EuroRétro : Pays Bas/URSS 88′ : le goût du football d’avant

06
juin
2016

Auteur :

Catégorie : Euro 2016

Retour sur une finale légendaire de l'Euro au parfum de nostalgie.

D’avant les stades ultra-modernes, d’avant l’arrêt Bosman et l’éparpillement des viviers de joueurs, d’avant la chute du bloc de l’Est, d’avant l’Euro à 24…

Bref, une finale si symbolique d’un sport qui a complétement muté. Retour sur les vestiges d’une finale incarnant plus que la fin d’un tournoi…

l’Olympiastadion de Munich

.

Retour sur une finale légendaire de l'Euro au parfum de nostalgie.

.

C’est ce stade qui accueillait l’apothéose de l’édition 88 de la petite (8 équipes) sauterie européenne. Un stade ouvert et grandiose jeté aux oubliettes (ou presque) pour faire place nette à la plus fonctionnelle Allianz Arena, ses hôtels et ses boutiques en 2005. Et son architecture toute carré.

Car l’Olympiastadion c’était d’abord l’audace architecturale de Werner March et Frei Otto. Surtout celle de ce dernier qui donnera avec son toit en plexiglas tendu par un amas de câble, son cachet à cet antre du football premièrement dédié aux Jeux Olympiques de 1972 mais qui deviendra rapidement la chambre dans laquelle le Bayern de Munich torturera tous ces adversaires nationaux et continentaux.

Chaque retransmission télé commençait ou se terminait par un splendide plan aérien de la tente de luxe qui allait accueillir les gladiateurs de la balle ronde.

Le Kaiser et son Bayern vainqueur à trois reprises de la Coupe des Clubs Champions dans les 70’s bien sûr, mais aussi la finale de la coupe du monde 1974 ou encore trois finales de Ligue des Champions dont l’unique remportée par un club français.

Lorsqu’un supporter marseillais de plus de vingt ans vous parle du stade de Munich, croyez nous, il ne parle pas de l’Allianz Arena….

URSS/Pays Bas

Mais revenons en à cette finale qui avait lieu ce 25 Juin 1988 dans cet Olympiastadion. L’affiche était belle mais n’a plus aucune chance de se reproduire cet été…

Les munichois s’attendaient sans doute plutôt à retrouver leur RFA au rendez vous mais celle-ci avait été châtié par les Oranjes d’un Marco Van Basten en feu cet été.

L’impact psychologique de cette victoire sur les allemands était d’ailleurs énorme pour les bataves qui vivaient encore dans le traumatisme de cette finale de Coupe du Monde perdue face au même voisin sur cette même pelouse en 1974.

Mais cette fois ci, c’était différent, les Oranjes étaient mûres (copyright l’équipe), finis les complexes, balayé le syndrome du Beautiful Looser. Ces Pays Bas 1988 réparait l’injustice qu’avait subit son illustre prédecesseuse en s’appuyant sur la tradition du talent classieux néerlandais. Le grand Marco en plein envol, le brillant Gullit déjà sacré ballon d’Or….

Un truc qui semble avoir disparu aux Pays Bas en 2016. Incapables de se qualifier pour l’Euro le plus accessible de l’histoire, les bataves peinent à renouveler leur stock de fuoriclasse poussant en prolongations les Sneijder, Robben et cpie.

.

Retour sur une finale légendaire de l'Euro au parfum de nostalgie.

.

Face à elle se trouvait une entité qui a tout simplement disparu : l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes . L’analyse géopolitique n’a pas sa place dans ces colonnes au contraire de la constatation de la plus grande puissance footballistique des nations du défunt bloc de l’Est à l’époque. Et pour cause, l’URSS était l’un des championnat les plus relevés du monde et ces équipes, des terreurs en Europe. Sa sélection lui emboitait logiquement le pas.

Si cette cuvée 1988 était principalement formé par l’épine dorsale du grand Dynamo de Kiev ukrainien, elle pouvait quand même se permettre le luxe d’inclure un gardien de classe mondiale grâce au russe Dassaev ou une légende derrière avec le biélorusse Aleinikov. Le tout avec un maillot sobre à faire fantasmer les fans de football vintage siglé sur le devant avec les quatre lettres CCCP.

En France cet été, les sélections russes et ukrainiennes seront les représentantes des vestiges de l’empire soviétique. Même si parler de filiation entre Ukraine et Union Soviétique est un pari osé ces jours ci… Les russes ont quant à eux ré-adoptés (en changeant les paroles)  l’hymne qui faisait trembler les opposants footballistiques en avant match et poussent beaucoup plus volontiers le trait sur l’aspect héréditaire.

Niveau ballon rond, les deux équipes regorgent de bons joueurs mais aucune des deux n’inspire la peur et le mystère que pouvait charrier dans son sillage l’équipe de football soviétique durant ses soixante sept années d”existence.

Des identités de club retrouvables en sélections…

Le morcellement du championnat soviétique a aussi eu pour cause de démanteler le pouvoir du Dynamo Kiev en lui opposant le Shakhtar Donetsk et le Dnipro à un niveau national plus faible. Le club de la capitale est toujours très bien représenté en sélection ukrainienne mais est désormais le second fournisseur de joueur de l’équipe (cinq joueurs contre sept au Shakhtar). L’aboutissement pour un joueur ukrainien ne passe plus uniquement par le Dynamo qui a beaucoup misé sur des joueurs étrangers et a constamment changé de coachs entre 2005 et 2013. L’arrivée de Rebrov sur le banc renoue un peu avec le passé du club et Fomenko (sélectionneur) s’appuie sur un football appris à la même école.

En Russie, le pouvoir footballistique a toujours été plus épars. Cependant ces deux sélections gardent en commun une certaine concentration géographique en ce qui concerne les joueurs évoluant sous les drapeaux. Avec l’arrivée de Sloutski sur le banc russe en sus de ses fonctions au CSKA, il est évident qu’un certain trait d’union s’effectue tactiquement entre les deux entités.

Un truc qui a complétement disparu aux Pays Bas où les clubs sont pillés de leurs jeunes talents de plus en plus tôt. La sélection 88′ hollandaise représente bien ce football de fin des années 80 avec la majorité des joueurs dispatchés entre le PSV et l’Ajax à l’exception des trois joueurs de classe mondiale partis à l’étranger (plus E.Koeman en Belgique). Les coachs nationaux tentent tant bien que mal de conserver une identité tactique audacieuse mais elle n’est plus du tout connecté aux clubs locaux.

.

Retour sur une finale légendaire de l'Euro au parfum de nostalgie.

.

Le duel Lobanovski/Michels

Cette finale c’était également l’opposition entre deux des plus grands techniciens de tous les temps. Tout simplement. L’un ayant inspiré l’autre d’ailleurs.

Car c’est bien l’Ajax et les Pays Bas de Rinus Michels qui ont éblouit Lobanovski et posaient les axiomes de son football scientifique tout terrain. Dans cette retranscription d’interview que nous vous proposions sur APP il y a quelques temps, le vieux Loba (itw daté de 1998) déclarait :

“La dernière fois qu’il y eut une révolution, c’était en 1974 lorsque les équipes d’Hollande et dans une certaine mesure d’Allemagne nous ont montré un football « total » ou autrement dit vraiment « collectif ».”

V.Lobanovski

Cette équipe d’Hollande 1974 était drivé par son opposant du jour, Rinus Michels. Plus qu’une légende, le meilleur entraîneur du XXème siècle selon la FIFA. L’inventeur du football moderne, celui qui fit péter les positions fixes  et bouger les lignes, toutes les lignes sur le terrain ! Loba allait affronter son maître au top de sa gloire après avoir ridiculisé l’Atlético en finale de la Coupe des Coupes deux ans plus tôt. Rien que ça.

En 2016, les noms sur les bancs sont bien moins ronflants. Reste bien ici ou là, un Conte ou un Deschamps mais rien de la trempe des deux génies.

Le match finalement…

Qui de mieux placé que le grand entraîneur ukrainien de l’URSS pour nous présenter cette finale?

En conférence de presse d’avant match il avait fait un point global sur le match et en même temps sur le tournoi :

“La Coupe du Monde 86 a été le tournoi de Maradona. Cet Euro peut être le tournoi du football “socialisé” de l’URSS. On ne parle pas d’untel ou un autre qui s’est démarqué mais plutôt de savoir si les équipes jouent bien ou mal dans ce tournoi. Et j’inclus dans le lot un footballeur du talent de Gullit capable de faire de tels exploits mais qui est avant tout “un joueur d’équipe”. C’est précisément cela qui fait des Pays Bas l’équipe la plus dangereuse de ce tournoi. C’est un bloc très flexible où il est très difficile de déterminer qui sont les attaquants, qui sont les défenseurs”.

Et pourtant le match ne tint pas ces promesses de football collectif et … laissera avant tout dans l’histoire un nom : Marco Van Basten.

Passeur décisif sur une remise de la tête aérienne de toute beauté sur le premier but et volleyeur pour l’éternité dans un angle impossible sur le second.

.

Retour sur une finale légendaire de l'Euro au parfum de nostalgie.

.

Au grand dam de Lobanovski, la finale se joua sur deux performances individuelles, celle de Van Basten tout d’abord qui donna la victoire à son pays et des cauchemars à Aleinikov. Celle de Belanov ensuite qui condamna l’Union Soviétique par manque de réalisme. Le ballon d’Or 86 rata un pénalty en seconde mi temps qui aurait relancé le match et envoya sur le poteau l’un de ces ballons qu’il ne laissait généralement jamais ailleurs qu’au fond des filets. C’en était fini des espoirs de sacre international pour Lobanovski et bientôt pour l’Union Soviétique.

Coté néerlandais, c’était enfin le dépucelage international et une joie immense dans tout le pays. Rinus Michels compléta son incroyable palmarès avec ce titre conquis en sélection. Ca ne pouvait être que lui et ce le fût. Bientôt les contrats en or se multiplieront pour les hollandais et démantèleront leur football de club…. Il y aura tout de même entre temps ce qui peut être considéré comme le second âge d’or du football néerlandais avec ce PSV 1988, cet Ajax 1995 et ces ballons d’ors à la pelle. Une autre époque.

Auteur : Mourad Aerts

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot et de ce qu'il représente partout dans le monde

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Euro 2016

Plus dans Euro 2016
ukraine-euro-tout-casser
Pourquoi l’Ukraine va tout casser !

Chez APP, on met une pièce sur l'Ukraine pour réussir un bon parcours. Mais on voyait aussi Habib Bamogo faire...

Paul-ballon-cristal-2016
Le ballon de cristal spécial Euro 2016 !

Les concours de pronostic pullulent sur Internet à quelques encablures du coup d'envoi de l'Euro. Plus ou moins simpliste et...

Mark Rodden (ESPN) : “L’équipe d’Irlande a du caractère, mais…”

Troisième participation au Championnat d'Europe des Nations pour la Green Army ! L'équipe entrainée par Martin O'Neill, après de brillants barrages contre la...

Fermer