De l’autre côté du périph

10
août
2017

Auteur :

Catégorie : Editos

parc-des-princes

Avec l’arrivée de Neymar sur les bords de la Seine, le PSG marque à nouveau son histoire. Le PSG, ou plutôt Paris, puisque c’est la dénomination que les dirigeants qataris préfèrent pour caractériser le club, comme en témoigne l’évolution du logo du club à l’été 2013. C’est désormais la mention Paris qui domine ce logo, comme si la ville lumière représentait le club à elle seule. Pourtant, à Villeneuve-la-Garenne, à Aubervilliers, à Sevran ou encore à Corbeil-Essonnes, on aime de plus en plus ce PSG. Il suffit d’observer le foisonnement de survêtements à l’effigie du club dans les quartiers de banlieue et la vitesse à laquelle @Pastore93 et autre @verrattihno92 dégoupillent sur Twitter dès lors qu’un tweet égratigne le PSG ou la direction qatarie. Cette direction qatarie, justement, est en train de construire un club à la hauteur de l’image de sa ville mais qui snobe les spécificités de sa région.

Sur le terrain, la difficile intégration des banlieues

A l’été 2000, le PSG est à la une de toute la presse sportive. Et pour cause, en provenance du Real Madrid, Nicolas Anelka revient dans le club qui l’a formé. Enorgueillit par un titre en Ligue des Champions, le natif de Trappes est la star du recrutement estival parisien. Un autre natif d’Ile-de-France le rejoint : Sylvain Distin, originaire de Bagnolet et formé au Paris SG lui aussi. Pour les deux franciliens, les trajectoires sont similaires. Leurs débuts sont réussis, particulièrement sous la houlette de Philippe Bergeroo, malgré un championnat très contrasté pour le club. Ensuite, ils deviennent tous deux indésirables. Arrivé en remplacement de Bergeroo au cours de la saison 2000-2001, Luis Fernandez ne compte plus sur Sylvain Distin qui est transféré à Newcaslte en août 2001. Le solide défenseur central a pourtant réussi une belle carrière outre-manche entre 2001 et 2014 sous les couleurs de City, Portshmouth et Everton. Une période au cours de laquelle le Paris SG aurait pourtant eu bien besoin d’un défenseur de ce niveau. De son côté, Anelka a les faveurs de Luis Fernandez jusqu’en 2002. S’en suit une relation tumultueuse avec le truculent coach parisien qui pousse Anelka à quitter le club de la capitale pour Liverpool en janvier 2002, après avoir marqué seulement deux petits buts entre juillet et décembre 2001. Plus récemment, Hatem Ben Arfa a illustré l’incapacité du PSG a intégré les talents issus des banlieues. Dès ses premières semaines au Camp des Loges, le milieu offensif originaire de Clamart a fait les frais des choix d’Unaï Emery et vu son temps de jeu réduit à quelques poignées de minutes.

.

neymar-paris-saint-germain

.

Des banlieues qui rêvent plus grand

L’échec d’Hatem Ben Arfa est symbolique du fossé qui s’est creusé entre le club et les quartiers de banlieue parisienne. L’obstination du joueur à vouloir s’imposer comme titulaire régulier l’est tout autant. Elle démontre à quel point les milieux populaires habitant les villes de banlieue s’attachent au PSG alors que celui-ci s’évertue à construire son image en s’appuyant sur la ville de Paris mais en snobant ses banlieues. La séquence de la présentation de Neymar sur les réseaux en est l’illustration. Le soir de l’officialisation, le club publie une vidéo intitulée « He’s coming » sur laquelle se succèdent la Tour Eiffel, Notre Dame, le carrousel du Louvre, le Sacré-Cœur, l’Arc-de-Triomphe puis des vues aériennes de la ville de Paris mais sans véritable vue d’ensemble de l’agglomération parisienne. Parallèlement, le Red Star, club basé à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, et limitrophe à la ville lumière, annonce son partenariat avec le magazine canadien Vice en lançant une campagne de communication conçue avec des clichés de jeunes issus de milieux populaires. Pourtant, c’est bien au PSG qu’on s’identifie dans les banlieues, bien plus qu’au Red Star qui, de par son histoire, pourrait séduire davantage les jeunes issus de milieux populaires. Les raisons sont évidemment sportives puisque le Paris SG est l’équipe phare de Ligue 1 et performe régulièrement en Ligue des Champions alors que le Red Star évolue en National 1 cette saison. Cependant, cette préférence recouvre aussi des significations sociales.

Le PSG en quête et en proie d’un processus de socialisation

Dans ses travaux, le philosophe Gerg Simmel s’est penché sur la question de la sociologie urbaine. Il développe l’idée que les grandes agglomérations créent une « impersonnalité des échanges » qui conduit les citadins à s’inscrire dans un processus de « désocialisation ». Toujours selon Simmel, cette désocialisation contraint les citadins à s’identifier à un ou plusieurs groupes d’appartenance différents de leurs groupes d’origine.

A Paris, le PSG ambitionne de devenir ce groupe d’appartenance. Comme le montre l’évolution de la « fan base » du PSG, la direction qatarie a ciblé un nouvel profil de supporters. Depuis sa prise de fonction en 2011, elle s’est peu intéressée au canal historique de supporters à l’exception d’une main timidement tendue aux ultras au début de la saison 2016-2017. Le PSG cherche plutôt à conquérir des catégories socioprofessionnelles plus aisées dont l’appétence pour le football et le club n’étaient pas évidentes jusqu’ici. Ceci s’est traduit par un grand coup de balai en tribunes, un déploiement marketing de grande envergure puis un recrutement coûteux et ambitieux destinés à bâtir une marque « PSG » solide. Ainsi, le club cherche à se poser comme un nouveau groupe d’appartenance pour les parisiens et les classes aisées franciliennes. En banlieue, le PSG incarne déjà ce groupe d’appartenance. Les rapports économiques et sociaux y sont plus rudes et le processus de désocialisation évoqué par Simmel est plus violent. Dans ce contexte, l’existence d’une marque comme le PSG, qui incarne la richesse, la puissance et la réussite aux yeux des classes populaires, est un vecteur de « resocialisation ». Le PSG devient un groupe d’appartenance qui permet de se construire, ou se reconstruire, un cercle social et incarne la réussite, notamment économique et sportive. Dans ce cas de figure, le PSG n’a pas cherché à devenir un groupe d’appartenance de référence comme dans le cas du citadin parisien et francilien évoqué précédemment. En quelque sorte, il subit cette appartenance mais l’intègre à son socle de supporters puisqu’elle recouvre des effets positifs en accroissant sa popularité.

En somme, le PSG ne se réclame pas comme étant le club des banlieues et classes populaires franciliennes. Il n’est jamais parvenu à les intégrer à son développement et les orientations du club ces dernières années tendent à montrer qu’il ne le souhaite. Il en est pourtant l’une des grandes fiertés tant par son rayonnement sportif que par son rôle social, et parce qu’il est devenu un symbole de réussite et de puissance financière. Avec l’arrivée de Neymar, ce phénomène ne fera qu’amplifier. Le club fera l’étalage de son succès devant le public qu’il s’est choisi et ses supporters, banlieusards et issus des milieux populaires qui se sont amourachés de lui, feront du PSG leur étendard. Paris sera toujours Paris.

.

Crédit Photo : Paco photographie pour Footpack

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Editos

  • Adalmacio

    Passer du temps sur le terrain ne fait jamais de mal. L’auteur de l’article ne sait visiblement pas que le PSG est présent à Aubervilliers, Gennevilliers, Evry et ailleurs par l’intermédiaire de la PSG Academy.

Plus dans Editos
zidane-numero-10
Où sont passés les n°10 ?

En l'espace d'une quinzaine d'années, les meneurs de jeu sont passés de véritable pierre angulaire de l'animation offensive, à rareté...

jorge-mendes
Comment les agents parviennent-ils toujours à leurs fins ?

À chaque intersaison, les agents profitent du mercato pour mettre la pression sur les clubs afin d'obtenir une revalorisation ou...

Lahm
Latéral en perdition

Le joueur défensif latéral a toujours été un élément essentiel dans l'évolution tactique du football. Aujourd'hui trop souvent réduit au...

Fermer