En VAR et contre tout

14
janvier
2020

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Catégorie : Ligue 1

VAR

Le championnat de France est arrivé à mi parcours et a délivré le nom de son champion d’automne 2019, le Paris Saint Germain, évidemment. S’il n’y a aucune surprise quant à son identité, ce qui fait parler lors de cette première partie de championnat, c’est la technologie censée aider le corps arbitrale. Or, on peut constater que des erreurs grossières sèment le trouble dans les esprits et que l’avenir de cette technologie pose question.

Il faut pourtant se souvenir que chaque évolution dans le football a eu son lot de septiques et de réfractaires. Mais pour ne pas mourir, un sport se doit d’évoluer avec son époque, et c’est ce qu’a toujours réussi le football. C’est ce qui fut fait après la coupe du monde 1966 en Angleterre, avec l’arrivée des cartons jaunes et rouges. L’arbitre du match Argentine-Angleterre ayant toutes les peines du monde à se faire entendre et respecter pour sortir un joueur Argentin un peu trop violent, obligea le board à en venir à cette innovation. La mutation du football s’accéléra avec l’autorisation des remplacements de joueurs  puis, plus tard, les tirs aux buts pour départager deux équipes à égalité après les prolongations. On pourrait parler aussi du but en or et du but en argent qui ont été essayés puis abandonnés.

La video assistant referee semble s’imposer comme une évidence, associée à la goal-line technology qui officie, elle, sur la ligne de but. Mais est-elle la panacée pour autant? Pas si certain. 

En France on semble naviguer à vue autant sur son utilisation, que sur sa dénomination. « La VAR », qu’il ne faut pas confondre avec la pièce de Molière, ou « le VAR », qui n’a rien à voir avec le département du sud de la France. Pour ma part que ce soit « une » assistance ou « un » arbitrage, j’emploierai le féminin (choisi ton camp camarade) pour éviter de me perdre dans mon propos.

Le principe de l’apport de cette nouvelle technologie est louable. Elle permet à l’arbitre de revenir sur des faits de jeu qui lui aurait échappé pour plus de justesse dans son appréciation. Et le rapport post coupe du monde féminine  2019, de l’ancien arbitre International Pierluigi Collina, aujourd’hui président de la commission des arbitres de la FIFA, ne dit pas le contraire: «  Je suis heureux qu’on ait quelque chose pour aider les arbitres, j’aurai aimé avoir la même chose pour me corriger quand je faisais des erreurs », dit-il. Et insistant sur l’obligation de faire évoluer les règles, il  justifia celle obligeant le gardien à garder un pied sur la ligne avec une réflexion ne souffrant d’aucune objection possible: « la loi qui intimait aux gardiens d’avoir les deux pieds sur la ligne a toujours existé mais n’a jamais été respectée. »

Il est certain qu’avoir un avis tranché sur le sujet est difficile mais en pensant à cette main de Thierry Henry contre l’Irlande en barrage qualificatif de la coupe du monde 2010, provoquant le but de William Gallas et précipitant l’élimination de la verte Erin, on ne peut qu’appeler à plus de justice. En 1990, les Marseillais se souviendront également de la main de Vata qui les priva de finale de ligue des champions. Et si votre mémoire est capable de remonter  37 ans en arrière, peut être vous remémorerez vous l’acte odieux du détestable et détesté (en France) Harald Schumacher envers Patrick Battiston. Il est probable que cet exemple rallierait bon nombres de  Français à la cause que défend monsieur Collina. Et comment oublier la main de dieu en 1986 au Mexique, Maradona y met au supplice la sélection anglaise avec deux buts dont un entaché d’une main non signalée. Quand on pense que l’Argentine gagne le titre derrière, ça laisse songeur. 

Mais pour chaque projet il y a les « pour » et les « contre », et il faut écouter tout le monde avant de trancher. Jusqu’où remonter l’action en cas de litige, car il peut y avoir eu un fait de jeu en amont qui pourrait fausser le jugement, entraînant pour le coup un autre soucis qu’il faudra éclaircir en remontant encore l’action. Ou, question inverse,  à partir de quand ne plus traiter l’action? En cette première partie de saison les exemples ont été légion. Difficile de se mettre d’accord. Les arbitres ne deviennent-ils pas passif en s’appuyant sur la technologie de peur de se tromper?

En conclusion, il faudra sans doute procéder à une refonte en profondeur des lois du football et éviter le tâtonnement en les remaniant au compte goutte. Il faudra aussi se donner les moyens d’expliquer les décisions prises au public, ce que fait la Premier League anglaise qui a adoptée la VAR cette saison 2019/2020. Et pour finir, peut être faudra-t-il écourter le temps de jeu pour éviter l’américanisation de notre sport et faire en sorte qu’un match ne dure pas des heures, exposant d’autant plus les arbitres. 

Il est évident que tout ne sera pas simple mais soyons un minimum patients et tolérants. Et comme l’écrit Rabelais dans Gargantua: « il faut ouvrir le livre et soigneusement peser ce qui y est déduit puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre l’os et sucer la substantifique moelle. »

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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