Deutsche Qualität (1/2)

25
avril
2013

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Catégorie : Dossier

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Après leur démonstration en demi-finale face à Barcelone et au Real Madrid, le Bayern Munich et le Borussia Dortmund devrait, sauf cataclysme, se disputer la Ligue des Champions le 25 mai prochain à Wembley. Pourquoi le foot allemand, trop peu connu par la majorité d’entre nous, domine-t-il d’une telle manière la scène européenne ? Tentative d’explication…

4-0 puis 4-1. Si on interprétait ces résultats de manière rapide et très réductrice, ça donnera la conclusion suivante : Allemagne – Espagne : 8-1 ! Et tout ça en demi-finale de Ligue des Champions, s’il vous plaît. Mardi soir et mercredi soir, le football allemand a fait une éclatante apparition dans le paysage footballistique du citoyen lambda amateur de ballon rond. A peine adopté, déjà au sommet.

Exit le football espagnol, devenu presque ringard en l’espace de 48 heures. Place à la fraîcheur allemande. Mais contrairement à ce qu’affirme ce postulat un brin réducteur, les armadas du Bayern et du Borussia ne sont pas nées en ce printemps 2013. L’an dernier déjà, le Bayern est déjà passé tout près d’un cinquième sacre européen. Didier Drogba, à l’époque à Chelsea en avait décidé autrement. Depuis longtemps déjà, beaucoup de signes laissaient présager à une domination du football germanique à plus ou moins court terme … Décryptage avec une série d’arguments qui ont construit la puissance actuelle du sport roi outre-rhin.

Premier opus de ce décryptage avec les stratégies des clubs en matière d’économie, de stades et de politiques de formation.

Une politique économique structurée et saine

La façon de gérer les clubs dans le domaine économique est certainement l’argument qui démarque le plus le football allemand de ses voisins européens. A une époque où les clubs se font racheter par des hommes d’affaires aux fortunes impressionnantes issue du gaz ou du pétrole (Paris Saint Germain, Manchester City, Malaga, Chelsea,…), les germaniques se démarquent fortement. Les dirigeants de la  Bundesliga ont voté en 2002 une loi interdisant à un investisseur seul de posséder plus de 49% des parts d’un club. Les membres actifs de l’association ont donc une grande influence comme c’est le cas au Bayern avec Uli Hoeness, Karl-Heinz Rummenigge ou encore Franz Beckenbauer. Cette manière de procéder deviendra un véritable atout quand le fair-play financier, si cher à Michel Platini, président de l’UEFA, verra le jour.

La Bundesliga vient de dépasser les 2 milliards de chiffres d’affaires sur la saison 2011/2012 et les bénéfices s’évaluent à hauteur de 55 millions €.  C’est donc le championnat d’Europe qui génère le plus de revenus annuels. La saison dernière, 14 des 18 clubs du Bundesliga ont fait des excédents financiers. Un véritable exploit quand on compare avec la Liga, où de gros clubs comme Valence ou Malaga sont au bord de la banqueroute. Preuve de cette rigueur budgétaire, la part dédiée aux salaires dans les budgets n’est pas astronomique: « seulement» 51%, contre 65% en Angleterre ou 69% en France.

Des centres de formation très productifs

Mario Götze. Marco Reus. Andre Schürrle. Ilkay Gundogan. Julian Draxler. Et tous les autres…  Le vivier de jeunes joueurs allemands est quasiment inépuisable, et chaque club de Bundesliga possède au moins un grand espoir du football allemand dans son effectif.

gotze-reus-dortmundCette politique de formation date du début des années 2000.  Dans une période où la Manschaft était en retrait sur l’échiquier international, les  hautes instances du football germanique  ont décidé de se baser sur la formation pour redorer le blason de la sélection. Et cela fonctionne. Jamais gagnante mais toujours placée. Depuis 2006, l’Allemagne a atteint les demi-finales de toutes les compétitions internationales. Et sans avoir affaire à la génération dorée espagnole, elle aurait pu rafler la mise plusieurs fois.

Il faut dire que cette restructuration s’est faite dans les grandes largeurs et les clubs professionnels doivent suivre des lois très strictes. Les 36 clubs de Bundesliga 1 et 2 sont dans l’obligation d’avoir un centre de formation et posséder au moins une équipe par catégories d’âges entre 12 ans et 23 ans. De gros investissements ont été réalisés par les clubs et la fédération: pour financer la formation des 5000 jeunes présents dans les académies de chaque club la saison dernière, 100 millions € ont été dépensés.

Et ces investissements portent leurs fruits. A l’heure actuelle, plus de la moitié des joueurs évoluant en Bundesliga sont des purs produits de la formation allemande, et la moyenne d’âge des équipes est la plus faible des cinq grands championnats étrangers (25, 2 ans).

Chaque saison, des clubs moyens réussissent des miracles en championnat grâce à leurs jeunes pousses. Cette saison, c’est le cas de Fribourg ou Francfort, modestes clubs du pays qui sont encore en lice pour une qualification en Ligue des Champions, à seulement quatre journées du baissé de rideau.

Des stades de très grandes qualités et la meilleure affluence d’Europe

Là où la France a échoué en 1998, l’Allemagne a réussie en 2006. Les clubs ont profité de l’organisation de la Coupe du Monde à domicile pour construire des stades flambant neufs ou rénover des enceintes déjà existantes. Parfaitement adaptés au football moderne de haut niveau, les stades allemands sont certainement les plus complets d’Europe, alliant technologie, sécurité et nombre de places très élevés. L’Allianz Arena du Bayern est sans doute l’arène la plus moderne du continent.

Et ces stades font toujours le plein, permettant à la Bundesliga d’avoir les affluences les plus élevées en Europe, avec 45 725 spectateurs de moyenne. Le Signal Iduna Park du Borussia Dortmund est, avec un taux de remplissage à hauteur de 99,8% de moyenne (!), le stade qui rassemble le plus d’amoureux du ballon rond avec 80552 spectateurs lors de chaque match du BVB. L’ambiance y est plus chaude que nulle part ailleurs. La Südtribüne, peut contenir jusqu’à 24454 supporters, tous acquis à la cause des jaunes et noirs.

allianz-arena

Le prix des places, très peu élevés favorise ce taux de remplissage. Quand un supporter parisien paye au minimum 35€ pour aller supporter son équipe, celui du Bayern n’en dépense que 15.

Pas à une stratégie financière avant-gardiste près, les clubs sont adeptes du naming. Contre une somme assez importante, ils vendent l’appellation de leur stade à une entreprise, qui porte désormais le nom. C’est le cas des compagnies d’assurance, Allianz et Signal Iduna qui ont donné leur nom au stade du Bayern et du Borussia et du brasseur allemand, Veltins qui a donné son nom a l’ancien Arena aufSchalke.

Le modèle de gouvernance des clubs allemands est donc en train de porter ses fruits. Il ne manque plus que les victoires. Que ce soit le Bayern ou le Borussia, elle devrait arriver cette saison en Ligue des Champions. Quid de la Manschaft? Il ne serait pas indécent de mettre une pièce sur elle pour ramener la Coupe du Monde du Brésil en 2014.

Auteur : Antoine Raguin

Antoine, aspirant journaliste, amoureux de football et de sports en général et nostalgique de Zizou.

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