Derrière les mots de JHE

09
juillet
2017

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Catégorie : Ligue 1

eyraud

En l’espace d’une dizaine de jours, le mercato de l’OM s’est singulièrement accéléré avec les arrivées de Valère Germain et de Luiz Gustavo même s’il est clair que ledit mercato est encore loin d’être terminé comme l’a rappelé Jacques-Henri Eyraud lors des deux conférences de presse de présentation des recrues. Au-delà du recrutement de ces deux joueurs nous avons, en effet, assisté à deux conférences de presse au cours desquelles le président olympien, loin de se contenter de présenter les recrues, a également fait le show tout en explicitant une nouvelle fois les objectifs à court et long terme du club – en infléchissant un peu ses propos par rapport au moment de son arrivée.

Dans la mesure où la communication du nouveau président semble être pensée et réfléchie pour ne laisser aucune place à l’aléa et au hasard, il ne me paraît pas inintéressant de tenter d’esquisser une analyse de cette communication en essayant d’être à la fois lucide et froid dans ladite analyse. Cela me parait d’autant plus intéressant que, nous y reviendrons, entre les deux conférences de presse il y a eu des changements parfois peu perceptibles mais importants. Il s’agit donc d’essayer de lire entre les lignes de la communication de notre nouveau président et donc d’aller derrière les mots utilisés puisque, ceci est bien connu, une part importante de notre communication est non-verbale.

La tisane de la discorde

L’élément le plus saillant, celui qui a fait le plus polémique aussi, de la communication présidentielle lors de ces deux conférences de presse a, sans contestation possible, été le fameux coup de la tisane. JHE a suggéré à ceux qui étaient stressés par le mercato – et l’absence de recrues d’envergure dès le début du mercato – de prendre de la tisane pour se relaxer. D’un point de vue communicationnel pur, cette blague (c’est ainsi que l’a présentée Jacque-Henri Eyraud) est quasiment un coup parfait puisqu’en maniant l’humour, le président olympien gagne du temps sans pour autant dire explicitement aux joueurs avec qui il négocie qu’il est sous pression. Toutefois, il me semble que cet élément de communication qui peut être vu comme un bon coup vis-à-vis des journalistes est éminemment dangereux.

Tout d’abord, en visant à la fois les journalistes et les supporters JHE tend à fracturer un peu plus la communauté olympienne puisque ce message a exacerbé les tensions qui existaient déjà entre sceptiques et béats du nouveau président. D’un côté comme de l’autre il existe des exagérations, que je trouve personnellement ridicules. On peut se poser des questions ou émettre des critiques sans tomber dans l’opposition systématique et stérile. De la même manière, on peut louer le travail de la nouvelle direction sans non plus tomber dans l’idolâtrie la plus béate. Mais si la phrase de JHE me parait particulièrement dangereuse c’est bien parce qu’elle fait partie de ce genre de phrases qui vous collent à la peau. Elle m’a personnellement fait penser à la phrase de Vincent Labrune sur les abrutis. Nul ne peut, en effet, prédire quelle sera notre saison et quand bien même le mercato serait réussi on peut aisément imaginer que la mayonnaise ne prenne pas tout de suite. Et si un tel cas de figure venait à se produire, on peut être certains que JHE entendra parler longtemps de la fameuse tisane.

L’Eléphant et la porcelaine provençale

A mes yeux pourtant, la véritable faute de JHE sur cette question de tisane demeurera le fait d’avoir offert de la pub gratuite à Eléphant. Le président a, en effet, projeté une diapositive au moment où il parlait des « moyens légaux » de se détendre sur laquelle figurait une image d’une infusion de la marque Eléphant. A de nombreuses reprises depuis son arrivée, JHE a expliqué à quel point l’ancrage local était important à ses yeux et la mise en place du Next Generation Project va dans le sens de cette importance accordée au local. Le président semble avoir oublié l’ancrage local au moment de projeter cette fameuse diapositive tant le passif d’Eléphant dans la région est lourd.

La tisane Eléphant est en effet née à Marseille mais en 2012, Unilever a décidé de fusionner cette marque avec Lipton. La conséquence de cette fusion a été le licenciement des Fralib de Gémenos les ouvriers qui produisaient la tisane. Ces ouvriers sont donc entrés en lutte contre le géant et après plus de 3 ans de lutte, ils en ont finalement eu raison et ont fondé Scop Ti, une coopérative ouvrière qui produit thé et tisane. Leur marque 1336, pour les 1336 jours de lutte qu’ils ont dû mener, aurait, à mes yeux, bien plus mérité de figurer sur la diapositive de Monsieur Eyraud que celle d’un géant de l’agro-alimentaire qui n’a pas réellement besoin de publicité gratuite et s’est empressé de surfer sur la vague offerte par le président olympien en envoyant des boites de tisane à diverses personnes.

L’ethos managérial

En matière de rhétorique, il est une règle que beaucoup s’échinent à appliquer de manière scrupuleuse, celle qui postule qu’il ne faut énoncer que ce qui n’est pas évident. C’est précisément ici que rentre en jeu la notion de communication non-verbale et, par extension, d’ethos. Théorisé notamment par Aristote, l’ethos définit la manière d’être d’un orateur de telle sorte que cette manière d’être couplée au vocabulaire utilisé, c’est-à-dire le choix des mots, nous renseigne autant sinon plus sur le message délivré que les propos tenus de manière explicites. A ce petit jeu-là, l’ancien étudiant de Sciences Po et chef d’entreprise qu’est JHE apparaît comme un expert.

Depuis son arrivée à la tête du club, le nouveau président a, en effet, transformé les conférences de presse en véritables présentations d’entreprise en épousant tous les codes du monde managérial. La projection désormais traditionnelle de diapositives lors de ses prises de paroles peut faire sourire mais il n’en demeure pas moins que les slides situent désormais l’OM dans une sphère beaucoup plus professionnelle – certains diront rationnelle – que par le passé. Loin de n’être qu’un gimmick un peu amusant, la forme des conférences de presse font corps avec le fond. Pour parler des achats et des ventes, JHE préfère les mots d’acquisitions et de cessions par exemple, signe qu’il se place assurément dans une démarche managériale mais aussi qu’il aspire à gérer le club comme une entreprise lambda.

Intelligence et adaptabilité

Dans la continuité de cet ethos managérial, Jacques-Henri Eyraud semble doué de l’une des qualités les plus vantées par les étudiants en école de commerce et donc par les actuels ou futurs cadres : l’adaptabilité. Si l’on s’intéresse de près aux prises de parole de notre président, on se rend assez rapidement compte qu’il n’apprécie que très moyennement être quelque peu secoué ou remis en cause. Nous l’avons notamment vu au moment de l’arrivée de Grégory Sertic lors de laquelle JHE a rapidement fait part de son agacement en réponse au scepticisme ambiant qui a entouré ce transfert.

Plus récemment, lors de la conférence de presse de présentation de Valère Germain, le président a une nouvelle fois fait montre de cette impatience et de cet agacement dès lors que des questions quelque peu dérangeantes ont été posées. Il a d’ailleurs très vite mis fin à la séance de questions/réponses à laquelle il a participé après l’interview de Germain en prétextant qu’il n’était pas là pour parler du mercato – ce qui, nous en conviendrons, est plus qu’étrange. Il me semble, en effet, que si l’on accepte de répondre aux questions à la suite de la présentation d’un joueur c’est précisément pour parler du mercato, nous n’attendons pas de notre président qu’il réponde à des questions sur le joueur. Prenant sans doute conscience de l’image quelque peu irascible qu’il a pu renvoyer lors de cette conférence de presse, il a décidé d’effectuer la séance de question/réponse suivant la présentation de Luiz Gustavo en compagnie d’Andoni Zubizarreta qui, lui, est beaucoup plus affable et réagit de manière moins abrupte. Nous le voyons donc, JHE est un dirigeant rompu à la communication. Il est toutefois vierge dans le monde du football et la communication dans ce monde-là n’est assurément pas la même qu’ailleurs. Tout l’enjeu pour lui sera de s’adapter à ce nouveau monde en apprenant des erreurs qu’il a déjà pu commettre depuis son arrivée.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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  • Scrum

    Bref ce que vous reprochez à Eyraud c’est de ne pas voir étudié l’historique d’Elephant ?
    Si c’est que ça…..

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