Censure et répression, bienvenue au Vélodrome

17
août
2016

Auteur :

Catégorie : Edito / Ligue 1

censure-velodrome

Dimanche soir l’OM a lancé sa saison face au TFC. Enfin, l’OM a plus précisément démarré sa saison. Si la prestation fut famélique (de part et d’autre) et l’ennui grandement au rendez-vous, pour l’énième fois depuis désormais un petit moment l’animation s’est produite en tribunes. Cet été, beaucoup de choses ont changé au club entre le départ du président honni par une bonne partie des supporters phocéens, la nouvelle saignée dans l’effectif de l’OM (plus aucun joueur titulaire sous Bielsa n’est présent) et arrivée d’un nouvel organigramme. Nombreux ont été ceux qui ont espéré un rachat avant le début de cette saison pour définitivement tourner la page Louis-Dreyfus, voire même pour la déchirer.

Malheureusement, point de rachat cet été et une équipe encore plus faible que l’année dernière sur le pré, de quoi faire passer des sueurs froides dans le dos des supporters marseillais. C’est donc en dehors du terrain que les choses ont changé, Margarita Louis-Dreyfus s’est chargée en personne de faire la promotion de ces changements lors d’une conférence de presse surréaliste au Vélodrome. Dimanche soir j’étais donc au stade après une longue période d’abstinence causée par mes études et ce que j’y ai vu n’incite guère à l’espérance de changement. Entre banderoles hostiles censurées et jeu du chat et de la souris entre les stadiers et le Commando Ultra, il semblerait que MLD ait fait sienne la célèbre phrase du Guépard de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change ».

La liberté d’expression, quelle liberté d’expression ?

Dimanche soir en arrivant au Vel, j’ai ressenti le genre d’atmosphère pesante, celle qui précède l’orage. Ces atmosphères que l’on connaît si bien en Provence au mois de septembre au moment où l’été en s’éloignant langoureusement laisse éclater la colère des cieux et tomber des trombes d’eau. Evidemment la situation sportive catastrophique de notre club participe grandement de cette tension immanente mais, il me semble, que le flou artistique qui règne dans les hautes sphères joue bien plus qu’une situation sportive, aussi précaire puisse-t-elle être. La fronde à l’égard de la propriétaire n’a cessé d’enfler durant l’été, elle qui s’était empressée de publier un communiqué qui faisait miroiter la vente du club au moment où l’embrasement était le plus proche la saison dernière pour finalement repousser toutes les offres de rachat pas assez rémunératrices à ses yeux.

 

Malgré l’été propice à la détente, les supporters marseillais auront donc bien plus été proches de la dépression nerveuse que du farniente. C’est dans ce contexte que la Vieille Garde du CU84 a eu l’idée, géniale à mon sens, de surfer sur la frénésie Pokémon Go pour lancer un message à MLD en lançant le MLD Go, comprenez des stickers collés un peu partout dans la ville réclament le départ de la propriétaire à tel point que le club a mobilisé plusieurs salariés pour dénicher et décoller lesdits stickers. Dimanche soir des supporters sont donc venus au stade avec des banderoles MLD Go, banderoles qui ont soigneusement été filtrées et saisies à l’entrée du stade. Personnellement j’en ai vu trois être saisies mais j’imagine qu’un nombre bien plus conséquent a fait les frais de cette politique liberticide. Interdire l’expression d’opinions divergentes est le propre même des régimes autoritaires voire totalitaires. Faut-il d’ailleurs rappeler que le stade n’appartient pas à MLD mais à la ville de Marseille et, donc, par ricochets aux Marseillais, qui payent des impôts pour le financer ?

Zeus face aux Prométhée

Le constat est donc simple mais implacable : le Vélodrome est désormais une zone de non-droit où les lois françaises sont bafouées comme si elles étaient un banal règlement de copropriétés – chose qui n’est pas nouvelle je le concède – par une tsarine dont les pratiques sont dignes de Vladimir Poutine et par un maire qui s’écrase. Surgit presque aussitôt une question corollaire : que faire face à de telles pratiques ? Soyons clair, le combat qui s’engage est inégal. Non seulement MLD est bien plus puissante que chacun de nous pris individuellement mais en plus elle dispose de la mansuétude de l’Etat qui n’a jamais été un grand défenseur des droits des supporters. Avant l’état d’urgence c’était déjà l’état d’urgence tous les jours pour nous alors qui peut décemment croire qu’il bougera le petit doigt pour défendre la liberté d’expression dans un stade ? La lutte frontale est donc quasiment condamnée à l’échec, un peu comme Don Quichotte face à ses moulins.

.

dreyfus-om

.

Misons donc sur la ruse comme l’a fait le CU84 dimanche en parvenant malgré tout à faire entrer une banderole hostile à MLD dans le virage après un jeu d’esquive face aux stadiers, banderole qui demandait à Margarita de s’en aller. Face à Zeus soyons des Prométhée, tentons de lui voler la foudre pour la retourner contre lui. Je le disais plus tôt, individuellement nous ne pouvons rien contre MLD, seule l’union pourra porter ses fruits. Laissons de côté nos différends somme toute minime au regard de l’enjeu énorme qui nous concerne tous : l’avenir de notre club. Refusons son barbecue de la honte et montrons lui que tous ce que nous souhaitons c’est son départ pas un méchoui et des merguez. Alors évidemment la lutte ne sera pas aisée et, je le répète, la tsarine dispose de moyens considérables pour faire taire la contestation. Toutefois, rester les bras croisés à regarder notre club s’éteindre à petit feu n’est pas envisageable. « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regarde sans rien faire » disait Einstein. Tâchons de nous en souvenir.

Nous voilà donc partis pour une énième saison de transition mais celle-ci pourrait bien être la dernière. Nul ne sait sur quoi elle débouchera mais la corde semble chaque jour plus près de rompre. Peut-être que la lutte est vouée à l’échec mais nous nous devons de nous battre pour notre club. Si nous luttons nous pouvons perdre, si nous ne luttons pas nous sommes perdus. Faisons nôtre la phrase d’Etienne de Senancour : « L’homme est périssable. Il se peut; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice » !

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Edito

Plus dans Edito, Ligue 1
bordeaux-saint-etienne
FCGB-ASSE : les frères ennemis d’un soir

Ne boudons pas notre plaisir, enfin, la Ligue 1 reprend ses droits ce week-end. Et quoi de mieux pour se...

syanie-dalmat
Syanie Dalmat (L’ÉQUIPE) : “Unai Emery peut amener le PSG très haut”

La Ligue 1 reprend ce soir, et même si le Paris Saint-Germain est évidemment le grand favori à sa succession,...

toulalan-girondins-bordeaux
Bordeaux dans l’été indien

Cette intersaison 2016-2017 est une nouvelle transition pour le club des Girondins de Bordeaux. Changement de staff, départs pour fins...

Fermer