Djilobodji, Touré, Cissokho, Raspentino, Rodelin : les opportunistes

19
janvier
2014

Auteur :

Catégorie : Interviews / Ligue 1

Issa Cissokho, indiscutable avec le FC Nantes et issus du championnat National.

Quels sont les 3 points communs entre Ronny Rodelin, Florian Raspentino, Birama Touré, Issa Cissokho et Papy Djilobodji ? 

Le premier est qu’ils évoluent tous aujourd’hui en Ligue 1 …

Le second est qu’ils n’ont pas suivi la «voie royale» et sans embûches au cours de leur jeunesse footballistique  …

Le troisième est qu’ils se sont récemment fait un nom (ou en l’occurrence un prénom pour Issa, grand frère d’Aly Cissokho de Liverpool) au Football Club de Nantes.

Alors comment ces joueurs, issus des divisions inférieures, ont-ils pu devenir des titulaires au FC Nantes, au LOSC ou encore à Bastia ? Matthieu Bideau, responsable de la cellule recrutement au sein du centre de formation du FCN et en première ligne lors de l’arrivée de ces 5 joueurs sur les bords de l’Erdre, à accepter de répondre à nos questions.

Matthieu, comment ces 5 joueurs se sont-ils fait repérer par le FCN ?

Ronnie Rodelin : «J’avais décidé d’assister au match Villemomble – Rodez en National, pour voir évoluer deux équipes que je ne connaissais pas. Comme tout recruteur j’avais rapidement ciblé avant le match les quelques jeunes joueurs sur la feuille de match. Ronny m’a fait tout de suite une grosse impression à l’échauffement notamment sur sa technique et son élégance gestuelle. Pour un gaillard d’1m90 c’est chose rare ! Il est rentré  20 minutes en fin de match et a tout de suite fait parler la poudre. Le lundi le «dossier» était sur le bureau de Christian Larièpe (directeur technique du FCN entre 2007 et 2009) qui a ensuite envoyé Vincent Rautureau (ex recruteur du FCN) pour confirmer. Après deux autres observations l’affaire s’est rapidement bouclée malgré la concurrence du TFC».

Florian Raspentino : «Guy Hillion (ancien directeur sportif du FC Nantes), en poste depuis de temps, nous informe qu’un agent l’a appelé pour lui proposer un jeune attaquant qui claque des buts en CFA. Au bout de deux jours de stage, Florian a fait l’unanimité à tous les niveaux. Sens du but, très dynamique, virevoltant, intelligent dans ses déplacements, un mec pétillant. On n’a pas hésité une seconde ! Lui non plus !».

Birama Touré : «À trois mois de la fin de la saison un très bon contact m’appelle et me dit qu’un jeune milieu relayeur fait parler de lui en CFA à Beauvais. Je transmets immédiatement l’info à  Bruno Cheyrou qui vient juste de mettre un terme à sa carrière pour endosser une nouvelle fonction au FCN. Très rapidement il valide en observation et Birama signe les yeux fermés au FCN».

Issa Cissokho : «Issa était notre voisin depuis des années (Carquefou). Nous aimions sa vitesse, ses changements de rythme, sa pugnacité. Pour renforcer notre réserve et encadrer nos jeunes on lui a proposé un challenge au FCN. Il a tout de suite dit oui à notre sollicitation sans se poser de questions. Il a saisi sa chance dans la minute !».

Papy Djilobodji : «Tout est parti du fait que Papy débarque en CFA à Moissy Cramayel. Romain Casagrande, fils de Philippe Casagrande l’un de nos recruteurs, est alors gardien de but dans ce club. Immédiatement il signale à son père l’arrivée de Papy. Après deux observations Philippe a remonté l’information puis insisté  «lourdement» pour qu’on s’engage rapidement sur ce joueur. Après un match de coupe de France à Sedan le FCN s’est positionné de façon définitive et l’arrivée de Papy a été rapide car le FCN était en souffrance et avait besoin de sang neuf à ce moment là ».

Quelles sont leurs qualités majeures ?

Ronny Rodelin : «Ronny avait besoin de se renforcer au niveau athlétique et d’encaisser de grosses charges de travail. Son corps n’était pas prêt. Il a beaucoup souffert au départ, il est même redescendu en CFA à plein temps pendant 6 mois après 1 an dans le groupe professionnel … À côté de cela, son ressenti dans le jeu, son aisance technique, son jeu de tête, et sa vitesse étaient naturelles».

Florian Raspentino : «Chez Florian ça va vite partout ! Ca pétille ! Dans sa tête, dans ses jambes, dans sa capacité à enchaîner, dans sa prise de décision devant le but. Sa joie de vivre l’a beaucoup aidé également».

Birama Touré : «Son calme, son  sang froid, sa rigueur, son respect du jeu sont ses grosses qualités. Il prend du plaisir à faire ce que beaucoup déteste. Application et justesse sont les deux mots qui le caractérisent parfaitement à mon sens ».

Issa Cissokho : «Sa capacité à répéter les efforts, sa capacité à gagner ses duels grâce à sa puissance et sa vitesse sont ses armes lourdes. Il a une bonne patte en position de centre également. Son caractère toujours très positif lui a permis également de ne jamais rien lâcher. Il s’est accroché de bout en bout. Chapeau ! »

Papy Djilobodji : «Un profil morphologique atypique, une patte gauche, un sens du devoir hors norme, une vitesse rare pour des joueurs de sa taille et un jeu de tête monstrueux … Papy devait être canalisé et recentré sur l’essentiel en compétition. Aujourd’hui c’est chose faite ! ».

Pourquoi ce recrutement dit « post-formation » ?

«Aujourd’hui tous les clubs professionnels français recrutent de jeunes joueurs pour faire de la formation. La concurrence est telle que parfois les prix s’envolent sur des garçons de 13/14 ans. Dans ce recrutement entre 12 et 15 ans il y a 3 catégories de clubs : Ceux qui peuvent investir de fortes sommes pour attirer les talents … Ceux qui ne peuvent pas et se servent donc de leur image, leur passé en formation, leurs résultats du moment, leur scolarité performante ou autres … Et ceux qui passent après les «gros» centres de formation parce qu’ils débutent ou n’ont pas réputation à sortir de jeunes joueurs.

Dans toutes ces procédures de recrutement il y a de très bons «coups» à faire. Le but étant d’amener un joueur à être très performant à 20 ans et non pas à 13 ans, chacun à son niveau peut former de très bons joueurs de football. Mais de plus en plus les joueurs de talent sont dispersés aux quatre coins de la France là ou avant ils étaient réunis dans 4 ou 5 gros clubs formateurs type Auxerre, Sochaux, Nantes, Cannes ou encore Metz. Il nous faut donc nous adapter !

L’idée est de chaque année composer une équipe réserve performante, compétitive et équilibrée avec le plus grand nombre de joueurs capables de dépanner, puis de s’installer durablement, à l’étage professionnel. Le recrutement «tardif» intervient souvent à ce moment là ! Soit pour combler des manques à un ou plusieurs postes, soit pour étoffer un groupe jeune avec un peu d’expérience ou alors pour amener une plus value immédiate pour obtenir un maintien en CFA ou une montée de CFA2 à CFA.  En fait, tout dépend des objectifs sportifs ponctuels du club et de la génération qui va composer à une année « A » votre groupe réserve. Le volet financier a aussi une part non négligeable dans ce type de démarche : Le coût d’un recrutement à 13 ans est nettement supérieur (contrats, hébergement, voyages, scolarité sur 5 ou 6 années) à un recrutement à 18, 19 ou 20 ans. Le risque d’échec est moins fort également. Espérons que des joueurs comme Yacine Bammou (ex Ivry CFA2 aujourd’hui prêté à Luçon, National, par le FCN) ou encore Amine Oudrhiri (recruté au Red Star il y a 8 jours par le FCN) suivront une trajectoire ascendante à l’instar des «Djilo» et compagnie. Je ne leur souhaite que ça !»

Comment prédire ce genre de réussite ?

«Personne ne peut la prédire ! Il faut juste s’assurer que le joueur recruté a faim d’apprendre et de travailler pour saisir sa chance en professionnel le jour où on lui la donnera. Dans ce genre de cas il ne faut pas être d’un naturel impatient et il faut surtout être très déterminé à forcer le destin. Le contexte d’un club de football est en perpétuel mouvement au gré des résultats, blessures ou autres changements d’entraîneur. Le joueur dit «intermédiaire», c’est-à-dire qui se situe en permanence entre les groupes professionnel et réserve, doit être prêt le jour J et doit  par conséquent tout faire pour d’une part être performant au quotidien sur le terrain pour que l’on fasse appel à lui « au dessus » et d’autre part mettre toutes les chances de son côté pour que sa grande première soit de qualité.

Florian Raspentino, ancien joueur du FC Nantes et repéré dans les divisions inférieures de France.Ces joueurs «intermédiaires» qui composent le WE en compétition le groupe réserve peuvent être des jeunes issus de l’école de football, de la préformation, du centre de formation ou de la postformation. Il nous faut donc être très bon partout ! Pour en revenir au sujet initial, Issa Cissokho a par exemple patienté plus d’une saison et demie en CFA2 au FCN sous statut amateur puis a répondu présent en Ligue 2 ! Il est aujourd’hui 5ème en Ligue 1, en demi finale de coupe de la Ligue et international sénégalais, le tout à 28 ans… Florian Raspentino a bénéficié d’un recrutement tardif en professionnel et a du coup participé au stage d’avant saison avec le groupe professionnel de Ligue 2 à l’époque … 1 an après il signait à l’OM ! Birama a tout de suite fait l’unanimité en Ligue 2. Ronny a mis du temps à être prêt physiquement et mentalement. Papy a bénéficié d’un contexte de crise sportive au FCN … Maintenant ils doivent se référer encore plus au credo de notre club au quotidien (« celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d’être bon ») car dans ce milieu rien n’est jamais acquis et la roue tourne parfois très vite.

Bref, comme pour tout joueur aux portes du groupe professionnel, peu importe l’âge ou autre … Tout est question de mentalité dans un premier temps puis d’opportunité !».

Auteur : Thomas

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