Enzo Francescoli à l’OM : Le prince inachevé

28
mars
2018

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Catégorie : Culture foot / Ligue 1

enzo-francescoli

Considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football uruguayen, Enzo Francescoli posa ses valises sur la Canebière le temps d’une saison à la fin des années 80. A cette époque, l’Olympique de Marseille s’apprête à écrire les plus belles pages de son histoire. Le boss Bernard Tapie, déterminé à faire son OM un grand d‘Europe, ne lésine pas sur les moyens pour faire venir à Marseille l’attaquant uruguayen lors de la saison 1989/1990. Si son passage sous le maillot blanc restera entaché de blessures qui l’empêcheront de donner sa pleine mesure, Enzo Francescoli a laissé une trace indélébile dans l’histoire du club provençal et marqué de son empreinte cette saison au goût d’inachevé.

Buteur, passeur, et complément idéal de Chris Waddle et Jean-Pierre Papin en attaque, « El Principe » – Le Prince – terminera sa chaotique saison à l’OM deuxième meilleur buteur du club avec onze réalisations derrière les 30 buts de l’intouchable JPP. Auteur de chefs d’œuvre techniques et de buts tous aussi somptueux les uns que les autres sous le maillot du Matra Racing de Jean-Luc Lagardère les saisons précédentes, l’international uruguayen confirmera par intermittence tout son potentiel, et étalera toute sa classe pour le plus grand plaisir du public du Vélodrome. Élégant, dans la vie comme sur le terrain, le natif de Montevideo hérita de son surnom – El Principe – lors de son passage à River Plate dont il fut le meilleur joueur de 1983 à 1986 puis dix ans plus tard, lorsqu’il retournera y terminer sa carrière.

L’apothéose, sa demi-finale aller face à Benfica

Lors de cette saison sous le maillot blanc marquée par les blessures, l’attaquant charrua se fera un temps voler la vedette par l’émergence de l’anglais Chris Waddle, dont les dribbles et autres fantaisies en feront le chouchou du Vélodrome. Pourtant, si on garde en mémoire le fantastique but de l’anglais face au PSG consécutif à un lob sur Joël Bats puis une talonnade dans le but vide, on aurait presque tendance à oublier que suite à l’égalisation de Vujovic à un quart d’heure de la fin, c’est bien Enzo Francescoli qui offrira la victoire à l’OM d’une superbe tête plongeante dans ce match capital dans la course au titre de Champion de France.

Mais évoquer le passage d’Enzo Francescoli à l’OM, c’est irrémédiablement évoquer la confrontation avec Benfica en demi-finale de C1, cette fantastique demi-finale aller au Vélodrome et tous les souvenirs qui vont avec. Comme l’écrivait l’auteur marseillais Jean-Claude Izzo : « On ignore toujours pourquoi et comment les souvenirs vous remontent à la gorge. Ils sont là, c’est tout. Prêts à sauter sur l’occasion. Pour vous tirer vers des mondes perdus. Les souvenirs, quels qu’ils soient, même les plus beaux et les plus insignifiants, sont ces instants de vie qu’on a gâchés. Les témoins de nos actes inaboutis. Ils ne ressurgissent que pour trouver un accomplissement. Ou une explication… ». Ce soir là, Enzo fut un géant. A une première mi-temps âprement disputée, s’ensuivit une seconde mi-temps éblouissante, rythmée par un Francescoli qui réussit tout ce qu’il voulut – dribbles, râteaux, percées balle au pied, transversales et ouvertures lumineuses – sauf mettre la balle au fond des filets. Encore aujourd’hui, rarement une équipe française aura atteint une telle plénitude dans le jeu dans un match de Coupe d’Europe, mais l’escouade olympienne aurait dû remporter ce match sur un score bien plus large que 2-1. Cet OM avait clairement l’envergure d’un finaliste de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. La triste et douloureuse main de Vata, au match retour, en décidera autrement.

Idole et inspirateur d’un certain « Yazid »

Malgré ses buts décisifs dans la conquête du titre de champion, et ses inspirations géniales pour mener l’attaque olympienne, comment « El Principe » a-t-il pu marquer à ce point la légende du club phocéen lors de cette saison brutalement interrompue à deux reprises en demi-finale de Coupe par le Matra Racing (2-3) et le Benfica (2-1 ; 1-0) ? Sans doute car il inspira son plus célèbre admirateur, un fils de Marseille qu’on surnommait « Yazid » et qui allait devenir le meilleur joueur de sa génération. En effet, à l’instar de Zinédine Zidane, la technique et l’élégance du génie charrua illuminait le jeu de ses équipes. L’international français reconnut un peu plus tard avoir prénommé son premier fils « Enzo » en hommage à l’international uruguayen.

 

enzo-francescoli-River-Plate

 

L’histoire d’Enzo Francescoli à l’OM restera donc à l’image de cette saison 1989/1990 de l’Olympique de Marseille, victorieuse, prolifique, mais comportant un immense goût d’inachevé. Bernard Tapie, insatiable gagneur, ne pouvait se satisfaire d’une demi-finale de Coupe d’Europe et remplacera très vite l’uruguayen par un certain Abedi Pelé, auteur du corner décisif pour la tête victorieuse de Basile Boli en finale de la Ligue des Champions trois ans plus tard. De son côté, après un passage dans le Calcio, « El Principe » terminera sa carrière de la plus belle des manières en remportant la Copa Libertadores sous le maillot des Millonarios de River Plate en 1996, honorant ainsi sa promesse faite juste avant son départ : « Un jour, c’est sûr, je reviendrai jouer au Monumental avec River Plate ». Les plus belles victoires se forgent parfois dans d’amères défaites, et le passage d’Enzo Francescoli sur la Canebière aura largement contribué à faire de l’OM le club respecté dans toute l’Europe qu’il est encore aujourd’hui.

 

Crédits photos : footmarseille.com & oldfootballphotos

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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  • Chris Demiurge

    J’ai bien aimé votre article mais sans vouloir paraître tatillon et si ma mémoire
    ne me joue pas des tours, le remplaçant désigné de l’uruguayen était Dragan Stojkovic, la star du football yougoslave qui fut convoité par les meilleurs clubs européens avant de se décider à rejoindre l’OM pour un montant qui fut proche du record mondial.
    C’est pour le faire venir que Tapie avait dû se séparer d’Enzo Francescoli, notamment parce qu’à l’époque un club ne pouvait aligner que trois joueurs extra-nationaux sur une feuille de match. Bien qu’étant un des meilleurs joueurs du championnat, Abedi Pelé ne serait sans doute pas revenu à l’OM s’il n’avait pas eu la qualité joueur “assimilé”, ensuite effectivement après la grave blessure du meneur de jeu yougoslave s’est bien le ghanéen qui s’est imposé avec la réussite que l’on connaît.

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