Est-ce réellement le déclin du foot espagnol ?

06
mai
2013

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Catégorie : Europe

Barca real copa del rey

Comme l’année dernière, les deux portes-drapeaux du football espagnol, le Real Madrid et le FC Barcelone, ont vu leur parcours en Ligue des Champions s’arrêter su stade des demi-finales.

Beaucoup n’en attendait pas tant pour y voir le déclin d’un football qui aura fait rêver toute une génération de footballeurs. Mais le constat est-il si simple à tirer ? L’émergence de la machine bavaroise signifie-t-elle, de fait, que les clubs espagnols, et plus largement, le football espagnol, atteint l’oraison de ses ambitions ? Pas si sur…

Inutile de se cacher derrière des faux-semblants, si le Real Madrid a clairement perdu sa qualification au match aller, et aurait, malgré une très belle performance du BVB Dortmund, pu se qualifier à Bernabeu, le FC Barcelone a été giflé, corrigé, balayé par le Bayern Munich, qui s’est assurément imposé comme le grand favori pour le titre européen, cette année, voire plus. C’est indéniable les clubs allemands étaient au-dessus lors de ces deux demi-finales, peut-on pour autant conclure que les clubs espagnols sont devenus, soudainement, de médiocres clubs de seconde zone ? Il paraît essentiel de rappeler certains postulats. Cette année, Madrid jouait sa 3ème demi-finale de Ligue des Champions consécutive (pour aucune finale), et le Barça disputait sa 6ème demi-finale consécutive, un record, sa 7ème en huit ans (pour trois finales et trois titres). Durant toutes ses années, un seul pays a fait mieux, en installant régulièrement un, voire deux, voire trois clubs (2008 et 2009) en demi-finale de la Champion’s League. Il faudra attendre 2010 pour revoir un club allemand en demi-finale, le Bayern, qui s’inclinera en finale face à l’Inter de Mourinho…Schalke prendra le relai l’année suivante, mais s’inclinera en demi-finale avant le retour, la saison dernière, des Bavarois au premier plan, avec une finale perdue, à domicile, sans que personne ne comprenne encore pourquoi. L’erreur Chelsea oubliée, Munich est donc de retour en finale et affiche clairement sa suprématie naissante sur le football européen, c’est indéniable.

la déception des joueurs Munichois l'an passé face à Chelsea

Le Bayern sera au-dessus du lot pendant plusieurs saisons, c’est un fait. Mais peut-on, sérieusement, effacer d’un trait des années de domination telles que les ont connues le Real et Barcelone ? Bien sûr que non. José Mourinho l’a dit “un échec en demi-finale serait ma responsabilité”, l’entraîneur portugais a sans doute tiré sa révérence à la Maison Blanche. Son départ pourrait ramener ce qui manque cruellement au club merengue, un esprit d’équipe. Un club foisonnant de tant de talents doit, aurait du, s’imposer. Le début de saison catastrophique des merengues aura très vite souligné les problèmes humains régnant au sein d’un groupe intrinsèquement surpuissant. Certes, les prestations de Diego Lopez dans les cages du Real ont impressionné le monde entier, mais écarter Iker Casillas du groupe, un joueur exemplaire, capitaine de l’équipe nationale, institution de la Maison Blanche, fut sans doute la provocation, inutile, de trop. Une fois le divorce consommé entre José Mourinho et ses joueurs, il ne fallait pas attendre de miracle, et de miracle il n’y a pas eu. Le départ de l’entraîneur portugais sera sans doute synonyme d’un retour au calme au sein du vestiaire merengue, et il faudra, alors, être bien préparé pour faire face aux revanchards madrilènes. L’effectif évoluera, sans doute, mais la colonne vertébrale du club de la capitale ne changera pas fondamentalement, et les renforts éventuels qui épauleront les Benzema, Ronaldo, Di Maria, Ozil, Xabi Alonso, Varane, Ramos feront du Real une autre machine à gagner. L’Europe est prévenue.

Tout a été dit, ou presque, sur le FC Barcelone. Fin de cycle, Messi-dépendance, jeu stéréotypé… Mais qui s’est attardé sur le palmarès, sur les chiffres qui, eux seuls, restent ? Voilà donc un club qui a disputé 7 demi-finales de Ligue des Champions en 8 ans, dont 6 consécutives, qui en a gagné 3, qui va être sacré champion d’Espagne, qui compte pour l’heure 11 points d’avance sur le Real Madrid, qui a battu tous les records lors de la première partie de saison avec 15 victoires et 1 nul en 16 rencontres. Ce club serait donc sur le déclin parce qu’il a été balayé par une équipe impressionnante ? Un peu rapide. La longévité des performances serait donc sacrifiée sur l’autel d’une confrontation aller-retour ? Deux matchs ? Oui, Paris a fait plus que bousculer le Barça, oui les Catalans ont été inexistants à Milan, qu’en est-il resté ? Barcelone a su répondre, et c’est ce qui restera dans les mémoires, du moins, dans les livres, dans les palmarès. Pedro Rodriguez a déclaré hier soir ” Il serait stupide de remettre en cause nos 5 dernières saisons parce qu’on a perdu, même sévèrement, une demi-finale de Ligue des Champions “. L’année dernière, Chelsea ne méritait pas sa qualification en finale, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Rien, sur le papier Barcelone s’est incliné et Chelsea a finit champion d’Europe. Une défaite reste une défaite, rien de plus. Une passation de pouvoir, une fin de cycle, cela ne se fait pas en un match, et les Catalans sont encore loin d’avoir rendu les armes qui les ont menés tant de fois au succès.

La Messi-dépendance est logique selon Vilanova

Le Barça est-il Messi-dépendant ? Oui, évidemment. Comme le rappelle Tito Villanova ” comment ne pas être dépendant d’un joueur qui marque 90 buts par saison ? “. Et à vrai dire, quel est le problème avec cela ? Lionel Messi est le meilleur joueur du monde, il est évident que l’équipe au sein de laquelle il évolue va dépendre de ses prestations, et il va également de soi que son absence, qui plus est dans les grands matchs, est préjudiciable aux blaugranas, on l’a constaté à plusieurs reprises cette saison. Oui, mais voilà, Messi joue à Barcelone, et quand il joue, à 100 %, il est impressionnant et le Barça redevient une machine implacable, joueuse et impressionnante, on l’a vu face à Milan. Le fait est que Léo Messi a 25 ans, et qu’il va continuer à jouer au Barça pendant très longtemps, donc même si le club catalan va perdre ses deux cadres emblématiques, Puyol et Xavi, l’effectif barcelonais semble armé pour répondre à ces absences, sans même, pour le moment, compté sur d’éventuelles arrivées, ou départs. Oui, Barcelone est Messi-dépendant, comme l’Argentine a été dépendante de Maradona en 1986, comme l’Ajax a été dépendant de Cruyff, comme tant d’autres en fait… La bonne question serait de savoir quelle alternative apporter en cas d’absence du génie argentin. Vilanova, ou un autre trouveront sans doute les solutions dans les prochains mois, sur le plan qualitatif, en tout cas, Barcelone n’a rien à craindre, là-aussi, l’Europe est prévenue.

Avec deux clubs allemands en demi-finales (désormais en finale), tout le monde a loué l’émergence du football allemand, appelé à régner sur l’Europe, puis sur le monde. Mais ce discours n’est-il pas ressassé depuis plusieurs années déjà ? L’Allemagne ne devait-elle pas s’imposer facilement, chez elle, lors du mondial 2006 ? Oui l’Allemagne est un grand pays de football, mais là encore, rien de nouveau, l’Allemagne compte quatre titres de Champion du Monde, certains semblent le découvrir. Quid de la Bundesliga et de l’influence européenne des clubs allemands ? Bien vite l’on veut faire du championnat allemand, LA référence. N’oublions pas trop vite que derrière Le Bayern et Dortmund, la vie est dure. Cette année, personne d’autre n’a réellement brillé sur la scène européenne. Rappelons d’ailleurs que Dortmund n’aurait jamais dû se qualifier face à Malaga… Tout le monde a oublié très vite que de nombreuses erreurs d’arbitrage ont été commises lors du match retour à Dortmund et que le but qualificatif, marqué au bout des arrêts de jeu, n’est que le fruit d’un amoncèlement d’incohérences, comme il y en a eu, vraiment, beaucoup trop cette saison en Ligue des Champions, ce qui, d’ailleurs, aura été la meilleure publicité pour l’utilisation de l’arbitrage vidéo. La Bundesliga monte en puissance, c’est un fait, Hanovre, Monchengladbach, Stuttgart et le Bayer Leverkusen sont sortis de leur groupe en Ligue Europa, là où Bilbao échouait, contrairement à Levante et à l’Atlético. Valence et Malaga auront réussi leur Ligue des Champions, même si Valence aura été la première victime du PSG, que personne n’attendait à ce niveau-là. Sur les compétitions européennes, la saison prochaine, l’Espagne sera encore redoutable, le Barça, le Real, l’Atlético et, sans doute, la Real Sociedad joueront la Ligue des Champions tandis que l’on devrait retrouver Valence et Malaga (sous réserve d’un repêchage des Andalous par l’UEFA, sinon la place échouera au Bétis), en Ligue Europa. Et chacun de ses clubs sera prétendant au titre, ce qui ne devrait pas, en exceptant le Bayern Munich, être le cas des clubs allemands. Rappelons enfin qu’en 2010, deux clubs français s’étaient affrontés en quart de finale de Ligue des Champions, personne n’avait, alors, émis l’hypothèse de l’émergence spontanée du championnat français… Et pour cause, un accident reste un accident, une constante reste une constante.

Les commentateurs, analystes, s’en délectent déjà… les ” contre-performances ” des deux clubs espagnols en demi-finales de Champion’s League sont évidemment le symbole du déclin du foot espagnol, et, fatalement, de son équipe nationale. Étonnant ! Une équipe, sans doute la meilleure que l’on ait vue évoluer (là encore les chiffres parlent) serait donc vouée à s’effondrer sous prétexte que deux équipes de ce pays se sont fait éliminer, ” seulement “, en demi-finale de la plus difficile compétitions de club au monde. Et, là encore, on cite l’Allemagne comme logique successeur. Une fois de plus, il convient de rester objectif et de ne pas tirer de conclusion hâtive. L’Allemagne était favorite en 2006, chez elle, en 2008, en 2010 et récemment en 2012, où l’on annonçait déjà le déclin espagnol, tout le monde connait la suite. Alors oui, l’Allemagne possède une équipe nationale jeune, talentueuse, ambitieuse, et finira surement par gagner un titre, ce qui manque cruellement à cette génération. Mais il serait bien prématuré de faire de la Roja une maison de retraite sur pattes. Xavi devrait être encore présent pour la Coupe du Monde au Brésil, qui devrait être sa dernière compétition internationale. Carlès Puyol n’en sera peut-être pas, plus pour des raisons sportives que ” temporelles “. Il faut néanmoins rester sérieux, l’Espagne a tout gagné depuis 2008 (exceptons les JO et la Coupe des Confédérations) et, fatalement, forcément, elle ne gagnera pas toujours ! C’est une évidence. Il est quasiment impossible de réaliser ce qu’a déjà réalisé la Roja, de nombreux anciens l’ont dit, il ne faut donc pas imaginer que l’équipe d’Espagne va tout rafler sur son passage pendant les prochaines décennies, c’est évidemment utopique. Mais comment peut-on enterrer si vite une équipe si talentueuse, et dont la relève est d’ores et déjà au rendez-vous ? Xavi ou Casillas seront les fers de lance de la Roja dans les prochains mois, jusqu’à la Coupe du Monde magistrale au Brésil. Mais l’effectif de la Roja se renouvèle à vitesse grand V. En effet, projetons-nous quelque peu. Retirons les “anciens” de l’équipe nationale, exit Xavi et Puyol. Voilà donc à quoi pourrait ressembler une équipe ” sur le déclin ” : Casillas (31 ans), Azpilicueta (23 ans), Piqué (26 ans), Ramos (27 ans), Jordi Alba (24 ans), Busquets (24 ans), Iniesta (28 ans), Fabregas (25 ans), Mata (25 ans), Silva (27 ans), Pedro (25 ans)… Et de nombreux autres peuvent prétendre à une place de titulaire, quand d’autres assurent clairement la relève : Soldado (27 ans), Cazorla (28 ans), Javi Martinez (24 ans), Jesus Navas (27 ans), Monreal (27 ans), Martin Montoya (22 ans), Susaeta (25 ans), Isco (21 ans), Adrian (25 ans), Muniain (20 ans). Bref, de nombreux choix s’offrent à Del Bosque, qui a déjà validé son départ (même si rien n’est signé) au terme de la Coupe du Monde 2014, qui sera sa dernière compétition à la tête de l’équipe nationale d’Espagne. La Roja reste invaincue en compétition officielle (or JO et Coupe des Confédérations) depuis le 16 juin 2010, face à la Suisse (Coupe du monde 2010). Le monde est prévenu.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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