumière. Elle est palpable même aux heures les plus brûlantes. Quand elle oblige à baisser les yeux. Marseille est ville de lumière.”
Nous, supporters et autres amoureux de l’OM, sommes la flamme, la lumière qui anime Marseille. Une lumière qui a fait baisser le regard de bon nombre de dirigeants par le passé. N’en déplaise à certains, ce club a toujours été tenu par ses fidèles supporters. C’est cette pression populaire qui fait de l’OM un club au haut niveau d’exigence et le plus prestigieux de France.

Cela paraîtra sans doute présomptueux et me sera peut-être reproché mais qu’importe, je me permet de conclure en exprimant ici un ressenti très personnel : Ce club est le notre. Nos grands-pères et nos pères l’ont soutenu corps et âme. Nous y laissons nos tripes chaque week-end pour pousser notre équipe vers la victoire. Et nos enfants en feront de même. Ce club est également le socle de notre mixité et de notre identité. Nous ne devons laisser personne égratigner cela. Notre ferveur et notre passion sont les deux piliers qui constituent l’âme de l’OM. Notre amour pour ce club n’a d’égal que notre démesure. Supporters de tous les virages, face à ceux qui tenteraient de vous faire taire, unissez-vous !

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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