Entretien avec Jean-Philippe Toussaint, « Grand Prix Sport et Littérature 2015»

03
janvier
2016

Auteur :

Catégorie : APP a lu / Interviews

Une série de chroniques, de réflexions, de sensations, de moments sur le football. Des premières images en couleurs à la découverte du streaming.

Pour cette année 2015 le prix « Grand Prix Sport et Littérature » a été attribué à Jean-Philippe Toussaint pour son livre « Football » (paru aux éditions de Minuit). L’auteur belge aux multiples distinctions (Prix Victor-Rossel en 1997, Prix Médicis en 2005, Prix Décembre en 2009), mais surtout amoureux de ballon rond (auteur de « La Mélancolie de Zidane » en 2006), nous a fait l’honneur de répondre à nos questions sur son dernier ouvrage (dont nous avons déjà fait la chronique il y a peu de temps: http://www.au-premier-poteau.fr/football-le-miroir-de-l-enfance-de-jean-philippe-toussaint).

– Pourquoi ce titre, “Football”, à la fois si simple et si absolu?

Eh bien, c’est comme le Port-Salut, c’est écrit dessus. J’aime bien les titres qui disent de quoi il est question.

– Au fur et à mesure de la lecture de ce livre on a l’impression que votre passion pour le football se limite à la période de l’enfance?

Il est vrai que j’associe le football aux rêves et à l’enfance. Sans être naif (je n’ignore pas les aspects déplaisants du football, la violence dans les stades, le racisme, l’argent, les embrouilles de la FIFA), l’émerveillement que j’éprouvais, enfant, pour le football n’est pas complètement éteint. J’apprécie toujours certaines grandes compétitions, je continue de me rendre au stade avec plaisir, et j’ai quand même réussi à acheter des places pour trois matchs de l’Euro 2016.

– La découverte des stades de football correspond à un nouveau rapport personnel avec ce sport. Comment le définiriez-vous?

Rien ne remplace le stade. Certes, il faut payer, et parfois très cher, pour voir « moins bien » qu’à la télévision. Mais on vit le match bien plus intensément, on vit un moment plus large, plus dilaté dans le temps (qui englobe les préparatifs, l’achat du billet, le temps du transport et l’exaltation de se peindre des petits drapeaux sur les joues.)

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Une série de chroniques, de réflexions, de sensations, de moments sur le football. Des premières images en couleurs à la découverte du streaming.

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– Votre récit sur la coupe du monde 2002 occupe une place importante dans votre livre. On ressent un regard plus sociologique que passionné de votre part. Le sportif passe-t-il au second plan? Consciemment ou pas? 

Non, je ne crois pas que j’ai porté un regard socologique sur la Coupe du monde 2002 au Japon. J’ai voulu être littéraire, poétique et sensuel. Je n’oublie pas les sportifs, je décris par exemple les joueurs de l’équipe du Japon : « Les Japonais ont une équipe de stars, de chanteurs de rock et de jeunes premiers, où brillent, au hasard des mèches folles de leurs têtes juvéniles, toutes les nuances vénitiennes du blond et de l’auburn, sans compter la crête rouge orange Iroquois de Kazuyuki Toda, le Masque de fer, Jean-Paul Gaultier à mort, de Tsuneyasu Miyamoto, et le toujours efficace crâne rasé de Shinji Ono. »

– Aujourd’hui un tel périple sur un autre continent vous semble-t-il envisageable ?

C’est vrai qu’il y a a eu pour moi une décennie de rêve, avec les Coupes du Monde au Japon et en Allemagne. J’ai des liens étroits avec ces deux pays, tous mes livres y sont traduits, j’ai de nombreux contacts avec la presse et les universités. Je n’irai certainement pas en Russie, et sans doute pas au Quatar.

– Avec le temps on vous imagine plus détaché dans votre rapport au football. La grande forme actuelle de la Belgique, et la première place au classement FIFA, change-t-elle les choses pour vous?

J’ai toujours, je crois, essayé d’être détaché (même si après l’élimination de la Belgique contre l’Argentine en 2014, j’ai fait une dépression nerveuse).

– Si vous pouviez envoyer votre livre à une personne du monde du football:

Je n’ai jamais eu beaucoup de succès dans cette entreprise. J’ai envoyé mon petit livre « La Mélancolie de Zidane » à Zidane, et j’ai aussi fait parvenir la traduction italienne du livre à Pirlo (j’ai laissé une enveloppe à son nom à son hôtel un jour que le Milan AC jouait à Bruxelles contre Anderlecht), sans jamais avoir de réaction de leurs parts.

– Si vous pouviez envoyer votre livre à une personne extérieure au monde du football:

Je l’ai envoyé à deux ou trois comédiens que j’admire, et voici quelques-unes des fleurs qui m’ont été jetées. Il est temps maintenant que je fasse un petit tour d’honneur (vous savez quand même que Football a obtenu le Grand Prix Sport et Littérature 2015 !) : « Hier prenant mon courrier au français après deux mois d’absence, je trouve Football dédicacé! Merci de tout cœur! Je n’avais pas attendu pour le lire et d’impatience l’avais acheté comme un mort de faim…Oui, c’est une merveille, un livre parfait. » (Denis Podalydès) « Votre livre m’a enchanté, nourri, et fait sentir le bonheur dont on hérite quand le football inspire les intellectuels et à quel point les intellectuels peuvent enrichir la vision du football, propriété des commentateurs spécialisés. » (André Dussolier).

Propos recueillis en exclusivité par Benjamin Laguerre pour Au Premier Poteau.

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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