Dans le vestiaire de l’OM, les années Tapie

23
avril
2019

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Catégorie : APP a lu

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Les années Tapie, grandeur et décadence de l’histoire de l’Olympique de Marseille. Marchand de rêves aux ambitions sportives sans limite, il a emmené Marseille sur le toit de l’Europe avant de le faire descendre en D2, après le scandale du match VA-OM et l’affaire des comptes du club. En s’appuyant sur les témoignages de ceux qui ont écrit la légende des années Tapie et sur une centaine d’archives, Alexandre Fievée revient sur les grands événements de ces années charnières et raconte l’ambiance qui régnait à l’OM, l’ambition du président, sa main mise sur le club, le choix des joueurs, mais aussi les pratiques auxquelles les dirigeants ont eu recours pour faire de l’OM le plus grand d’Europe… 

Après un premier livre sur France 98, votre deuxième ouvrage revient sur l’OM de la grande époque. Ce sont les victoires françaises en football dans les années 90 qui inspirent ?

Ce sont plus exactement les victoires de ma jeunesse qui m’inspirent. La victoire de l’OM en 1993 est marquante pour ma génération. C’est  la première grande victoire d’un club français en Coupe d’Europe ! J’avais 16 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Question préliminaire obligatoire: quel est votre rapport à l’OM?

L’OM est mon équipe de cœur depuis que je suis petit, même si je reconnais avoir été aussi supporter du PSG, lorsque Joël Bats, mon idole de jeunesse, y jouait. C’est marrant, mais cela ne me paraissait pas du tout contradictoire à l’époque de supporter les deux équipes. Aujourd’hui, non plus d’ailleurs (rires).

A la lecture de ce livre on se demande qui l’a écrit: l’avocat pour revenir sur les limites d’un système, l’historien pour recontextualiser les exploits d’une équipe ou le supporter pour revivre un passé devenu mythique?

Les trois, mon capitaine. J’ai eu envie d’écrire sur une époque importante du football français, dominée, de la tête et des pieds, par une équipe incroyable qui a fait rêver la France entière. Vous imaginez, l’OM des années Tapie, c’était quand même l’équipe de France, à laquelle s’ajoutaient Mozer, Waddle, Pelé, Francescoli, etc. Le fait de se replonger dans les archives m’a donc rappelé beaucoup de très bons souvenirs. Le juriste que je suis s’est également régalé à traiter le feuilleton judiciaire, qui constitue l’épilogue du livre.

Dans votre récit on revit étape par étape la construction d’un club qui va dominer le foot français. En quoi l’OM de cette époque a changer la culture foot en France avec cette victoire en C1?

La culture de la gagne qui caractérise la génération 98 trouve peut être son origine dans cette victoire. N’oublions que, dans l’équipe de 93, figurent Deschamps, Desailly et Barthez, trois futurs champions du monde.

Comment expliquer que plus de 20 ans après cette époque olympienne fascine toujours autant et continue à faire la une des journaux comme on a pu le voir avec les déclarations de Marc Fratani?

Il doit y avoir beaucoup de nostalgie de la part du public… Après, l’engouement médiatique autour des déclarations de Fratani m’a un peu surpris. Car il n’a rien révélé  qu’on ne savait pas déjà. Quand Fratani déclare au Monde : « On comprend bien qu’à partir de la saison 1988/1989, [Jean-Pierre Bernès] se lance avec Tapie dans une entreprise de corruption qui va durer quatre saisons », où est le scoop ? Quand il explique que « 5 à 6 millions de francs [étaient] sortis chaque saison pour acheter les matches », il enfonce une porte ouverte. Toutes ces histoires avaient déjà été racontées par les protagonistes eux-mêmes devant les tribunaux. D’ailleurs, l’affaire des comptes de l’OM explique très bien les pratiques peu orthodoxes auxquelles les deux dirigeants se livraient dans leur quête du graal. Elle a mis au grand jour l’existence à l’OM d’un « processus concerté et frauduleux destiné à soustraire des finances du club des sommes considérables », destiné en partie « à financer des opérations occultes et inavouables, au profit d’intermédiaires officieux et douteux ». Devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Bernard Tapie et Jean-Pierre Bernès ont admis « leur participation active à l’élaboration de ce circuit financier frauduleux », qui se traduisait  notamment par de nombreux versements à des intermédiaires chargés d’acheter des matches de Coupe d’Europe, comme les matches AEK Athènes/OM et CSKA Sofia/OM en 1990, mais aussi Spartak Moscou/OM en 1991.

Ce “revers de la médaille” qu’évoque JPP en 1991 suite à la suspension de Tapie n’était-il un signe annonciateur de l’affaire VA-OM?

Ce qui est certain c’est que les dirigeants de l’OM étaient dans le collimateur depuis un moment. Mais, faute de preuve, aucune sanction ne pouvait être prise contre eux. Il a fallu que Glassmann  dénonce une tentative de corruption lors du match VA-OM pour que la Ligue dépose une plainte. Sans cette plainte, cette affaire n’aurait probablement pas pris une telle dimension.

Finalement le grand absent de ce livre est Bernard Tapie (vous en expliquez les raisons au début). Avec le recul, cela ne vous permet-il pas d’avoir un regard plus objectif ?

Bernard Tapie aurait pu participer. Mais il ne voulait pas collaborer à un livre dans lequel était traitée l’affaire VA-OM, telle que je l’ai traitée, c’est-à-dire en m’appuyant sur les déclarations des uns et des autres. Je crois comprendre que s’il ne conteste pas l’acte de corruption en lui-même, il nie, encore aujourd’hui,  être le donneur d’ordre. Alors pour qu’il participe, il aurait fallu que je n’aborde pas l’affaire. Il nous a semblé plus objectif d’en parler, sans en faire, bien entendu, l’élément central du livre.

Si vous deviez offrir votre livre à une personnalité du monde du football, ce serait à… Didier Deschamps, car je suis certain qu’il pourrait nous apprendre plein de choses…

Et à une personnalité très éloignée du ballon rond, ce serait… Emmanuel Macron, car je le sais grand supporter de l’OM des années Tapie.

 

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Dans le vestiaire de l’O.M., les années Tapie, Alexandre Fievée, Hugo Sport, avril 2019, 17,50 euros.

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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