Contre-édito de notre temps

05
septembre
2015

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Catégorie : Editos

Oui le foot-business a gagné ! Mais est-ce une si mauvaise chose pour ce sport si cher à nos yeux ? Pas forcément.

Entre les reportages sur les orages de fin d’été et ceux sur la rentée des classes, le tourbillon médiatique autour du transfert de Martial à MU nous aura offert son lot de débats sans fin sur les pseudos dérives du football moderne. Tout le monde y est allé de son petit couplet larmoyant. De Vincent Duluc, plume footballistique de référence du quotidien L’Equipe, à l’indigné chronique Pascal Praud, en passant par mon collègue marseillais Marwen Belkaïd sur le plus confidentiel APP ou encore l’immense Didier Roustan, tous se sont offusqués face à la victoire supposée du football ultra-libéral.

Leurs questionnements sont identiques: le football est-il devenu fou? Le transfert de Martial symbolise-t-il la consécration du football business et donc la mort du “véritable” football ” ? Ces questions posées, et faussement ingénues, contiennent déjà des éléments de réponses et portent en elles l’opinion de ces chroniqueurs avisés. Prenons maintenant le temps pour proposer une réflexion sur ce qu’est notre football contemporain.

Le football moderne est une industrie qui génère de l’argent, beaucoup d’argent. Les clubs sont des entreprises qui, dans une logique de recherches de performances, cherchent à se renforcer. Les joueurs, qui sont les acteurs principaux de cette industrie, sont donc des éléments que l’on achète dans le but d’améliorer ses résultats sportifs et, par conséquent, ses résultats économiques. Un transfert à 50 ou 80 millions d’euros pour un joueur de 19 ans qui n’est ni Pelé, ni Maradona, ni Messi a-t-il un sens? Pour le commun des mortels que nous sommes, ces chiffres nous semblent démesurés, la réponse est donc bien sûr négative.

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Oui le foot-business a gagné ! Mais est-ce une si mauvaise chose pour ce sport si cher à nos yeux ? Pas forcément.

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Mais les clubs anglais anticipent juste le fait qu’à partir de l’an prochain leurs budgets augmenteront sensiblement grâce aux droits télés. Les chiffres des transferts sont par conséquent proportionnels aux revenus que le football moderne génère actuellement. Les clubs français vendent au plus offrant et les joueurs rejoignent le patron qui les paiera le mieux. Logique implacable. Le montant d’un transfert correspond au rachat d’une entreprise par une autre du CDD d’un joueur. Si un patron venez vous débaucher pour effectuer exactement le même travail tout en augmentant votre salaire et en dédommageant votre entreprise, que feriez-vous? Et que ferait votre patron? Et pourquoi vouloir comparer les montants des transferts à travers les époques? Cela n’a pas de sens. “Martial plus cher que Zidane ” titre L’Equipe du mardi 1 septembre 2015. Cette comparaison est insensée car les données économiques sont différentes. Vous achetez peut-être votre baguette aujourd’hui au même prix qu’en 2001 (date du transfert de ZZ) ? Sûrement pas. Le marché des transferts d’aujourd’hui correspond simplement à une réalité économique, à une bulle spéculative diront certains.

Le football que nous aimons est-il mort pour autant, comme il est de bon ton de l’affirmer cette semaine? Il aurait perdu son essence nous dit-on… Et bien oui! Le football business a gagné et cela ne date pas d’aujourd’hui. Sans doute à partir du moment ou le premier footballeur de la planète a reçu une prime ou un avantage quelconque, il y a plus d’un siècle ou plus. Mais le football a-t-il pour autant cessé d’être pur? A-t-il alors été définitivement corrompu ou perdu? Non. Et quelle différence entre ce football “d’avant ” et notre football moderne-libéral-business? Aucune! Notre passion pour ce jeu serait compromise par ce football moderne comme le laisse penser Vincent Duluc dans son édito de mardi. Bien sûr que non. Le football reste un jeu, notre jeu que nous aimons pratiquer et/ou regarder. Devant notre écran ou au stade, en club ou entre amis, en amateur ou en professionnel, rémunérés ou pas, avec ou sans argent en jeu. Le plaisir que nous y prenons est immuable. Nos émotions en tant qu’acteurs ou spectateurs de ce sport, nous enfants devenus adultes, ou adultes redevenus enfants, sont les mêmes. L’argent qui transite ou pas dans ce sport ne peut altérer cette passion. Point de folie dans ces transferts actuels. Ils ne sont que le reflet d’une course à l’armement par des grosses écuries sportives aux budgets énormes. Tout est relatif, surtout les chiffres. Ils ne font que traduire les réalités économiques d’un sport qui a évolué avec son temps sans pour autant changer.

Il n’y a donc pas de lutte à mener contre ce football que nous aimons tant regarder et commenter. Car notre football moderne n’est pas différent de celui d’hier. La sempiternelle ritournelle du “c’était mieux avant” n’a pas de sens. Le football n’a rien perdu ou gagné, il reste un jeu qui est notre pain quotidien. Et face à ce spectacle qui se répète inlassablement chaque année, aux mêmes dates avec les mêmes codes et les mêmes habitudes, nous sommes les Sisyphes qui chaque saison revivons avec émotions les aléas de notre club de cœur dans un éternel recommencement qui nous comble. Et c’est là notre bonheur.. Alors continuons à en profiter!

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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