Des boites et des clubs : le PSV Eindhoven

14
septembre
2018

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Catégorie : Dossiers / Ligue 1

philips-light-tower

Aujourd’hui l’expression « foot-business » est bien souvent corrélée à une idée négative : celle d’un sport dont les intérêts économiques supplantent les valeurs populaires viscéralement ancrées dans l’ADN de ce sport. Pourtant, football et logique d’entreprise n’ont pas toujours fait mauvais ménage, et certains clubs sont même historiquement liés à un acteur économique local grâce auquel ils se sont développés. C’est à ces clubs que nous avons choisi de nous intéresser tout au long de cette saison. Comment ces clubs se sont bâtis grâce à ces entreprises ? Pendant combien de temps ? Quel est le rôle aujourd’hui de ces partenaires historiques dans le fonctionnement de ces clubs ? A quel point l’identité de ces clubs est-elle liée à ces marques ? Que représente cette filiation pour les supporters ? Premier épisode pour explorer ces réflexions : le PSV Eindhoven.

Les liens entre entreprise et club peuvent être multiples : héritage d’une couleur, financements massifs, nom d’un stade… et même carrément de donner son nom au club. Si aujourd’hui le cas le plus connu en la matière est certainement Red Bull et ses trois clubs (New-York, Leipzig et Salzbourg, qui feront l’objet d’un épisode de notre série), l’un des pionniers fût certainement le club d’Eindhoven. Ce dernier reçoit ses adversaires en effet au Philips Stadion, mais le nom du géant de l’électronique est aussi présent dans le nom du club le « Philips Sport Vereniging » que l’on pourrait traduire par « l’union sportive de Philips », un peu comme si un des plus grands clubs français s’appelait « l’Association Sportive Alcatel ».

Le PSV a ainsi directement été crée par Philips en 1913 afin de fêter les 100 ans de la défaite française dans les guerres napoléoniennes. 20 ans plus tard l’équipe se professionnalise tout en étant réservée aux employées des usines Philips. Le stade a lui été inauguré à la création du club, au milieu des usines bien évidemment, et a été rénové à plusieurs reprises, toujours grâce aux financements de la marque d’appareils électroniques. Cette dernière est en réalité omniprésente dans toute la ville avec qui elle demeure intimement liée : dans le centre-ville les anciennes usines et ex-bâtiments administratifs de Philips dessinent le paysage urbain et témoignent du rôle qu’a (ou a pu avoir) l’entreprise dans le quotidien de la ville, au-delà de ses liens avec le club qui fait figure de super vitrine.

 

PSV-Eindhoven

 

Il convient néanmoins d’expliciter ces mouvements de « sport d’entreprise » dans la première partie du 20ème siècle. Le paternalisme industriel a été initié en France à la fin du 19ème siècle par André Godin et son fameux familistère de Guise, exemple qui a ensuite essaimé dans la plupart des grands groupes industriels, notamment européens. Le sport faisait partie intégrante de ces stratégies qui, certes étaient en partie destinées à assurer un confort de vie aux forces vives (c’est à cette époque que le « modèle » du logement social a commencé à naître), mais aussi à exercer un certain contrôle sur les ouvriers. Le sport s’inscrit pleinement dans cette logique, d’où l’intérêt pour les entreprises à créer ces équipes. D’autant plus qu’à l’époque le football n’est pas encore perçu comme un moyen de gagner de l’argent.

Néanmoins, l’investissement de Philips dans le club fût rétrospectivement bel et bien pérenne et dépassait la simple visée paternaliste. Le stade fût également un laboratoire à ciel ouvert pour l’entreprise spécialisée dans la fabrication d’ampoules : Philips y installa ainsi son propre modèle de projecteurs à la fin des années 1950. Quelques années plus tôt, Philips contribua à la diffusion du premier match de football à la TV néerlandaise : un derby entre le PSV et le FC Eindhoven. La firme et le club ont par la suite été moins proches, notamment lorsqu’au tournant du millénaire le PSV est passé du statut associatif à celui de société anonyme détenue par des actionnaires. Mais malgré cela Philips continua d’être le sponsor maillot du club, et en 2011, 2 ans avant le centenaire du club, le PSV et son partenaire historique signent pour une nouvelle collaboration de 5 ans, scellant une collaboration historique.

 

Philips-Stadion-PSV-Eindhoven

 

Malheureusement ce contrat fût le dernier de ce type entre les deux protagonistes. En Avril 2015, la direction du PSV Eindhoven a en effet annoncé leur souhait de ne pas renouveler le contrat de sponsor maillot principal de Philips. En cause : les revenus commerciaux insuffisants du club qui ne lui permettent pas de se développer davantage, notamment pour ne pas laisser le grand rival de l’Ajax Amsterdam prendre une trop grande avance. Selon les chiffres du site Ecofoot, Philips payait entre 7 et 10 millions d’euros pour s’afficher sur le devant du maillot du PSV, qui espère pouvoir doubler ce montant. La marque ne se désengage pas totalement étant donné que le stade garde son nom, et qu’elle bénéficiera toujours d’un emplacement sur les manches des maillots. Toujours est-il que leur contribution initiale de presque 10M€ par an sera réduite dans un premier temps à 3M€, puis à 1,5M€. Un désengagement progressif mais réel, sans être pour autant totalement subi par Philips. L’entreprise fait en effet partie des leaders de son secteur très lucratif, et il y a fort à parier que le manque de retour sur investissements envisageables dans le football néerlandais ne les a pas incité à investir davantage alors qu’ils en avaient, probablement, les moyens.

Le club et son équipementier Umbro ont néanmoins souhaité marquer dignement la fin de cette collaboration unique en Europe en élaborant un maillot vintage tout de rouge. Toujours est-il que l’histoire de Philips et du PSV est celle de l’entreprise locale ayant bâti un des plus grands clubs du pays contrainte de le laisser voler de ses propres ailes pour qu’il puisse continuer à grandir. Certes le lien n’est pas rompu mais le désengagement est réel et vient rappeler de manière assez cynique qu’il n’y a pas de place pour le sentimentalisme et la nostalgie dans le football moderne, même lorsqu’il s’agit d’un club géré par un géant mondial de l’électronique.

 

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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