Ces si désespérants Espoirs

31
août
2017

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Catégorie : Équipe de France

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Jeudi dernier, au moment de l’annonce de la liste de Didier Deschamps, l’absence d’un joueur a beaucoup fait parler. Evidemment comme depuis des mois, la non-sélection de Benzema a occupé une place importante mais cette fois-ci c’est plus l’absence d’Ousmane Dembélé (qui était en instance de départ vers le FC Barcelone) qui a interpellé. Le néo-barcelonais avait en effet été titulaire contre l’Angleterre lors du dernier match et nombreux sont ceux qui militent pour la titularisation du désormais 3ème joueur le plus cher de l’histoire du football malgré son très jeune âge (il n’a que 20 ans). Au-delà du cas Dembélé, il est intéressant de constater que la liste de Deschamps comporte cinq joueurs de moins de 23 ans – et donc encore susceptibles de jouer avec les Espoirs – ce qui représente un peu plus de 20% de la liste (Kimpembe, Rabiot, Lemar, Coman et Mbappe).

Au cours de l’été dernier, la chaine l’Equipe a diffusé le championnat d’Europe de football Espoirs. Cette compétition, qui a vu la victoire de l’Allemagne face à l’Espagne en finale, a été de très bonne facture et personnellement c’est l’un des tournois les plus plaisants à regarder que j’ai vus depuis un moment. En regard de la qualité de jeu à laquelle nous avons pu assister, il était difficile de ne pas déplorer l’absence des Bleuets en dépit d’une génération plus que brillante. En réalité, ce constat est presque toujours le même : on se dit que les Bleuets pourraient rivaliser avec les meilleures équipes mais régulièrement les Espoirs manquent la qualification ou ne brillent pas lorsqu’ils sont qualifiés. Leur palmarès famélique est d’ailleurs univoque. Cet état de fait est la conséquence d’une politique absolument absurde qui aboutit à un affaiblissement à la fois de l’équipe Espoirs et de l’Equipe de France sur le long terme.

 

La ridicule politique

 

Si l’on jette un rapide coup d’œil aux sélectionneurs des Bleuets depuis une vingtaine d’année, on se rend assez vite compte à quel point cette catégorie est le parent pauvre des sélections masculines de la FFF. Tout se déroule, en effet, comme si les présidents successifs de la Fédé n’avaient cure de cette catégorie qui, selon moi, est pourtant primordiale. Domenech, Girard, Mombaerts, Sagnol, Mankowski et Ripoll, tels sont les noms des six sélectionneurs qui se sont succédés à la tête des Espoirs de 1993 à aujourd’hui. Nous le voyons bien, aucun nom qui fait rêver par son style de jeu ou par son parcours de joueur – hormis Willy Sagnol qui ne sera resté qu’une année. Dans la plus pure logique des nominations de DTN, le sélectionneur des Espoirs est bien souvent un de ces entraineurs que le football français a connu de pire.

Nous entendons souvent en effet que les jeunes joueurs ne souhaitent pas se rendre aux rassemblements des Bleuets – dernièrement le cas Hernandez est là pour le rappeler – mais, et sans les excuser le moins du monde, n’est-il pas compréhensible de voir ses attitudes lorsque l’on voit à quel point la FFF se fout littéralement de cette catégorie ? Lorsque l’on nomme au poste de sélectionneur une personne qui vient de se faire reléguer et limoger, qui peut décemment croire que l’on accorde une importance à cette catégorie ? Plutôt que d’installer un coach avec des idées et une identité de jeu qui permettra aux joueurs de progresser et de passer un palier, la Fédé préfère vivoter et recaser des entraineurs médiocres. Avec cette politique, il n’est guère surprenant que le bilan des Bleuets demeure famélique…

 

Petits frères grandissent trop vite

 

En introduction je disais que la politique néfaste à l’égard des Bleuets a des répercussions sur la catégorie Espoirs mais aussi sur l’Equipe de France A. Cette assertion peut surprendre mais il me semble que sur le long terme, en matière d’intégration des jeunes joueurs, l’EDF perd un temps précieux voire des talents certains en raison de la faiblesse de sa catégorie Espoirs. Cette catégorie est en effet censée être l’antichambre de la sélection nationale, celle où les jeunes peuvent s’aguerrir et évoluer pour être pleinement prêts à intégrer la sélection nationale. Nous le savons tous, le football de club est très différent du football de sélection et un joueur très talentueux en club peut se retrouver moyen voire médiocre une fois en sélection. Il me semble que la politique désastreuse à l’égard des Espoirs participe de cet état de fait.

La France, en effet, remporte régulièrement des compétitions dans les catégories plus jeunes (coupe du monde U20, Euro U19 pour citer les plus récentes) ce qui est assurément le révélateur d’un réservoir intéressant et talentueux. Le problème c’est que précisément ces succès en catégorie de très jeunes sont les succès d’équipes très talentueuses comportant des talents bruts. Pour parvenir à faire éclore lesdits talents, il faut bien évidemment les polir et c’est, il me semble, ce que font à merveille l’Allemagne ou l’Espagne lorsque l’on voit comment est gérée l’intégration de ces jeunes joueurs en équipe A. Plutôt que de les jeter en pâture directement après leur passage en U19 ou U20, ces pays font travailler les jeunes notamment tactiquement dans la catégorie Espoirs. Il ne me semble pas exagéré de dire que le fossé séparant les catégories de jeunes de l’équipe A est trop grand. C’est précisément le rôle de la catégorie Espoirs que de permettre à ces joyaux bruts d’arriver à maturation et donc d’apporter la plénitude de leur potentiel à la sélection. Notre manière si pressée de voir les choses en France aboutit à intégrer des très jeunes joueurs en EDF et finalement à les brider (voire à les griller pour certains) plutôt que de les laisser s’aguerrir avec les Bleuets.

Nous le voyons donc, ce désespoir suscité par les Espoirs n’a rien de conjoncturel mais est bien un lourd problème structurel du football français. Sans un réel et fort volontarisme il sera impossible d’enrayer cette logique complètement mortifère pour notre football. Il devient chaque jour un peu plus urgent de mettre en place une vraie vision stratégique et, osons rêver, installer un coach pour les Espoirs qui travaillerait en étroite collaboration avec le sélectionneur de l’équipe A pour faire au mieux progresser les jeunes et les intégrer de la meilleure manière possible. Evidemment cela nécessite de se réconcilier avec le temps long et d’avoir une vision de long terme mais, au vu du formidable réservoir que possède notre pays, ne pas le faire serait un désastre. En attendant, demain, c’est loin.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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