Ces latéraux de (non)-formation

10
juin
2018

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Catégorie : Editos

EDF-Pavard-Giroud

Bouna Sarr, Jesus Navas, Jérémy Pied … Ils ont tous un point commun : avoir rétrogradé dans le onze pour devenir des latéraux d’excellentes qualités. Ces joueurs, outre leur talent évident, sont dignes de l’équipe et découvrent sur le tas ce poste très compliqué. 

Cette saison, le football européen (en attendant la Coupe du Monde) nous a offert un spectacle grandiose avec des scénarios incroyables. Parmi ces matchs rentrés qui ont marqué les esprits (Real Madrid-Juventus Turin, Salzbourg-Lazio Rome, AS Rome-FC Barcelone …), plusieurs joueurs se sont révélés à un nouveau poste de latéral gauche ou droit où ils excellent. Sans pour autant renier leur premier amour.

Révélation sur le tas

C’est bien connu, mieux vaut tard que jamais pour réussir à construire une belle carrière parsemée de trophées et de saisons pleines. Cependant, certains joueurs auraient pu réussir un meilleur parcours si leur orgueil (et pour certains leurs égos) n’aurait pas gâché leur talent. Il y a des évidences. Zinédine Zidane est un pur numéro 10, Gianluigi Buffon est la référence moderne au poste de gardien, Roberto Carlos a révolutionné le poste d’arrière gauche … Mais d’autres joueurs, comme Eric Cantona, auraient pu réaliser de plus grandes choses dans le foot de haut-niveau. En 1993, après le drame de France-Bulgarie, le “King” a payé son trop-plein caractériel en refusant de jouer attaquant de pointe chez les Bleus. Lui qui voulait dézonner, toucher le ballon comme il le faisait à Manchester United. Un peu comme un certain Zlatan Ibrahimovic au PSG. Résultat, Aimé Jacquet se passe de lui et la France devient championne du monde sans son talent plus qu’évident.

Bouna Sarr l’a bien compris (je sais la transition est un peu rude) mais au final, pas tant que ça. Milieu offensif de formation au FC Metz très talentueux, son passage à l’Olympique de Marseille dans le fameux “projet Dortmund” n’a pas été facile au départ. Arrivé à l’été 2014 pour deux millions d’euros, Sarr n’est pas à son aise sur le côté ou en 10. Le déclic interviendra l’été dernier où Rudi Garcia, n’arrivant pas à trouver un “vrai latéral”, le fera jouer à ce poste en préparation en doublure d’Hiroki Sakai. Une réussite. Bouna Sarr passe de paria à joueur adulé par tout le Vélodrome. Qui l’eût cru il y a quelques semaines ? Personne. Le charme du foot vous avez dit ?

Changement de style

Jesus Navas est aussi un exemple à suivre. Le champion du monde 2010 avec la Roja a eu plus de réussite. Véritable ailier droit percutant et véloce, le Sévillan de 31 ans est rentré au bercail l’été dernier après 4 ans passés à Manchester City où il garnira son palmarès. Sauf que cette saison, face aux récurrentes blessures de Sébastien Corchia, Navas a aussi joué latéral droit. Au départ pour dépanner. Là aussi, c’est une révélation. Navas fait plus que dépanner, il devient titulaire à partir de février ! Critiqué pour son manque de polyvalence, Jesus Navas a fait taire les critiques et a rendu une fière chandelle à son club de toujours. Le trentenaire aux yeux bleus saphir connaît une cure de jouvence. A la Roma, où on inculque aux joueurs une fidélité abyssale, Alessandro Florenzi a connu le même sort. Lancé par … Rudi Garcia (décidement) en 2014, le Giallorosso est intéressant mais pas utilisé face à la concurrence de Gervinho et Ljajic. Luciano Spalletti le repositionnera. Depuis deux saisons, Florenzi excelle à ce poste et est régulièrement appelé avec la Nazionale à ce poste. Encouragé par Claude Puel à l’OGC Nice en 2016, Jérémy Pied (Southampton), ailier à Lyon, a attendu l’âge de 26 ans pour se découvrir des talents de latéral droit. Idem pour Sergi Roberto au Barça. Pour pallier à la longue blessure d’Alberto Moreno, James Milner, milieu offensif droitier, a rendu service à Liverpool au poste de latéral … gauche !

Latéraux naturels ou reconvertis ?

Roberto Carlos a révolutionné ce poste dans les années 1990-2000. Dire que l’international brésilien aux 125 sélections, champion du monde 2002, était fait pour ce poste est d’une clarté évidente. Son petit gabarit d’1m68 lui apportait une vélocité hors du commun. Ajoutez à cela, sa patte technique notamment sur coup-franc (Fabien Barthez s’en souvient encore), Roberto Carlos était intouchable et rentrait rincé au vestiaire après chaque match. Entre 1998 et 2006, Roberto Carlos connaît l’apogée avec ses montées ravageuses sur son couloir gauche, laissant toutefois de nombreuses brèches en défense. Très offensif au départ, il acquierera la rigueur défensive au Real Madrid avec laquelle il jouera pendant 11 ans. Passé de latéral gauche à Tottenham à ailier droit au Real Madrid, Gareth Bale est une exception.

Ces récents succès soulèvent néanmoins un lièvre : y a-t-il un vrai problème avec les latéraux de formations ? La question mérite d’être posée surtout face aux prestations poussives de Layvin Kurzawa, Lucas Digne et Djibril Sidibé depuis quelques mois. Si Benjamin Mendy revient d’une longue blessure, que ce soit en Équipe de France ou en club, la régularité chez ces joueurs est défaillante. Or, c’est un élément indispensable pour progresser à ce poste et pourquoi pas devenir une référence. Les styles Mendy et Sidibé attirent plus de par leurs fortes propension à se projeter vers l’avant comme de véritables ailiers en somme. Mais les récentes partitions de Lucas Hernandez et Benjamin Pavard face à l’Italie, respectivement à gauche et à droite, ont remis les choses en place : un défenseur latéral doit surtout bien défendre ! En centre de formation, les joueurs formés à ce poste sont d’anciens attaquants repositionnés à cause de leur manque d’efficacité devant le but (Sagna à Auxerre, Mendy au HAC, Malcuit à Monaco, Amavi à Nice). Répéter les courses à haute intensité, ressentir cette satisfaction de participer au jeu sur tous les plans … ils goûtent à cette nouvelle responsabilité et ils adorent ça. Le défi est désormais d’être multi-tâches tant sur le domaine défensif qu’offensif en n’oubliant pas d’accorder plus d’importance au travail défensif. Peu importe notre préférence : l’exemple Roberto Carlos, arrière latéral le plus complet de l’ère moderne, doit être suivi par la nouvelle génération. Qu’on soit devenu arrière latéral dans l’ordre naturel des choses ou par le fruit du hasard.

Photo – PacoFoot

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture.

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