Deschamps est-il si mauvais?

15
octobre
2017

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Catégorie : Coupe du Monde 2018 / Équipe de France

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« C’est quoi une identité de jeu, à part des mots ? » C’est pas ces mots, relayés dans les colonnes de L’Équipe au lendemain d’une amère défaite en Suède, que Didier Deschamps se parait des critiques qui l’assaillaient. Il y a de quoi grincer des dents quand on sait que ces propos émanent de la bouche du sélectionneur. Mais il n’y a pas de quoi être surpris non plus, quand on connaît le pragmatisme du bonhomme.

L’identité de jeu. Voilà à quoi se résume le débat portant sur cette Équipe de France suite à cette phase éliminatoire marquée par une qualité de jeu toute relative. Et quiconque a osé assister aux purges des rencontres précédentes (Suède, Luxembourg, Bulgarie et Biélorussie) ne peut que remettre en cause le projet porté par Didier Deschamps. Les performances sont mauvaises, c’est vrai, mais est-il vraiment envisageable de donner une identité de jeu à cette équipe, et ce peu importe le nom du sélectionneur ?

Qu’est-ce donc qu’une identité de jeu ?

Au vu de la qualité d’un effectif et des profils des joueurs qui le composent, certains principes peuvent être plus envisageables que d’autres. Définir une philosophie semble être la condition sine qua non pour garantir de bons résultats. Or, aveuglés par le modèle de l’âge d’or de la Roja, nous avons tendance à assimiler une identité de jeu au projet porté par la sélection ibérique. L’Espagne avait une identité de jeu toute dictée par les automatismes des joueurs du Barça et du Réal. Assembler un puzzle à deux pièces est bien plus aisé que résoudre le casse-tête chinois sur lequel DD se casse les dents. Une identité de jeu est très difficile à mettre en place en sélection. Ce qui n’excuse pas les mauvaises prestations de l’Équipe de France.

Croire que la France est la seule grande nation sans identité est une autre hérésie. Avant d’écraser le Brésil 7-1, Joaquim Löw avait lui aussi tout tenté, n’hésitant pas à chambouler son effectif et sa composition d’équipe à de nombreuses reprises. Une identité de jeu signifie donner une ligne directrice, des principes qui dépassent le registre de la disposition tactique. Cela nécessite des automatismes et un travail de longue haleine. Être sélectionneur, en revanche, c’est un travail effectué dans l’urgence, c’est devoir composer avec des éléments à la fraîcheur physique et mentale variées, et à un instant T. C’est tout sauf un travail d’idéologue. Il ne s’agit pas d’être campé sur des principes de jeu, c’est au contraire être capable de réagir et s’adapter. C’est pourquoi des équipes prennent une toute autre envergure au cours d’une compétition. C’est ce qu’a fait la France en 2006 après une phase de poule mal engagée, c’est aussi ce qu’elle a fait en 2016 durant l’euro, de la même manière qu’elle n’avait pas plus de principes fondamentaux lorsqu’elle soulevait la coupe du monde en 1998. Car oui, la France n’a pas d’identité de jeu. Et Franck Leboeuf de conclure après le match contre la Biélorussie : «On n’a jamais eu d’identité de jeu. On a été champion du monde sans avoir d’identité. Nous sommes en quelque sorte les “bâtards” de l’Europe »

Va-t-on droit dans le mur pour autant ?

Sur ces dernières rencontres, les prestations de l’Équipe de France ont laissé un goût d’inachevé. Mais pouvait-il en être autrement ? Vouloir à tout prix que l’EDF se dote d’une identité de jeu suggère déjà qu’elle trouve une certaine stabilité et continuité. Donnez à DD le même effectif sur 38 journées de championnat et peut-être pourra-t-il lui donner une ligne directrice. Sur ces dernières rencontres, le sélectionneur devait se livrer à un véritable numéro d’équilibriste puisque cette équipe est déjà en reconstruction. Elle doit faire face à la méforme de ses désormais ex-cadres (Dimitri Payet, Sissoko), l’absence de tauliers comme Pogba et Kanté (sur le second match), et la nécessité d’intégrer une génération talentueuse dont les porte-drapeaux ont déjà des allures de titulaires en puissance (Mbappé, Lacazette, Lemar voire Tolisso).

Alors qu’on fustige bien souvent la frilosité de la dèche, celui-ci prend note des critiques qui l’accablent et tente de donner au public français ce qu’il veut voir : du sang neuf et un système plus offensif. Alors, à Sofia, Dédé entame le match le plus important de cette phase éliminatoire en partant sur quelque chose de résolument nouveau : un 4-3-3 sans Giroud, mais avec Mbappé, Lacazette et Griezmann à droite. Nous avons vu ce que nous voulions voir, et force est de constater que nous avons donné raison à Deschamps. Cette formule n’a pas fonctionné.

Il serait dommage de freiner l’épanouissement de cette génération talentueuse. Deschamps l’a compris, quitte à brouiller ses repères. Et avant de trouver absolument la formule qui marche, il était important d’éliminer celle qui nous fait défaut. Cette équipe tourne mieux en 4-4-2 avec un Griezmann, bien que peu en vue dans le jeu, toujours décisif quand il évolue dans l’axe. Lemar semble définitivement s’imposer sur le couloir gauche, et même si Coman était titulaire à droite, Mbappé offre bien plus de variété au jeu de l’EdF et est en passe de s’imposer à ce poste. Lui ou Ousmane Dembélé. Cette équipe est en reconstruction et ses prestations ne peuvent qu’en être impactées. Empiler des talents ne suffit pas à donner une cohérence à un groupe. La jeune génération qui débarque en grande pompes est encore en phase de rodage, mais elle devra vite trouver ses repères car l’horizon russe n’est pas si loin.

Auteur : Victor Fuseau

Aime tout autant les tacles appuyés d'Iniesta que la finesse technique de Gattuso.

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