Dans le foot aussi les voyages forment la jeunesse

30
janvier
2018

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Catégorie : Editos

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La semaine dernière de nombreux médias ont relayé l’information selon laquelle Claudio Gomes, 17 ans et grand espoir parisien aurait choisi de rejoindre Manchester City à la fin de la saison en cours. Si cela n’a encore été officialisé par personne, cet énième épisode de fuite d’un grand espoir à l’étranger a de nouveau soulevé des débats. Entre politiques de formation lacunaires et idéologies fantasmées, pourquoi les mouvements de ces jeunes joueurs provoquent-ils tant de remous ?

Des “exilés-échoués” emblématiques

Il y’a encore quelques jours, le nom de Claudio Gomes n’était connu que par les passionnés du PSG ou les personnes suivant de très près les équipes et les championnats de jeunes. Aujourd’hui, le jeune joueur du Paris Saint Germain a rejoint les Moussa Dembelé, Dan Axel Zagadou ou Kinglsey Coman au rang des grands espoirs ayant choisi de ne pas signer leur premier contrat professionnel dans le club de la capitale. Comme pour ses prédécesseurs, le choix de l’international des U18 a questionné de nombreux observateurs : pourquoi partir si jeune à l’étranger ? Pourquoi le PSG ne fait-il rien pour retenir ses pépites ? Plus largement, et au delà du cas parisien, il existe un dogme selon lequel un jeune joueur devrait poursuivre sa formation dans le club dans lequel il est arrivé jeune, jusqu’à en intégrer l’équipe première qu’il pourra quitter pour un plus grand club si il parvient à se montrer performant. Cette idée largement répandue et qui semble être particulièrement ancrée chez les observateurs, mérite d’être questionnée, pas nécessairement pour la désavouer, mais au moins pour tenter d’en comprendre les tenants et aboutissants.

Le choix de partir jeune à l’étranger est souvent montré du doigt comme une décision irresponsable motivée en grande partie par l’argument financier, et parfois prise par l’entourage de jeunes joueurs n’ayant pas la maîtrise de leur carrière à cet âge là. La liste des « exilés-échoués » est en effet longue : Mourad Meghni, Vincent Péricard, Nabil El Zhar, Stéphane Biakolo… Si certains ont malgré tout fait des carrières professionnelles tout à fait honorables, tous ont signé très jeunes à l’étranger dans des grands clubs espérant alors mettre la main sur la star de demain. Le phénomène est d’ailleurs grandissant sur ce dernier point : la Juventus et Chelsea possèdent chacun 30 joueurs en prêt dans d’autres clubs, principalement de jeunes joueurs pour lesquels ils imaginent deux issues favorables. Dans le meilleur des cas, le joueur s’aguerrit et revient dans son club d’origine avec un niveau suffisant pour s’y imposer, mais les exemples en la matière sont rares. L’autre possibilité, et simplement de faire prendre de la valeur marchande aux joueurs, en partant du principe que quelques belles ventes réalisées sur les 30 joueurs prêtés permettront de rembourser l’ensemble des achats, d’en faire de nouveaux, et même de réaliser un bénéfice sur l’ensemble.

Décrit comme tel, le tableau dressé abonderait le postulat selon lequel partir tôt à l’étranger serait une erreur, les joueurs n’étant considérés uniquement comme un bien marchand. Mais de nombreux jeunes joueurs partis de l’hexagone à l’adolescence ont vu leur audace leur sourire : les trois parisiens mentionnés précédemment par exemple, Benjamin Pavard (même si son départ a eu lieu un peu plus tard), Antoine Griezmann, Paul Pogba ou encore Aymeric Laporte. Il semble impossible aujourd’hui d’ériger une règle d’or à ce sujet : partir à l’étranger ou rester en France n’est gage de rien. Difficile d’avancer que Vincent Péricard aurait eu une carrière professionnelle en restant à Saint-Etienne par exemple. Pour d’autres jeunes, au nom peut être moins prestigieux, partis à l’étranger et qui sont aujourd’hui professionnels, peut être que le fait de rester en France, dans un certain confort, aurait ralenti leur progression (Olivier Ntcham par exemple). Enfin, il est évident que le critère rentrant en jeu est celui des caractéristiques du joueur, et de ses prédispositions à passer le cap du professionnalisme. Un joueur présenté comme un crack, qui s’exile et dont on n’entend plus jamais parler, n’avait simplement pas le talent pour franchir ce palier.

Politiques de formation et Ryan Giggs: des réalités fantasmées?

Si rester dans son club jusqu’à vraiment s’y imposer n’est, a priori, pas nécessairement garant de réussite pour la suite de la carrière des joueurs, pourquoi tout le monde semble si attaché à cette idée ? Il semble avoir deux réponses à cette question : une rationnelle, et une autre plus fantasmée et idéalisée. La première est une question de principes : il est normal que le jeune joueur, si il est performant, fasse profiter son club de ses qualités en « contrepartie » de la formation que ce dernier lui a dispensé. Il est tout à fait entendable de peu goûter aux envies de départ d’un joueur que l’on dit prometteur dès que des perspectives plus intéressantes semblent pouvoir s’ouvrir à lui, alors que sa carrière professionnelle n’en est qu’à ses prémices. Le second élément de réponse émane d’une certaine vision du football : celle des De Rossi, des Perrin, des Giggs ou des Sikora. On aime plus que tout ces joueurs de club pétris de valeurs, garants de l’identité de l’institution, à rebours du football professionnel post bosman. Une vision illustrée à merveille par le Barça de Guardiola sorti de la Masia, mais dont il ne reste aujourd’hui que peu de vestiges. Cette image Épinal ne doit pourtant pas nous faire oublier l’amour que nous avons porté pour des Zidane, Ronaldo ou Andrea Pirlo qui ont, eux, connu plusieurs clubs.

Enfin, il convient de s’arrêter quelques instants pour analyser les raisons poussant ces joueurs à s’exiler parfois très jeunes : pourquoi prendre le risque de fuir la stabilité d’un club formateur ? Les chiffres ne sont pas toujours officialisés, mais il est fort probable que dans certains cas, l’argument financier rentre en considération pour les joueurs. L’été dernier le LOSC a d’ailleurs défrayé la chronique en offrant de très belles primes aux jeunes. Néanmoins, le compte Twitter spécialisé « Espoirs du foot », précise qu’il n’est pas uniquement question d’argent dans le cas du PSG par exemple. Il est en réalité également question de politiques de formation des grands clubs, et il existe en la matière bien quelque chose de paradoxal. Car si il est vrai que le PSG, malgré des efforts récents en la matière, n’offre que peu de perspectives en équipe première pour ses jeunes joueurs (pas de stratégie de prêt par exemple), ses compères européens ne s’avèrent pas être de meilleurs élèves. Si le Barça a 5 joueurs formés au club en équipe première, seul Sergi Roberto a moins de 28 ans, et Jordi Alba a par exemple d’abord connu le haut niveau à Valence. Coman et Pogba, précédemment cités, n’ont pas percé dans le club qu’ils avaient précocement rejoint.

Au terme de ces quelques paragraphes il est toujours aussi difficile de dire pourquoi les transferts de notre talentueuse jeunesse font autant parler : ils ne présagent rien de la suite de leur carrière, l’argument financier ne semble généralement pas être prépondérant, et rares sont les grandes équipes s’étant construites sur un vivier formé au club. Parfois, lorsque le principal intéressé entre à peine dans l’adolescence, c’est son âge qui peut, à juste titre, émouvoir les observateurs. Pour les autres, peut-être faut-il en conclure qu’il est nécessaire de ne pas noyer ces jeunes sous des débats stériles commentant leurs choix, et de les laisser tranquillement et paisiblement débuter leur carrière professionnelle, ici, ou ailleurs.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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