Egypte/Algérie 2009 : Rendez-vous en terre incandescente

06
avril
2016

Auteur :

Catégorie : Afrique

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Dans la course à la Coupe du monde 2010, l’Egypte et l’Algérie jouait un match décisif pour aller en Afsud. Un match devenu légendaire sur et en dehors du terrain.

Sous les pavés, Le Caire

L’histoire commence le jeudi 12 novembre 2009, le bus de l’équipe d’Algérie arrive à l’aéroport du Caire pour un match à enjeu. Le schéma est simple, tout autre résultat qu’une défaite par deux buts d’écart qualifie les fennecs pour la Coupe du Monde 2010. Entre deux peuples dingues de football, un match aussi important ne pouvait se passer normalement. C’est ce que vont découvrir les algériens une fois dans le bus pour rejoindre leur hôtel cairote. Si en Polynésie, on vous dépose un charmant collier de fleur autour du cou pour vous accueillir, les verts et blancs ont reçu eux « des pavés de 5 kilos » dira Yazid Mansouri à l’époque. De plus, l’ancien lorientais parle de policiers qui « ont laissé faire et regardé ». Antar Yahia, capitaine de l’époque ajoutera à la radio que les joueurs étaient « allongés dans le bus car toutes les vitres étaient cassés ».

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Une fois arrivé, l’hôtel se transforme en succursale des urgences de la capitale, avec des gars la tête en sang, d’autres qui crient dans tous les sens, tout ça étant combiné avec la présence des caméras, le dessin ressemble presque à une scène de guerre. Résultats des coups, cinq joueurs algériens seront blessés lors de ce traquenard : Mansouri, Saïfi, Halliche, Lemmouchia et Djebbour. Cap’tain Yahia ira même jusqu’à dire qu’il a « peur de jouer ce match ». Si on parle vite de peur dans le football, cette fois c’est bien plus compréhensible que d’habitude. Une fois la situation légèrement apaisée, les joueurs rejoignent leur chambre pour essayer de se reposer à moins de deux jours de ce match-clé. C’est à ce moment là qu’aura lieu un événement pas habituel non loin des fenêtres des joueurs. Connaissant l’importance d’une bonne nuit avant de jouer au foot, certains égyptiens décident de fêter un mariage près des oreilles de leurs adversaires. Quiconque est déjà allé dans un mariage égyptien peut raconter à quel point il est impossible de dormir dans ces moments-là.

Un avant match en mensonge et calomnie

Si cet événement fera scandale, force est de constater que cette fois le chambrage est d’un très très haut niveau. Après cette première journée mouvementée, les fennecs l’ont compris, ici ils ne sont pas les bienvenus. Le lendemain, les mauvaises surprises continuent, en première page du quotidien égyptien, Al-Ahram, on parle d’une thèse farfelu, qui indiquerait que le bus des fennecs a été détruit par… eux-mêmes. L’article parle d’un « étrange incident » pendant lequel les joueurs auraient frappé dans les fenêtres pour ensuite parler d’agression de lanceurs de pierres. Le journal indépendant Al-Shuruq parle lui de « fabrication complète » pendant qu’Al Gomhuria parle même de joueurs qui auraient agressé le chauffeur égyptien de leur bus. Bref, un jour après les incidents, la tension est à son comble et le match qui s’annonçait chaud va être bouillantissime.

Pour calmer les esprits avant de connaître un massacre, les grandes figures du pays font de nombreux appels au calme à l’image du ministre des affaires étrangères de l’époque Hossam Zaki pour qui « il faut travailler pour maintenir les liens forts entre les deux pays » car il faut bien comprendre que ce match a attisé une incroyable haine. Il sera même organisé ce soir là au Caire un grand concert où ont chanté Mohamed Mounir (grand chanteur égyptien) et Cheb Khaled (celui qui voulait être écouté par Aïcha) pendant lequel les deux artistes parlent d’amour de leurs deux pays respectifs et du peuple arabe en général devant plus de 45.000 personnes massées dans les rues de la capitale. Le soleil se couche sur le Caire à la veille du match, le calme avant la tempête sans doute…

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95 minutes d’Histoire

On arrive enfin au samedi, un 14 novembre qui doit rentrer dans l’histoire. Plein comme un œuf depuis bien longtemps, le Stade National du Caire attend 19h30 pour s’embraser et pour porter une équipe qui doit au moins gagner de deux buts pour espérer. Pour rappel, si l’Algérie ne perd pas ou seulement par un but elle va en Afsud, si l’Egypte gagne 2-0 on aura droit à un barrage le mercredi suivant et donc une plus grosse victoire des Pharaons les enverrait à la Coupe du Monde. Absent des réjouissances mondiales depuis 1990, les Pharaons aimeraient enfin que le monde les connaissent, eux qui dominent leur continent depuis 2006. Du côté algérien, on attend ça depuis 1982 et la grande victoire face à la RFA de la bande à Madjer.

Une fois les feuilles de match entre les mains, on comprend vite les tactiques du soir. Du côté algérien le milieu est renforcé avec Saïfi seul en pointe tel Robinson sur son caillou pendant que l’Egypte très logiquement fait confiance au duo Zidan-Zaki associé au magicien du Caire, l’icône du pays, Mohamed Aboutrika. Un joueur méconnu en dehors de ses frontières mais qui fera dire un jour à Thierry Henry : « ce gars là mérite de jouer en Europe » au détour d’un match de championnat du monde des clubs.

Les Pharaons sont venus pour tout casser et ça commence sur les chapeaux de roues avec un but d’Amr Zaki après seulement deux minutes. Les tribunes déjà en fusion vont faire monter la mayonnaise encore d’un cran. Ce but est le symbole de l’abnégation et de la domination égyptienne qu’il va y avoir dans cette partie. Après une frappe sur le poteau de Zidan, ses coéquipiers récupèrent le ballon et c’est donc Zaki qui est le premier à réagir pour envoyer le ballon dans les filets. Deux minutes de jeu déjà 1-0 pour les locaux, la soirée va être longue pour les fennecs. Le match continuera sur cette lancée, l’Egypte domine avec une possession moyenne de presque 65% pendant que du côté algérien, les longs ballons vers Rafik Saïfi se multiplient sans jamais ne mettre vraiment en danger l’arrière-garde rouge et noire. La mainmise des hommes de Shehata sur le match ne porte pourtant pas ses fruits. Si ils dominent, ils n’arrivent pas à toucher leur objectif : marquer ce deuxième but pour enfin respirer.

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Dans un match haché par les nombreuses fautes et autres contestations, les cinq minutes de temps additionnel accordée par l’arbitre Sud-Africain Jerome Darmon feront débat pour une simple est bonne raison. A la 95ème minute, Meteab qui a remplacé Zaki en pointe s’élève pour envoyer un coup de tête qui fera chavirer les Egyptiens du monde.

Un but qui à jamais restera dans l’imaginaire de ce pays dingue de foot. Meteab le talentueux toujours discuté a donné du bonheur à tout le monde. Si il fallait un rebondissement romanesque de plus à ce match, nous l’avions. Cette partie venait de rentrer dans l’histoire.

Un peu plus d’une minute après, un miracle a failli se produire suite à un centre venant de la droite, Mohamed Barakat seul à gauche des cages envoie sa reprise dans le petit filet. Un raté qui aura de lourdes conséquences, mais pour l’instant l’Égypte est en pleine liesse au coup de sifflet final, son équipe a réussi sa mission difficile pour décrocher un match d’appui qui décidera du sort des deux équipes.

La nuit cairote sera bien évidement très longue pendant qu’en Algérie, certaines entreprises égyptiennes seront attaquées à l’image d’Orascom Group ou Egypt Air.

Suite aux incidents avant et après cet Egypte/Algérie, la FIFA ouvrira une enquête qui ne donnera rien. Ce match aura en tout cas symbolisé le football africain, pourri par certains débordements honteux mais tellement passionné qu’il en devient fascinant.

C’est finalement l’Algérie qui s’est qualifié (1-0) suite au match d’appui joué s’est déroulé au Soudan…

Auteur : Thomas Bartoli

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