Doria, les principes de Bielsa face au foot business

07
février
2015

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Catégorie : Ligue 1

Et si le problème entre Doria et Bielsa était de toute autre nature que celui que l'on nous vend depuis des scènes. Tentative d'éclairage.

Bon, on récapitule. Le futur Thiago Silva était arrivé à Marseille cet été. Mais le méchant père fouettard argentin n’en a pas voulu. Tel un vil, fourbe mangeur d’enfants d’1m88, il s’est donc décidé à l’humilier, à ne jamais le faire jouer et à détruire la carrière du très probable Maradona des lignes arrières. Avec cette magnifique remarque distillée sur tous les plateaux TV de France en épitaphe : « Avec Doria, Bielsa montre que son entêtement pénalise l’équipe ». Hé ouais, les mecs, un vrai plouc en fait ! Il fallait un catalyseur anti-loco, les journalistes l’ont trouvé avec le brésilien. Bien, bien, bien. Bon et si on analysait tout ça calmement sans vouloir à tout prix se prouver plus intelligent footballistiquement qu’un génie en la matière ?

Imaginez ! Imaginez, demain le Real essaye de refourguer Varane en prêt ? Vous imaginez Saint-Étienne le refuser ? Merde, merde, merde, on glisse sur l’exacte pente que l’on essaye de contourner. Loin de nous, l’idée de voir en Doria un mauvais joueur.

Par contre, il est peut être possible une seconde, allez les gars une seule seconde de l’imaginer pas tout à fait prêt pour la Ligue 1 ? Mais non ! Un international brésilien rentré à 4 minutes de la fin d’un match gagné 4/0 contre la Bolivie est forcément un phénomène ! Réussir à se faire une place dans une ligne de défense composée ce jour là de André Santos/Réver/Dedé/Jean, c’est costaud. Assez de Doria bashing !

La vérité c’est que le gamin est costaud et pourrait avoir un grand futur mais ça fait quelques années qu’il stagne. Il lui faut progresser sous peine pour lui de juste devenir un quelconque Henrique.

« La décision de changer Mendès par Doria n’améliore pas l’effectif.(…) Un joueur confirmé et installé en France contre un espoir de 19 ans avec tout le travail à faire. » Bielsa, 4 Septembre

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Son arrivée à Marseille déplaît premièrement au loco pour cela. Et il l’exprime très clairement dans cette désormais fameuse conférence de presse du 4 Septembre. On lui enlève un défenseur brésilien aguerri à l’Europe (L.Mendes) pour lui ramener un jeune coq mal déplumé (Doria). Il insiste également dans cette fameuse conf’ sur la dénomination de l’entourage de Doria. Il les qualifie d’ « imprésarios ». Et insiste sur ce terme.  Doria qui appartenait (imparfait ? présent ?) partiellement à un fond d’investissement a été vendu à l’OM d’abord sur sa prétendu valeur et ces fameuses étiquettes qui fonctionnent tellement bien. Et encore mieux lorsqu’elles croisent un esprit faible toujours à la recherche d’un gros coup en matière d’image comme celui de Labrune. International brésilien, capitaine de la seleçao espoir, crack…

Ces fameux imprésarios agissant pour des fonds d’investissements semblent désormais avoir leurs entrées à la Commanderie. Bizarre alors que la tierce propriété est interdite en France…

Et si le problème entre Doria et Bielsa était de toute autre nature que celui que l'on nous vend depuis des scènes. Tentative d'éclairage.

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Prenez le transfert de L.Mendes par exemple. Aucune logique sportive, obéissant parfaitement à la manière de fonctionner de ces fonds d’investissements (transfert fréquents, valorisation de l’actif..) et permettant le placement d’un plus gros « actif »(Doria). La visite cet hiver d’un autre brésilien, Malcolm, semble confirmer le fait que l’OM est entré dans le cercle des « vitrines ». De ses clubs qui « prêt(ent) leurs maillots » (Bielsa). Alors bien sûr cela devrait ravir les supporters voyant les Benfica, Porto, Atletico comme des exemples de réussites depuis plusieurs années. Mais la tierce propriété c’est tout simplement interdit en France ! Et non Bielsa-compatible ! Parce qu’il se refusera toujours catégoriquement à faire jouer un produit plutôt qu’un joueur.

Autre différence entre l’OM et Porto, c’est que les portugais possèdent avant tout une bête de cellule de recrutement, ils n’achètent pas qu’en fonction de la réputation. Encore un point dénoncé ce 4 Septembre par Bielsa, l’inexistence d’une cellule de recrutement de haut niveau à l’OM surtout pour l’étranger.

Affaiblissement de l’effectif, manœuvres financières plutôt que sportives, démonstration de l’incompétence d’une partie du club : ça partait mal.

« Je ferais tout pour que Doria réussisse, et travaillerait dans ce sens. » Bielsa, 4 Septembre

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Les étiquettes et le montant de son transfert augmentant à chaque match la pression autour d’une possible titularisation, les médias ont magistralement monté en épingle cette guéguerre Doria/Bielsa. Expliquant que le second pour une histoire de fierté mal placée ne ferait jamais jouer le premier. Le pauvre brésilien se transformant en martyre, en cause nationale pour tous les journalistes sportifs de France et de Navarre. Le tout sans jamais ne l’avoir vu jouer. Ils lui donnaient l’amour et la reconnaissance que l’autre plouc en survét’ lui refusait. Pourtant il l’a toujours qualifié de « grand footballeur », de « très grand professionnel » en conférence de presse sans que ça ne soit jamais relevé. Peuchère Doria, il joue même pas. Aloé ? Bah, pas d’étiquettes et tout. Arrêtez de nous faire croire qu’il est meilleur que Doria ! International brésilien, mec ! C’est pas comme si n’importe quel Marcelinho pouvait compter une cape dans cette équipe ! Quoi, 5 sélections ?

Le vrai nœud de ce problème est finalement la valorisation de ces étiquettes, l’actif étant en train de perdre de la valeur. La tierce propriété n’a pas le temps pour un travail de fond destiné à polir ces diamants. La tierce propriété ou le nom que ça prendra en France…

Le problème Doria est en fait bien plus épineux que le ridicule combat de coq décrit dans les médias. Il englobe en effet la marchandisation extrême du football moderne, la naïveté des dirigeants français et le manque de patience des médias envers tous ce qui est exotique. Il faut mettre ce dernier point en relation avec la haine que semble avoir les scribouillards français envers le rosarino mais bon… Ce retour au Brésil sonne en tout cas comme un véritable échec. Pour lui tout d’abord alors qu’il était tout proche de l’équipe première et d’enfin prouver à son coach qu’il n’était pas qu’un produit éphémère. Pour Bielsa ensuite qui n’aura pas pu finir le travail entrepris puis enfin pour Labrune, les impresarios et tous les « financiers » qui n’auront pas valorisé l’actif. 

Quant à la presse, elle prie désormais pour une défaite à Rennes…

Auteur : Mourad Aerts

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot et de ce qu'il représente partout dans le monde

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  • samuel t

    Bonjour Mourad,

    Quand on regarde cet article, qui date de février 2015, à la lumière de tout ce qui s’est passé depuis cet été, on ne peut que remarquer la finesse de l’analyse.

    Bravo et merci !

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