Entraineurs français : pourquoi tant de haine?

25
novembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

garcia

Le licenciement de Marcelo Bielsa n’a fait que raviver des débats et des querelles sans fin au sujet d’un des personnages les plus mystérieux du football actuel. Génie incompris et romantique pour les uns, usurpateur borné pour les autre, les commentaires à son égard sont rarement mesurés. Mais cet épisode remet également sur le devant de la scène cette dichotomie que l’on tente d’imposer aux amoureux du football hexagonal : les entraineurs étrangers révolutionnaires contre les techniciens français incompétents. Alors que même le sélectionneur national n’est pas épargné par les critiques, et ça de tout temps, pourquoi tant de haine envers les coachs de l’hexagone ?

Un vent de fraîcheur des entraineurs étrangers qui fait pschit

Les arrivées de Ranieri, Oscar Garcia, Marcelo Bielsa, conjuguées à celle d’Unaï Emery et Lucien Favre les années précédentes, devaient dépoussiérer un paysage du football français médiocre, tourné sur lui même, et qui n’arrive pas à se réinventer. À la fin du mois de Novembre, un a démissionné après une déroute historique dans un derby, un autre vient de se faire licencier et n’a pu mener son équipe au delà de la 19ème place, et un autre végète à la 17ème place malgré une saison séduisante l’année dernière. Ne reste que Ranieri, sans conteste un des meilleurs entraineurs européen actuellement, Emery et Jardim placés à la tête d’équipes avant tout construites à base de dizaine de millions d’euros. Les échecs cités mériteraient un article pour chacun d’entre eux tant ils relèvent de situations complexes, mais ils ont le mérite de déconstruire l’idée préconçue, et fausse, selon laquelle confier un effectif à entraineur étranger plutôt qu’à un français (« ces gros nuls ») serait gage de réussite.

Marwen Belkaïd pointait dans un récent article, la pensée primaire qui sévi(rai)t en Ligue 1, nourrie du « mirage du résultat » : les entraineurs, qu’ils soient français ou non (l’auteur ne faisant pas de lien avec la nationalité des entraineurs et le développement de cette pensée), privilégieraient les résultats à court terme peu importe la manière, plutôt que de développer un jeu permettant d’assurer la pérennité des résultats . C’est un argument souvent repris pour critiquer les entraineurs français et pour souligner le vent de fraicheur qu’apporterait l’arrivée d’entraineurs étrangers. Il semble pourtant au mieux injuste, lorsqu’il n’est pas carrément faux.

 

ranieri

 

Claudio Ranieri est ainsi l’exemple même du pragmatisme et de la valorisation des forces d’un effectif, mais dans une cohérence et une logique qui sont à souligner. L’italien ne serait-il pas du coup qu’un simple René Girard amélioré ? Lui aussi est réputé pour l’identité « solide » qu’il donne à ses équipes. Lui aussi a gagné un titre de champion quand personne ne l’attendait, à coup de victoires 1-0 et d’une merveilleuse cohésion dans un effectif. La comparaison est volontairement provocante, mais elle souligne le fait qu’il existe peut être un discours ambiant plus sévère à l’encontre des coachs français. Lucien Favre, un autre technicien à la réputation flatteuse tout à fait méritée, est en difficulté cette saison, alors que Nice affichait de belles promesses l’année dernière. Il ne semble pourtant remis en cause par personne, alors même que les résultats et les prestations sont plus que décevants. Christophe Galtier n’a lui pas bénéficié de la même clémence, alors qu’il a réussi à maintenir pendant 5 ans son équipe dans le haut du classement, avant d’être remplacé par un entraineur espagnol qui a pris la poudre d’escampette au bout de 3 mois durant lesquels les supporters n’ont pas eu l’occasion de voir une once de début de changement.

De Pélissier à “Pep Génésio”: nos régions ont du talent

Les compétences et le talent des entraineurs français sont les deux grands oubliés de ces discours. René Girard et Christophe Galtier ont été cités, des cibles régulières des détracteurs des techniciens hexagonaux, et ont des titres et/ou une longévité qui parlent pour eux. Mais tous les entraineurs n’ont pas la chance de pouvoir être à la tête d’une grande équipe, ou de tomber en même temps que des joueurs de talents. Cela ne signifie pas pour autant que leur travail ne doit pas être souligné. Marwen Belkaïd citait à très juste titre Michel der Zakarian ou Stéphane Moulin, auxquels on pourrait rajouter Stéphane Pélissier qui avait fait un énorme travail à Luzenac et qui continue à montrer ce dont il est capable avec Amiens depuis plusieurs saisons, ou encore Antoine Kombouaré dont on regrette qu’il n’ait pu entrainer ce nouveau PSG plus longtemps. D’autres exemples pourraient être mentionnés, comme Patrice Garande qui réalise un très bon début de saison avec le Stade Malherbe. Certes il ne s’agit pas ici des nouveaux Arrigo Sacchi, mais en cloisonnant rapidement le débat en faisant des raccourcis sur les entraineurs français, on occulte le très bon travail réalisé par ces techniciens qui montre que le football français n’a peut être pas tant besoin que ça d’entraineurs venus d’ailleurs. Notons à ce titre que, contrairement aux joueurs, il n’y a pas de pays de « grand entraineur », et que le déterminant de la nationalité dans la qualité d’un coach semble tout à fait minime.

 

conceicao

 

Il est minime dans les faits, alors qu’il prend des proportions exagérées dans le traitement médiatique. L’exemple de Bruno Génésio est particulièrement intéressant en la matière. L’entraineur lyonnais s’était lui même plaint en conférence de presse du traitement différencié par la presse et les observateurs, entre entraineur français et entraineur étranger, et notamment espagnol. Épisode qui, conjugué à des débuts compliqués, lui a valu le surnom de « Pep Génésio ». Pourtant, alors que certains peinent à reconnaître la part de responsabilité d’un technicien chilien dans l’échec d’un projet dont il a été partie prenante, Génésio est en passe de remporter le défi de taille auquel il devait faire face. Amputé de ses cadres partis sous d’autres horizons, le coach des Gones a pourtant parfaitement réussi la mue de son équipe, en modifiant son style de jeu plus direct et en contre, et en s’adaptant aux nouvelles recrues. Il est d’ailleurs intéressant de relever le fait que là où Lucien Favre n’arrive pas à faire cohabiter ses solistes, son homologue lyonnais a lui trouvé la solution pour faire jouer ensemble des joueurs au profil similaire (Mariano, Depay, Traoré…). Mais une nouvelle fois, le travail réalisé n’est que peu mis en avant : peut être que « Pep » Génésio avait en fait bien raison…

Pragmatiques contre romantiques

Ce « mirage du résultat » , n’aurait donc rien d’une spécialité française, et les critiques à l’encontre des entraineurs de l’hexagone sont injustes, et en décalage avec une réalité que certains idéalisent. Mais derrière ces questions se cache un autre débat également soulevé par Marwen Belkaïd toujours sans y introduire la notion de nationalité : faut-il privilégier les résultats ou le style de jeu ? C’est à ce moment que la question du pays d’origine peut intervenir de manière plus pertinente, car il existe des styles de jeu différents d’un pays à un autre. Il est difficilement contestable que le « jeu espagnol » est plus attrayant que le style français. Didier Deschamps est le symbole le plus parlant de ce dernier, lui qui a gagné de nombreux titres, qui a ramené l’équipe de France au premier plan, mais à qui l’on reproche des victoires étriquées et l’absence de style de jeu. Ce sont deux écoles irréconciliables qui sont opposées ici : les pragmatiques contre les romantiques. Il n’y a pas à trancher entre ces deux visions, que certains vibrent par les résultats et d’autres par le contenu n’est absolument pas un problème en soit, si tant est que tout le monde soit capable d’écouter autrui. Le cas Bielsa montre les progrès qu’il reste à faire en la matière …

Crédit photos : Pacophotographie

 

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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